Né le 26 octobre 1927 à Paris (XIIe arr.), mort le 29 septembre 2016 à Grenoble (Isère) ; professeur agrégé de philosophie ; militant syndicaliste, secrétaire de la section académique de Grenoble du SNES ; militant communiste et associatif, président délégué puis président du MRAP.

Kirkyacharian, président de séance au congrès national du SNES de 1971, à côté d’André Drubay
La famille arménienne de Jean-Jacques Kirkyacharian (incorrectement orthographié Kerkiacharian sur son acte de naissance et rectifié en 1963) était originaire d’Hajin en Cilicie et fut déportée à la suite du génocide des Arméniens de 1915. Écartée de l’immigration aux États-Unis en raison de leur politique des quotas, elle se retrouva en France, puissance mandataire en Cilicie, qui abandonna cette région à la Turquie de Mustapha Kemal.
Le père, Avédis, né en 1896 à Hajin, était sommelier, et sa mère, Ruth Farragian, ménagère ; ils avaient des opinions de gauche mais ne militaient pas. Jean-Jacques fut élevé avec ses deux sœurs dans la religion protestante et resta pratiquant jusqu’en 1952. À la fin de la guerre, il participa à des actions de cache d’enfants juifs dans le cadre d’organisations protestantes. Après ses études secondaires, il fut élève en hypokhâgne et khâgne au lycée Henri IV à Paris, où il eut comme professeur Maurice Lacroix, puis poursuivit des études de philosophie à la Sorbonne, où il obtint la licence et un diplôme d’études supérieures.
À cette époque, jeune protestant influencé par les idées de Karl Barth, Jean-Jacques Kirkyacharian militait au mouvement du père dominicain Maurice Montuclard, « Jeunesse de l’Église » qu’il avait connu à travers le numéro spécial d’Esprit de l’été 1946 « Monde chrétien, monde moderne ». Il estimait en effet qu’il y avait une parenté étroite entre les idées de Barth et celle de Montuclard. Chez les deux, pensait-il, le christianisme est au-delà de la dialectique, il n’est pas un humanisme : « c’est l’affirmation de la parole de Dieu et de la parole humaine qui est proclamée, non dans la subordination mais dans l’unité ». Les Lettres aux impatients de Montuclard dénonçant la situation du prolétariat et invitant à rejoindre la lutte révolutionnaire ne furent sans doute pas étrangères à l’adhésion de Jean-Jacques Kirkyacharian au Parti communiste français en 1948 et à son engagement au Mouvement de la Paix.
En mai 1951, il épousa à Paris (XVIIIe arr.) Marie, Louise, Huberte [Maryse] de Gaudemar, également militante de « Jeunesse de l’Église » (secrétaire administrative en 1949), au cours d’une cérémonie œcuménique réunissant catholiques et protestants, ce qui leur valut une dénonciation auprès du Vatican, peu avant la dissolution des prêtres ouvriers. Fidèle à l’amitié qui l’avait lié à Montuclard, dont les ouvrages avaient été mis à l’index par le Saint-Siège, conduisant ce dernier à quitter l’état ecclésiastique, il participa plus tard, en 1991, à un livre publiant des études posthumes inédites de cette personnalité intellectuelle et retraçant les étapes du développement de sa pensée.
Jean-Jacques Kirkyacharian était passionné par la philosophie. Reçu au certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges (CAEC) en 1952 puis à l’agrégation de philosophie en 1959, il enseigna successivement comme professeur certifié puis agrégé au lycée de Roubaix (Nord) de 1953 à 1960, avant d’être muté au lycée Champollion de Grenoble (Isère) de 1960 à 1988, où il enseigna en classes préparatoires littéraires et termina sa carrière comme professeur de chaire supérieure dans la khâgne grenobloise.
Il était aussi un homme d’action. Adhérent du Syndicat national de l’enseignement secondaire, qu’il avait connu avant son entrée dans le métier grâce à Camille Canonge, un militant chrétien cégétiste du SNES, il commença à militer dans la section académique de Lille et retint les leçons des militants de ce S3, proches des réalités et très attentifs aux problèmes individuels des personnels toujours représentatifs de problèmes collectifs. À partir de 1958, il fut candidat à chaque élection de la commission administrative nationale du SNES au titre de la liste B. Élu suppléant en 1966, il devint titulaire en 1967, l’année où la majorité du nouveau SNES bascula en faveur de la liste « Unité et Action ».
Jean-Jacques Kirkyacharian milita surtout dans la section académique de Grenoble. Il fut appelé dès 1965 par Maurice Duny, alors secrétaire académique « autonome », pour s’occuper de la commission pédagogique et de la carte scolaire dans un exécutif sans tendance. Après la fusion du SNES et du Syndicat national de l’enseignement technique, Duny démissionna au printemps 1967, peu avant les élections à la CA nationale, et fut remplacé par Jean-Marie Pousseur, autre militant « autonome ». Kirkyacharian ne souhaita pas contester à ce dernier le secrétariat général comme l’y invitaient certains de ses camarades et accepta de n’être que secrétaire adjoint dans une équipe où deux autres adjoints étaient « Unité et Action » (Pierre Masseboeuf pour l’ex-SNET et Paul Montillet pour l’ex-SNES), tandis que le trésorier était autonome. La cogestion « unitaire sans tendance » fut selon Kirkyacharian « loyale, féconde et chaleureuse », notamment en mai-juin 1968, en plein accord avec la section départementale de la FEN dirigée alors par Clément Bon.
Quand Jean-Marie Pousseur partit dans l’enseignement supérieur à Nantes en 1971, « Kirk », comme on le dénommait couramment, devint secrétaire général du S3 avec Montillet et Françoise Charmatz pour adjoints, tous deux militants du courant U&A qui était devenu largement majoritaire dans la section académique. Il occupa également des responsabilités à la section de l’Isère de la Fédération de l’Éducation nationale et fut secrétaire départemental adjoint en 1974 au côté de Désiré Nicolas-Charles. Il fut aussi secrétaire départemental du comité départemental d’action laïque en Isère.
Le décès en avril 1973 de son épouse, professeur d’anglais au lycée Stendhal à Grenoble, militante du SNET puis du SNES, avec laquelle il eut trois enfants, ne fut certainement pas étranger au début de sa retraite syndicale. Il passa alors le témoin du secrétariat du S3 à Yves Éveno. Il se remaria en octobre 1980 à Grenoble avec Sylvie Françoise Truc, conservatrice de bibliothèque, avec laquelle il eut deux autres enfants.
Kirkyacharian milita en même temps activement au Parti communiste français durant une quarantaine d’années. Il apportait son concours à la réflexion des intellectuels communistes en écrivant des articles dans la Nouvelle Critique (notamment en 1965 : « Karl Marx et la fin de la philosophie ») ; il fut plusieurs fois candidat aux élections municipales à Roubaix en 1959 et à Grenoble. Il joua par la suite un rôle important dans le mouvement des « rénovateurs communistes » dans les années 1980 et s’éloigna du parti en 1988. Il fut un des signataires de l’appel « Refondations » (Le Monde, 24 mai 1991).
Estimant qu’il fallait organiser « la convergence des civilisations », Kirkyacharian était un inlassable défenseur des droits de l’Homme, partout en France et dans le monde. Militant de la Ligue des droits de l’Homme, il s’investit beaucoup, sa retraite prise, dans le MRAP dont il fut président délégué de 1996 à 1998 et président de 2001 à 2004, et il représenta cette organisation à l’ONU dans la commission des droits de l’Homme.

SOURCES : Arch. de l’IRHSES. — Renseignements fournis par l’intéressé aux auteurs et à Thierry Keck : Jeunesse de l’Eglise 1936-1955. Aux sources de la crise progressiste en France, Paris, Kartala, 2004, p. 260-261. — Montuclard Maurice et allii : L’instituant, les savoirs et les orthodoxies, études recueillies par Nicole Ramognino, Aix, Pub. de l’Université de Provence, 1991. — Notes de Jacques Girault.

Alain Dalançon, Pierre Petremann

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