KONOPNICKI Raphaël (dit Ralph ou Konop), Édouard VOISIN dans la Résistance et à la Libération

Par Pierre Schill

Né le 28 mai 1915 à Kalisz (Russie, aujourd’hui Pologne), mort le 15 février 2011 à Paris ; décorateur ; délégué du personnel ; fondateur et secrétaire fédéral des Jeunesses socialistes de la Moselle ; secrétaire général permanent du Syndicat des employés privés CGT de la Moselle, membre du bureau de l’UD-CGT de la Moselle ; résistant FTP-MOI puis commandant FTP ; militant socialiste puis communiste ; secrétaire fédéral chargé de l’organisation du PC des Alpes-Maritimes à la Libération ; membre du secrétariat national du MRAP ; président de l’AMILAR (Amicale de liaison des anciens résistants juifs) et membre du comité directeur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Raphaël Konopnicki
Raphaël Konopnicki

Raphaël Konopniki était troisième d’une famille juive polonaise de quatre enfants arrivée en France à la fin de la Première Guerre mondiale. Son père Abraham, né le 15 mai 1886 à Szczercow (Russie, Pologne aujourd’hui), occupa différents métiers : ouvrier, restaurateur, commerçant… et fut naturalisé français en 1930, sa mère Hélène née Kaplan en avril 1885 à Kalisz, était couturière. « Socialiste-sioniste », Abraham Konopnicki fut mobilisé pendant la Grande Guerre dans l’armée impériale russe. Il fut réformé au bout d’un an de service après s’être mutilé ne pouvant plus supporter les persécutions antisémites. Arrêté par les Allemands dans la ville de Kalisz en 1915, il fut envoyé en captivité à Berlin (Allemagne) où il travailla dans une usine d’électricité jusqu’à l’armistice. Après la Seconde Guerre il fut secrétaire du parti socialiste juif sioniste. Son fils voyait en lui un exemple.

En 1918, la famille Konopnicki avait fui l’antisémitisme en Pologne et s’était installée en France à Strasbourg (Bas-Rhin). Abraham Konopnicki s’investit alors dans les associations venant en aide aux juifs émigrés.

Après son enseignement primaire et l’obtention de son certificat d’études, Ralph Konopnicki ne put entamer d’études secondaires en raison du manque de moyens financiers de ses parents. Il effectua un an d’apprentissage de 1929 à 1930 à Strasbourg (Bas-Rhin) dans le magasin de bonneterie en gros « Bollack frères ». La famille Konopnicki s’installa en Moselle en 1930. Ralph effectua un autre apprentissage de 1930 à 1932 au « Bon Marché » à Metz (Moselle) comme étalagiste-décorateur où il travailla jusqu’en 1933. Chef étalagiste-décorateur de 1933 à 1935 aux magasins « Salomon frères » et à nouveau au « Bon marché » de 1935 à 1936. Il devint, en 1936, secrétaire général permanent du syndicat des employés CGT et arrêta de travailler dans le commerce. Après son départ de Moselle, Ralph Konopnicki fut chef étalagiste-décorateur de 1938 à février 1943 aux magasins « Baze » (groupe galeries Lafayette) à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il travailla ensuite pendant sept mois comme étalagiste aux « Soieries de Monte-Carlo » en principauté de Monaco. Au lendemain de la guerre et jusqu’en 1952, Ralph Konopnicki fut employé dans diverses petites entreprises et fut étalagiste itinérant de 1952 à 1973. De 1973 à sa retraite en 1982, il fut caissier puis chef de parcs à la Société des parkings de Paris » dépendant des Grands Travaux de Marseille (GTM).

Les aléas de sa carrière professionnelle étaient en fait liés à son engagement syndical et politique. Adhérent au syndicat des employés CGT de Metz, il en devint secrétaire adjoint en 1935 et fut secrétaire général des employés CGT de la Moselle de 1936 à 1938. Il était alors aussi le délégué pour l’Est de la France de la fédération nationale des syndicats d’employés CGT et siégeait au bureau de l’Union départementale CGT de la Moselle.

Il se maria le 22 octobre 1935 à Metz (Moselle) avec Rose née Hoffnung le 4 février 1913 à Gelsenkirchen (Ruhr, Allemagne). Le couple eut trois enfants.

Ralph Konopnicki militait par ailleurs depuis 1930 aux jeunesses de la SFIO où il fut chargé de la constitution des sections des Jeunesses socialistes en Moselle. Il était secrétaire fédéral des JS de 1936 à 1938. Secrétaire fédéral administratif de la SFIO mosellane de 1936 à 1938.

Ses fonctions syndicales et politiques en firent un des acteurs du Front populaire en Moselle. Il anima notamment les grèves dans les grands magasins et le commerce de Metz et des principales villes du département dont il avait la charge.

Il fut à l’origine vers 1933, avec quatre ou cinq jeunes camarades de gauche dont l’instituteur communiste Jean Burger et David Rosenfeld le secrétaire de la section communiste de Metz, de la création de la section messine de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA).

Il milita aussi au mouvement Amsterdam-Pleyel organisé en Moselle par Jean Burger ainsi qu’au comité d’aide aux réfugiés allemands créé après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Il était aussi membre du Comité français pour la Palestine ouvrière et socialiste.

À la fin de l’année 1934, après la signature du pacte d’unité d’action signé entre les dirigeants socialistes et communistes, il fut nommé au secrétariat du comité d’action socialiste et communiste de la Moselle chargé de coordonner l’action face à la montée du péril fasciste.

Il participa au printemps 1936, alors qu’il dirigeait les Jeunesses socialistes de la Moselle, aux meetings organisés dans le cadre de la campagne des élections législatives.

Il prit part à la manifestation des partis politiques, syndicats et organisations associatives de gauche le 14 juillet 1936 au monument aux morts 1914-1918 à Metz (Moselle) pour célébrer la victoire du Front populaire aux élections législatives. Il était alors secrétaire fédéral administratif de la SFIO de la Moselle.

Étant l’objet de violentes attaques de l’extrême droite mosellane. Il fut agressé en 1936 alors qu’il se promenait dans une rue commerçante de Metz avec son épouse enceinte. Il reçut à la même période dans son courrier une médaille frappée du sigle URSS accompagnée d’un billet indiquant : « Au kamarad Konopnicki, ex-juif polak, pour services rendu (sic) à la cause de Moscou. Pour l’URSS signé : Staline ».

Rédacteur au Populaire de l’Est, l’hebdomadaire socialiste de Moselle et Meurthe-et-Moselle, il était aussi secrétaire général du Syndicat des employés privés CGT de la Moselle.

Il participa, après les accords Matignon, avec les représentants des grands magasins de la Moselle, à l’élaboration d’une nouvelle convention collective des salariés des commerces mosellans. Signée le 1er décembre 1936 elle fut violemment attaquée par l’Association des employés privés de la Moselle.

Konopnicki fut élu délégué du personnel CGT au « Bon marché » de Metz en mars 1937 malgré une violente campagne de l’Association des employés privés de la Moselle qui dénonçait dans ses tracts « ce nain mégalomane qui, vomi de sa Pologne natale, s’est cramponné comme un parasite à notre trop hospitalière terre de Lorraine ». En juillet 1937 le tribunal de première instance de Metz condamna l’auteur du texte calomnieux à verser à Ralph Konopnicki un franc de dommages et intérêts pour « diffamation et injures publiques ». Il fut réélu délégué du personnel au début de l’année 1938. Membre du bureau de l’UD-CGT de la Moselle de 1936 à 1938, Ralph Konopnicki assurait aussi la défense des employés de la Moselle devant les Prud’hommes.

Contrairement à d’autres socialistes mosellans qui soutenaient le mot d’ordre national de non-intervention dans la guerre d’Espagne, Ralph Konopnicki souhaitait que son parti soutienne la république espagnole. Cette position lui assura le soutien des communistes mosellans lorsque l’UD-CGT choisit de s’engager dans le soutien à l’Espagne républicaine. Il fut chargé par le bureau de l’UD de diriger la campagne d’aide à l’Espagne républicaine. C’est à ce titre qu’il organisa à l’été 1937 la tournée de l’orchestre espagnol « Cobla Barcelona » en Moselle. Le premier concert organisé à la Maison rouge de Metz attira une foule nombreuse parmi laquelle des militants d’extrême droite qui lancèrent des boules puantes et réussirent à faire évacuer la salle. Avec le reflux du Front populaire à partir de 1937 et devant la difficulté de faire rentrer les cotisations, Ralph Konopnicki décida d’abandonner son poste de permanent et de chercher un emploi. « Boycotté » par les patrons des magasins de la Moselle en raison de ses engagements, Ralph Konopnicki trouva en mai 1938 un emploi de chef décorateur à Marseille (Bouches-du-Rhône). L’Illustré messin se réjouissait de son départ dans son édition du 14 août 1938 en écrivant que le « jeune israëlite d’origine polonaise » avait été invité à quitter la région frontalière sur l’intervention du ministre de l’Intérieur. Ce qui était faux.

Ralph Konopnicki participa aux congrès fédéraux de la SFIO et de la CGT entre 1936 et 1938. Délégué au congrès national des Jeunesses socialistes en 1937 à Creil (Oise) et en mai 1938 à Limoges, il y défendait l’unité entre socialistes et communistes pour lutter efficacement contre la montée du fascisme (tendance Jean Zyromski de la SFIO).

Délégué de la Moselle au congrès national de la SFIO à Royan en juin 1938. Il défendit notamment l’introduction des lois laïques dans les départements alsaciens et la Moselle et dénonça la propagande hitlérienne alors assez active en Moselle. Il fut l’objet d’une violente campagne de la presse conservatrice mosellane avec à sa tête l’abbé Ritz, rédacteur du Lorrain. Avec quelques journaux mosellans, dont la feuille de M. Gangloff, l’Illustré messin, Le Lorrain attaquait Ralph Konopnicki sur ses origines nationales.

Le Lorrain du 25 juin 1938 le présentait en ces termes : « citoyen né sur les rives fleuries de la Prosna dans la ville de Kalisz, sur les confins des ci-devant empire de Russie et Royaume de Prusse et qui répond au nom, pimpant comme une ritournelle de chanson Vieille-France, de Ralph Konopnicki (…). Il a réclamé l’introduction ‘‘chez lui’’ - pas à Kalisz, où les Polonais ne plaisantent pas : à Metz où la France semble plaisante – des lois laïques du diable ».

Mobilisé dans l’armée au moment de l’offensive allemande, il réussit à rejoindre la cité phocéenne après la débâcle.

Installé à Marseille, Konopnicki fut contacté, en août 1940, par un militant communiste mosellan Alfred Muller, futur dirigeant du Comité de Libération de Monaco, qui réussit à le convaincre d’adhérer au Parti communiste et de lutter contre les Allemands. Sans respecter l’attentisme de la direction du PC. Ralph Konopnicki fut l’organisateur de l’action syndicale clandestine sur son lieu de travail. Il était alors aussi membre d’un groupe gaulliste constitué par les cadres de l’entreprise marseillaise où il travaillait. En mars 1943, il fut requis par le STO, il prit le maquis avant de s’installer dans la région niçoise alors occupée par les Italiens. À la fin de l’été 1943, alors que Nice est occupée par les Allemands, il fut chargé par le PC clandestin de reprendre la direction d’une imprimerie de la section juive des FTP-MOI. Il fut installé avec son épouse dans une villa louée sous un faux nom, avenue Valrose à Nice. Après plusieurs vagues d’arrestations qui touchèrent les FTP-MOI en février 1944, l’imprimerie dut cesser son activité et le couple s’installa à Cannes où Ralph Konopnicki devint commandant des FTP de la rive droite du Var des Alpes-Maritimes.

Il dirigea les combats de la Libération dans la région de Cannes et de Grasse. Sa femme, Rose, joua un rôle d’agent de liaison sous le pseudonyme de Renée Collin. Ils participèrent à la libération de Menton.

En septembre 1944 à la 1re conférence de la région Alpes-Martitimes et Basses-Alpes du PC tenue à Nice, il fut nommé secrétaire fédéral à l’organisation du PC des Alpes-Maritimes. C’est à ce titre qu’il fut chargé d’empêcher la proclamation d’une « République de Monaco » par les communistes de la Principauté réunis à la fin du mois de septembre 1944 au château de Cap d’Ail (Alpes-Maritimes). L’ensemble des membres du comité dirigeant la région communiste était issue de la Résistance. En 1946, à Nice, il présida le Comité d’union des Anciens combattants des deux guerres. Il avait tenté en vain, avec son ami Paul Maertens, premier secrétaire fédéral, de mettre sur pied le Parti ouvrier français dans lequel il espérait réunir socialistes, communistes et sympathisants. Il avait conservé durant toute cette période d’intense activité politique son pseudonyme de la Résistance. Le secrétariat du PCF du 8 avril 1946 nota dans ses décisions : « le maintenir Maertens au secrétariat et rechercher sur place les camarades Comiti Jean et Konopnicki dit Voisin qui pourraient être mis au secrétariat en remplacement de Barel et Pourtalet maintenus dans le bureau fédéral. » Mais, accusé d’opportunisme (rapprochement trop fort avec les socialistes), Konopnicki fut limogé le 26 juillet 1946 lors d’une réunion extraordinaire du comité fédéral élargi aux secrétaires de section tenue en présence de Maurice Thorez. Raphaël Konopnicki (Édouard Voisin) ne put s’exprimer pour réfuter les accusations portées contre lui. Comme Paul Maertens, Édouard Voisin fut donc renvoyé « à la base ». Il quitta la région à la fin de l’année 1946 alors que le parti était repris en main par Maurice Thorez et que de nombreux résistants furent écartés des postes à responsabilités.

Comme à Metz en 1938, Ralph Konopnicki se retrouvait sans travail. Il s’installa à Paris et de 1947 à 1948 il fut secrétaire des anciens FTP du XIIe arrondissement de Paris et membre de l’ANACR à sa constitution.

Il resta jusqu’en 1970 un militant communiste de base sans responsabilité mais critique par rapport à la ligne officielle. Il signa dans les années 1970 le « Manifeste communiste » à l’initiative de Maurice Kriegel-Valrimont critiquant notamment le centralisme démocratique.

Il commença à militer dans les années 1950 au MRAP où il occupa les fonctions de secrétaire de la région parisienne. Il fut aussi membre du secrétariat national de l’organisation. Ralph Konopnicki avait par ailleurs repris son activité d’étalagiste-décorateur indépendant.

Ralph Konopnicki présida de 1990 à 2001 l’AMILAR (Amicale de liaison des anciens résistants juifs). Très actif au sein de cette association, il organisa de nombreuses conférences sur la guerre et la déportation et anima de nombreuses manifestations du souvenir comme celle de février 1995 au square Marcel Rayman à Paris. Ralph Konopnicki fut président d’honneur de l’AMILAR et membre du comité directeur de la Fédération nationale des associations des Anciens combattants juifs, du comité directeur du CRIF (1991-2001) du conseil d’administration de l’Association pour la fondation de la Mémoire d’Auschwitz.

Il eut quatre enfants dont Guy Konopnicki qui fut un dirigeant de l’UEC puis un journaliste et écrivain, auteur d’un portrait souvent acide du communisme.

Ralph Konopnicki est chevalier de la Légion d’honneur (remise le 7 octobre 1998 par Jean-Pierre Masseret secrétaire d’Etat aux anciens combattants et victimes de guerre), médaillé militaire et Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136067, notice KONOPNICKI Raphaël (dit Ralph ou Konop), Édouard VOISIN dans la Résistance et à la Libération par Pierre Schill, version mise en ligne le 15 décembre 2010, dernière modification le 30 septembre 2015.

Par Pierre Schill

Raphaël Konopnicki
Raphaël Konopnicki
Photographie à la tribune du congrès du PC des Alpes-Maritimes (1945) avec Virgile Barel, député-maire de Nice
Photographie à la tribune du congrès du PC des Alpes-Maritimes (1945) avec Virgile Barel, député-maire de Nice
Collection Pierre Schill

ŒUVRE : Raphaël Konopnicki, Camarade Voisin, Paris, Jean-Claude Gawsewitch Editeur, 2008.

SOURCES : Archives personnelles de Ralph Konopnicki. — Renseignements fournis par l’intéressé. – Parti socialiste (SFIO), XXXVe congrès national tenu à Royan (4 – 7 juin 1938). Compte rendu sténographique, Librairie populaire, Paris, p. 177 à 184. – Historia, n° 667, juillet 2002. — Frédéric Laurent, Le Prince sur son rocher, Fayard, 2003. — Le Monde, 18 février 2011.

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