RUDE Fernand [RUDE Pierre, Marie, Fernand] dit FROMENT Pierre.

Par Maurice Moissonnier

Né le 13 juin 1910 à Lyon (IIIe arr.), mort le 12 mars 1990 à Villeurbanne ; professeur ; militant communiste (1930-1934) ; résistant, nommé sous-préfet à la Libération à Vienne et à Briey (1944-1962) ; chargé des Affaires culturelles pour la région Rhône-Alpes (1964-1969) ; historien du mouvement ouvrier.

Fils d’instituteurs, étudiant d’histoire-géographie et de langue russe à la faculté des lettres de Lyon, Fernand Rude adhéra en 1929-1930 au Secours rouge, à la Fédération unitaire de l’enseignement (CGTU) et au Parti communiste tout en gardant des relations de sympathie avec René Frémont, membre de l’UACR (Union anarchiste communiste révolutionnaire) et rédacteur au Libertaire.

En 1931, Rude suivit la grève de février-mai des trois mille couverturiers de Cours, Thizy, Pont-Trambouze (Rhône), fit, de mars à mai, une série de conférences pour le soixantième anniversaire de la Commune de Paris et prépara la commémoration du centenaire de l’insurrection de Lyon de novembre 1831 avec Jean Doron*, secrétaire de la Région lyonnaise du PC. Sous le pseudonyme de Pierre Froment, il rédigea une brochure qui, prévue au plan régional, fut envoyée à Paris et incluse dans la collection « Histoire du mouvement ouvrier », publiée par le Bureau d’éditions. Il créa également un Comité du centenaire des ouvriers et artisans de la Croix-Rousse qu’il essaya d’élargir aux organisations syndicales non unitaires. Enfin, il écrivit plusieurs articles pour la presse communiste dans Travail, hebdomadaire régional de Lyon (7 et 21 novembre) et l’Humanité (20, 21 et 22 novembre 1931) et participa à des meetings comme celui du 21 novembre à Oullins ou celui de Lyon avec André Marty.

Après la mort de Jean Doron (23 février 1932), Rude soutint la grève du Textile de Vienne du 1er mars au 21 avril 1932 que mena la CGTU réussissant à entraîner dans la lutte près de 8 000 ouvriers et ouvrières de la laine.

S’étant lié avec le docteur Émile Malespine*, il milita aux « Amis de Monde » et donna à Travail pour le 61e anniversaire de la Semaine sanglante quatre articles sur « le mouvement communaliste à Lyon en 1870-1871 » (28 mai, 4, 11 et 18 juin). Il fit campagne pour le congrès mondial contre la guerre à la suite de l’appel de Romain Rolland et d’Henri Barbusse, puis à la Voix du peuple qui remplaça le 12 novembre 1932 Travail (disparu après le 30 juillet). Il essaya de lancer une université ouvrière à Lyon (25 février 1933), mais l’accélération des événements empêcha le projet de se réaliser.

En novembre 1933, Rude fit son premier séjour en URSS où sa brochure sur 1831 avait été traduite par le spécialiste de 1848, Alexandre Molok, qui, dans son introduction, mettait tout de même en garde le lecteur contre les « préjugés » anarcho-syndicalistes de l’auteur. Il entra alors en relation avec les historiens soviétiques.

En février 1934, il prit une part active aux manifestations lyonnaises, puis au rapprochement avec le Parti socialiste qui aboutit le 27 juillet à un accord départemental entre les directions communiste et socialiste, à une manifestation unitaire à Gerland « contre les fascistes locaux qui s’abritent derrière le paravent des patronages catholiques » et à une campagne en faveur de Thaelmann, contre les décrets-lois et les manoeuvres aériennes prévues dans la région militaire. Ce rapprochement fut confirmé par les succès des meetings de Léon Blum et d’André Marty pour lesquels les deux partis lancèrent des appels parallèles.

Rude retourna en URSS et s’y fixa pendant un peu plus de deux ans. Il travailla en collaboration avec les « historiens marxistes », notamment avec Friedland dont il entreprit la traduction de son ouvrage, Marat et la guerre civile du XVIIIe siècle (1934, Les Éditions sociales internationales). À partir de l’assassinat de Kirov (1er décembre 1934), il observa la montée de la dictature stalinienne et de l’omnipotence du NKVD. Il assista au VIIe congrès de l’Internationale communiste (25 juillet-25 août 1935) qui officialisa la politique de Front populaire et fit partie de la commission, présidée par A. Vychinski, procureur général de l’URSS, chargée de procéder à la traduction de la Constitution de 1936. Il eut souvent l’occasion de rencontrer les dirigeants du PCF : Maurice Thorez, Marcel Cachin, Albert Vassart et surtout André Marty, membre de l’exécutif du Komintern.

Il rentra en France à la fin de septembre 1936. Mais, son épouse, Ganna Markovna Belakovska, née en 1909 en Asie centrale, fille d’un technicien, devenue interprète à l’Intourist, et leur enfant ne purent le rejoindre qu’un an plus tard.

Après son service militaire, nommé en 1938 professeur à Besançon, Rude milita à la CGT réunifiée et se rapprocha de la gauche du Parti socialiste pour soutenir les républicains espagnols. Mobilisé en août 1939, il réussit à échapper aux Allemands en juin 1940. Nommé à Grenoble, il commenta avec ses élèves, les Discours à la nation allemande de Fichte. Au début de 1942, il se lia avec Lucien Hussel (voir ce nom), député-maire socialiste de Vienne, l’un des 80 fondateurs du CAS (Comité d’action socialiste), l’un des premiers propagateurs du mouvement Franc-tireur dans l’Isère. Tenu en suspicion par les communistes qui lui reprochaient ses doutes sur le bien-fondé des procès de Moscou et un « trotskysme » supposé, il semble avoir donné à ce moment son adhésion (plus ou moins formelle) au Parti socialiste. Avec sa femme, qui participait à toutes ses activités, il diffusa le manuscrit dactylographié de Léon Blum, rédigé en 1941 au fort du Pourtalet, À l’échelle humaine, et les discours des accusés au procès de Riom (février-avril 1942). Il diffusa l’Insurgé et collabora à cet « organe de libération prolétarienne » créé à Lyon en mars 1942 par Marie-Gabriel Fugère (voir ce nom) et d’anciens membres du PSOP, du PS et du PC (ce journal clandestin avait pris pour une de ses devises celle des canuts : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant »). Il collabora également aux Cahiers de la France intérieure (créés par un résistant de la première heure, Georges Oudard), à partir du 15 octobre 1942. Il fut en liaison avec le Front national, les FTP, Eugène Chavant (voir ce nom) et le maquis Franc-tireur du Vercors qu’il rejoignit à la mobilisation du 8 juin 1944.

Après la libération de Grenoble, il fut nommé sous-préfet de Vienne mais continua à s’intéresser au mouvement ouvrier, recevant à son domicile des militants divers, y compris des anarchistes. Sa thèse soutenue en 1943 à l’École des hautes études en sciences sociales sous les auspices de Georges Bourgin et d’Ernest Labrousse, Le mouvement ouvrier à Lyon de 1827 à 1832, parut chez Domat, après la Libération, avec un avant-propos d’Édouard Dolléans (réédition Anthropos en 1969 avec présentation d’Ernest Labrousse). Grâce à André Siegfried, il obtint le prix quinquennal (1940-1945) Estrade-Delcros de l’Académie des sciences morales et politiques.

Rude poursuivit ses travaux d’histoire sociale à l’occasion du Centenaire de 1848 : La Révolution de 1848 dans le département de l’Isère, Grenoble, 1949 (p. 65-436) ; Voyage en Icarie. Deux ouvriers viennois aux États-Unis en 1855 (préface d’André Siegfried), PUF, 1952 (réédition PUG en 1981 sous le titre : Allons en Icarie) ; C’est nous les canuts, Domat, 1954 (réédition Maspero en 1977).

Après les événements de 1958, il fut nommé à Briey, où il resta jusqu’en septembre 1962. Dans cet arrondissement, il put observer les premiers symptômes de la crise lorraine. Il publia en 1960 L’introduction à la Révolution française de Barnave, d’après le manuscrit original, dans la collection Cahiers des Annales (réédition en 1971).

En 1964, il fut chargé de mission dans la région Rhône-Alpes par le ministre des Affaires culturelles, André Malraux. En 1967, il publia Stendhal et la pensée sociale de son temps dans la collection « Histoire des mentalités », dirigée chez Plon par Robert Mandrou (nouvelle édition augmentée, Monfort, 1983).

À la retraite, en 1970, il rassembla, à l’occasion du centenaire de la Commune de Paris, deux recueils de textes de Bakounine, De la guerre à la Commune (Anthropos, 1972) et Le socialisme libertaire (Denoël-Gonthier, 1973). Suivirent, dans une collection commémorant le trentième anniversaire de la Libération, La Libération de Lyon et de la région Rhône-Alpes (Hachette Littérature, 1974) ; un texte synthétique, Le mouvement ouvrier à Lyon (Fédérop, Lyon, 1977, 68 p.) ; un recueil de textes de Pauline Roland, Arthur Ranc, Gaspard Rouffet, sur la transportation en Algérie après le coup d’État du 2 décembre 1851, Bagnes d’Afrique, avec Introduction et notes (Maspero, 1981) ; Les révoltes des Canuts (novembre 1831-avril 1834), ouvrage paru en 1982 dans la petite collection Maspero. Il prépara la commémoration des deux insurrections ouvrières lyonnaises, qui s’effectua en mars-mai 1984.

Rude participa enfin aux activités de l’association « Rhône 89 » créée à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la Révolution française.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136050, notice RUDE Fernand [RUDE Pierre, Marie, Fernand] dit FROMENT Pierre. par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 6 décembre 2010, dernière modification le 21 décembre 2016.

Par Maurice Moissonnier

ŒUVRE : Textes et ouvrages cités. — Avec Jeanne Rude, Traduction et présentation du Poème sans héros d’Anna Akhmatova, La Découverte, 1982.

SOURCES : RGASPI, 495 270 1896, Moscou, été 1935. — La Voix du peuple, 1933. — Le Monde, 16 mars 1990. — Notes biographiques communiquées par l’intéressé.

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