VUILLAUME Maxime, Marie, Abel, Joseph, dit Arluison

Né à Saclas (Seine-et-Oise) le 19 novembre 1844, mort à l’hospice de Neuilly (Seine) en 1926 ; demeurant, 9, rue du Sommerard, à Paris (Ve arr.) ; marié, père de famille ; homme de lettres ; fondateur, sous la Commune, avec Vermersch et Humbert, du Père Duchêne ; membre, en Suisse, de l’Internationale bakouninienne ; auteur de Mes Cahiers rouges.

Maxime Vuillaume
Maxime Vuillaume

Maxime Vuillaume appartenait à un milieu modeste : son père tenait, semble-t-il, un débit de tabacs, et les deux témoins qui signèrent son acte de naissance étaient le percepteur et l’instituteur ; sa mère, Augustine Grégoire, n’avait pas de profession et lui-même selon Claude Roy (préface aux Cahiers rouges, op. cit.) est " mort à l’hospice de Neuilly [...] sans un sou ". Rien ne prouve que son père fût " filateur " comme le voudrait le dossier du 3e conseil de guerre ; et s’il présenta le minotier Darblay comme son compatriote, ce n’est aucunement pour se targuer de hautes relations (La Patrie en danger, 14 novembre 1870).

Maxime commença ses études au collège d’Étampes, et était en 1865 élève d’une classe préparatoire à l’École des Mines. Il avait fréquenté le lycée de Nantes, et le collège Sainte-Barbe à Paris où il eut pour professeur de mathématiques le père de Da Costa.

Les Mémoires que constituent ses Cahiers rouges le montrent fréquentant à Paris les cercles républicains et les cafés où se retrouvait la jeunesse de l’opposition. En décembre 1869, il écrivait dans Le Père Duchêne de G. Maroteau et, en février 1870, avec Passedouet, il fonda La Misère, journal quotidien qui ne dura qu’une semaine. À la fin de cette même année, il collabora à La Patrie en danger, 7 septembre-8 décembre et signa un de ses articles Maxime Vuillaume, " garde au 248e bataillon ". Il passa lieutenant et se distingua au cours des journées révolutionnaires des 31 octobre 1870 et 22 janvier 1871.

Vuillaume voyait clairement les tendances du pouvoir : " Socialistes, nous avons les cours martiales de Trochu, quand nous demandons les élections à la Commune [...] et le Gouvernement affolé de terreur, voyant se dresser devant lui le spectre de la grande Révolution sociale, écrase en silence le socialisme, en lui jetant à la face le mot de trahison ! " (La Patrie en danger, 28 octobre 1870). Il dénonça avec vigueur les calomnies répandues après le soulèvement du 31 octobre. Au bas d’une lettre sans date il a griffonné un jugement où s’affirmait en termes très modernes la croyance en la lutte des classes et le contenu social des émeutes. " Pour la seconde fois depuis vingt ans, la revendication sociale va se dresser devant l’exploitation financière ; le travail devant le capital. Le prolétariat, affirmant ses droits immenses, réclame sa place dans la société nouvelle ".

Il fonda alors avec Vermersch et Humbert Le Père Duchêne — 68 numéros du 6 mars au 22 mai 1871. Il fut également fondateur de La Sociale, 26 mars-19 mai, et rédacteur à L’Éstafette, 23 avril-23 mai, qui faisait suite au Bonnet rouge ; il collabora enfin au Journal officiel de la République française sous la Commune, 19 mars-24 mai.

Par contumace le 3e conseil de guerre le condamna, le 20 novembre 1872, à la peine de mort.

Vuillaume avait réussi à passer en Suisse où, selon L. Descaves (cf. Philémon..., op. cit., p. 76), il se serait fait appeler Arluison. Il a lui-même raconté dans quelles invraisemblables circonstances il échappa, en mai-juin 1871, à la répression versaillaise (cf. Mes Cahiers rouges, pp. I-47 et 343-385, édition 1953), comment un gendarme vint, en gare de Chaumont, vérifier ses papiers et ceux de son compagnon de fuite, Bellenger, et, constatant qu’ils n’étaient pas en règle, fit descendre les deux voyageurs... et oublia Vuillaume dans le compartiment : " un des plus extraordinaires épisodes de cette fuite plus qu’étrange, écrit Vuillaume, où je rencontrai tous les dangers et où j’échappai à tous, par un inexplicable et persistant bonheur "...

Quoi qu’il en soit, Vuillaume a donc gagné la Suisse. Il adhère alors, à Genève, en novembre 1871, à la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste — voir Dict., t. IV, p. 80. Dès cette époque, il publia, en livraisons, Hommes et Choses du temps de la Commune.

De mars 1873 à juillet 1878, Vuillaume remplit les fonctions de secrétaire général de l’entreprise du tunnel du Saint-Gothard. Le 25 juin 1878, le conseil municipal d’Altdorf, canton d’Uri, attestait que M. Vuillaume y avait demeuré depuis mars 1873 et qu’il s’était " toujours comporté irréprochablement ". Par ailleurs, Louis Favre, ingénieur suisse chargé du percement du tunnel, écrivait, le 18 mars 1879 — parlant de Dessesquelle entré à son service au début de l’année 1875 et de M. Vuillaume : " Ces deux jeunes gens, mariés, et pères de famille, ont toujours eu chez moi une conduite irréprochable ". [...] " Sérieux, travailleurs, très intelligents [...] ils ont mérité d’être appelés aux fonctions délicates qu’ils remplissent par la confiance absolue qu’ils ont su m’inspirer ".

Par la suite, Vuillaume fut agent général de la société de dynamite d’Ascona appartenant à M. Favre. Il résida alors, 20, rue Palestro, à Gênes. Puis il serait allé en Russie, pour la même société sans doute, afin d’explorer le bassin houiller du Donetz.

Vuillaume écrivit plusieurs ouvrages en rapport avec ses activités " industrielles " : Les Galeries souterraines (tunnels du Mont-Cenis, du Saint-Gothard, du Simplon, tunnel sous la Manche), 1re édition 1876, 2e édit. 1879, La Poudre à canon et les nouveaux corps explosifs, 1878. Il publia également, sous le pseudonyme de Maxime Hélène, des articles scientifiques dans La Nature et autres revues. En octobre 1878, il se trouvait à San Pier d’Arena, près de Gênes.
Aux Archives de la préfecture de police de Paris existe une " liste des réfugiés français domiciliés à Genève, déclarés ou soupçonnés d’avoir fait partie de la Commune de 1871 " (dossier B a/433, pièces 2619 et suivantes), liste sur laquelle figure Vuillaume avec la mention " appartient à la police ". Il semble que cette formule, qu’on retrouve d’ailleurs — et de façon aussi inexpliquée — à la suite de quelques autres noms de Communards, doive être interprétée : le dossier X... est, pour l’instant, conservé par les services de police.

Gracié le 17 mai 1879, Vuillaume ne serait revenu à Paris qu’en 1887. Il occupa alors les fonctions de secrétaire de rédaction au journal de Clemenceau La Justice et collabora au Radical et à L’Aurore.

En 1918, Maxime Vuillaume publia, chez l’éditeur parisien Rouff, deux petites brochures de 24 p. qui entraient dans le cadre d’une collection intitulée " Patrie ", brochures intitulées, Paris menacé, Paris sauvé, et Paris bombardé par les " Berthas ", n°s 77 et 95 de la collection. Très patriotes, elles rappellent d’ailleurs les articles que Vuillaume écrivait dans le Père Duchêne en 1871 ; ainsi, dans le n° 3 du 8 mars :

" La France a perdu son Alsace, sa brave Lorraine, qui étaient, foutre ! si patriotiques que le Père Duchêne verse toutes les larmes de son corps quand il songe que ces braves bougres de Strasbourg et de Metz sont sous le sabre de De Moltke et sous la schlague de Bismarck ".

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136041, notice VUILLAUME Maxime, Marie, Abel, Joseph, dit Arluison , version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 28 mai 2019.
Maxime Vuillaume
Maxime Vuillaume

ŒUVRE (cotes de la Bibl. Nat.) : Les Soldats de la liberté. Valmy (5 de : Collection historique populaire), 4° G 1344. — Austerlitz. La bataille des trois empereurs (9 de la même collection), 4° G 1344. — L’Horloge et les cloches de la Bastille, d’après les manuscrits des archives, Tours, 1896, in-8°, pièce, Lk 7/30433. — Mes Cahiers rouges, avant-propos de Lucien Descaves, Paris, 1908, in-18, 8° Z 15709 (Cahiers de la Quinzaine, 10-12e cahiers de la 9e série). — Ibid., 1909 (7e et 8e cahiers de la 10e série). — Ibid., 1909 (11e cahier de la 10e série). — Ibid., 1910 (9e cahier de la 11e série). — Ibid., 1912, (11e cahier de la 13e série). — Ibid., 1913 (11e cahier de la 14e série). — Ibid., 1914 (9e cahier de la 15e série). La dernière édition en un volume, préface de Cl. Roy, a été réalisée en 1953 par le Club Français du Livre (les citations renvoient à cette édition).
_ On trouve également à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris : Inauguration du monument élevé à la mémoire de Proudhon (L 910/944171), in 8°, Besançon. — Pourquoi l’entente doit vaincre (912955). — La Semaine sanglante, journal d’un Communard, préface de L. Descaves, mai 1871 (707357). — Le Bronze, par Maxime Hélène (pseudonyme), Paris, Hachette, 1890 (946672). — Hommes et choses du temps de la Commune. Récits et portraits pour servir à l’histoire de la première Révolution sociale. Anonyme (en collaboration avec Bellanger et Massenet de Marancour), 1871, Paris-Genève-Bruxelles-Londres (les chapitres " Le Père Duchêne " et " Les otages " sont de Vuillaume, réédition en fac-similé EDHIS.
_ Deux ouvrages enfin, introuvables, édités par Hachette : Les Galeries souterraines, 1876, et La Poudre à canon et les nouveaux corps explosifs, 1878 (auteur : Maxime Hélène).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/866, n° 8178. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — La Comune di Parigi (G. Del Bo) op. cit.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 292.

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