TINAYRE Victoire [TINAYRE Marguerite, Victoire, née Guerrier

Née le 6 mars 1831 à Issoire (Puy-de-Dôme), morte en 1895 ; inspectrice des écoles de filles du XIIe arr. sous la Commune ; membre de l’Internationale.

En 1856, à Lyon, Marguerite Guerrier obtint son brevet de capacité pour être institutrice. Elle épousa un clerc de notaire nommé Tinayre qui " ne se faisait remarquer en aucune manière ", mais elle-même " manifestait les opinions les plus avancées " et " on ne connaissait qu’elle ".
Après avoir dirigé une école libre à Issoire, elle vint à Paris et organisa des écoles libres et " protestantes " à Neuilly, Bondy, Noisy-le-Sec, Gentilly. Son mari fut clerc de notaire à Choisy-le-Roi.
En 1867, elle fonda avec Louise Michel, Étienne Delamarche et le cordonnier fouriériste Fortuné Henry la « Société des Équitables de Paris », coopérative de consommation dont les réunions se tenaient chez le président, Fortuné Henry, qui habitait rue des Vieilles-Haudriettes. Mme Tinayre, qui appartenait à la commission de contrôle, fit " adhérer l’association à l’Internationale et à la Fédération des Sociétés ouvrières " (É. Thomas, Les Pétroleuses, op. cit., p. 24).
Mme Tinayre fut aussi romancière sous le nom de Jules Paty. É. Thomas — op. cit. — juge ses écrits " longs, pathétiques et filandreux ", mais ils permettent de mieux connaître les idées de l’auteur qui attachait une grande importance à l’éducation des masses par une participation active aux sociétés de secours mutuels et aux coopératives de consommation.
" Après avoir continué sa propagande communiste pendant le siège de Paris ", Mme Tinayre fut nommée inspectrice des écoles de filles du XIIe arr. sous la Commune — elle habita alors, 16, rue de Gentilly, XIIIe arr. Vers la fin de mars 1871, elle aurait signifié à la supérieure de l’École du passage Corbes, à Bercy, " d’avoir dorénavant à s’adresser directement à elle et à la mairie du XIIe arr. pour les demandes, plaintes et réclamations qu’elle aurait à faire ". Quinze jours plus tard, " un adjoint au maire insurgé Philippe est venu, accompagné de dix femmes, expulser les sœurs qui se sont réfugiées à Charenton ".
Mme Tinayre fut arrêtée le 26 mai par les troupes de Versailles et enfermée au Châtelet. Son mari, favorable à Versailles, l’avait suivie pour la défendre. Il fut arrêté et aussitôt fusillé. Relâchée le 27, Mme Tinayre réussit à gagner Genève. Son frère — voir Guerrier Antoine, Ambroise — fut condamné pour participation à la Commune.
Le 3e conseil de guerre la condamna par contumace, le 9 janvier 1874, à la déportation dans une enceinte fortifiée.
Elle poursuivit en Suisse son action révolutionnaire. D’après Le Pays, 5 mars 1873, on l’a vue présider à Genève " la cérémonie d’un baptême civil et donner aux nouveau-nés les noms de Danton, de Millière et de Flourens ".
Par la suite, elle résida à Pesth (Hongrie) où elle se trouvait en 1879. Elle sollicita alors l’autorisation, qui lui fut tout d’abord refusée, de résider trois mois à Paris. Le consul général de France en Hongrie, comte de Bourgoing, fit connaître " que cette dame a su s’entourer à Budapest des dehors de la plus parfaite honorabilité, que sa tenue et sa conduite irréprochables lui ont valu le respect de tous ". Il ajoutait : " Aussi, a-t-elle pu, grâce aux leçons qu’elle donne avec un zèle infatigable, pourvoir six ans à l’entretien de sa famille composée de cinq enfants mineurs ". Pour finir, il la présentait " comme une coupable à coup sûr très amendée et qu’il ne peut se résoudre à considérer comme une personne dangereuse ".
Mme Tinayre bénéficia de la remise définitive de sa peine le 27 novembre 1879.
Selon la police, début février 1881, s’étaient réunies au domicile de Clémence Kéva une quinzaine de femmes dont Marcelle Tnayre, Eugène Pierre et Debrossie, en vue de constituer "La Solidarité des femmes" , une nouvelle société pour l’amélioration du sort des femmes, leur amélioration zet la suppression de la prostitution réglementée.
Marguerite Tinayre était mère de cinq enfants ; l’un est devenu graveur, un autre peintre, l’un et l’autre d’une certaine notoriété. Le premier fut le mari de la romancière connue Marcelle Tinayre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136027, notice TINAYRE Victoire [TINAYRE Marguerite, Victoire, née Guerrier , version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 28 mai 2019.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/852, n° 732. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil, n° 1416. — Arch. PPo. BA 90. — C. Pelletan, La Semaine de Mai, Paris, 1889, pp. 231-236. — Zévaès, Les Proscrits de la Commune, Paris, s.d. — É. Thomas, Les Pétroleuses, op. cit.

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