RANC Arthur [RANC Artur]

Né le 20 décembre 1831 à Poitiers (Vienne) ; mort à Paris le 9 août 1908 ; homme de lettres ; homme politique et membre de la Commune ; député (1881) puis sénateur de la Seine (1891) ; directeur (1880) de La Petite République.

Arthur Ranc était originaire d’une famille de tanneurs installée à Villefort, anciennement diocèse d’Uzès, sénéchaussée de Nîmes, rattaché au département de la Lozère en 1790. Son arrière grand-père, Vital Ranc, né à Montselgues, diocèse de Viviers, puis département de l’Ardèche, le 15 avril 1733, quitta Montselgues et se maria à Villefort (diocèse d’Uzès) en 1763 avec Marie-Rose Rieu, fille d’un tanneur local. De ce mariage naquirent plusieurs enfants dont Maurice Ranc (grand-oncle d’Arthur), né le 5 avril 1764 à Villefort. Il était prêtre, vicaire de Les Vans, diocèse d’Uzès. Maurice Ranc prêta le serment de fidélité à la constitution civile du clergé avec les réserves sur les questions ecclésiastiques. En juillet 1792 il quitta sa paroisse et se réfugia à Villefort dans sa maison de famille. Il fut inscrit sur la liste des émigrés, puis rayé de cette même liste par délibération du directoire du district de Villefort du 20 ventôse an III. Était-il vraiment voltairien ? On le retrouve à Poitiers où il était présenté comme recteur de l’académie sur l’acte de naissance d’Arthur.

Jean, Pierre, Paul Ranc (grand-père d’Arthur) naquit le19 juillet 1765 à Villefort. Son parrain était son oncle Michel Ranc, prêtre. Il épousa, à Villefort, Anne, Marie, Antoinette Meffre le 6 février 1787. Artisan tanneur comme son père et son grand-père maternel, il fut élu au conseil politique de Villefort et fut second consul en 1789. Plusieurs enfants naquirent de ce mariage dont Joseph Odilon Ranc, père d’Arthur, le 14 fructidor an 11 (1er septembre 1803).

Maurice Ranc fit venir son neveu Joseph Odilon à Poitiers et se chargea de son éducation. Celui-ci embrassa une carrière juridique, il devint avoué près de la cour royale de Poitiers. Le 18 juin 1827, il épousa avec l’accord de sa mère Julie Massé, fille de magistrat et petite fille d’un conseiller de préfecture. De ce mariage naquit Adrien Ranc et Arthur Ranc.

Entré à sept ans au collège royal de Poitiers, il y tint durant neuf ans la tête de sa classe. Bachelier ès lettres, puis étudiant en droit à Paris en 1849, il protesta contre la fermeture des cours de Michelet, de Quinet, de Simon ; il fit le coup de feu au 2 décembre 1851 : il sera en 1880 le président de la Société des Victimes du 2 Décembre.

En 1852, il se lia avec Auguste Blanqui* emprisonné, et c’est par son intermédiaire que Blanqui conserva la plupart de ses contacts avec ses amis de l’extérieur. Ranc devint ce que l’on pourrait appeler son « disciple libre », c’est-à-dire qu’il respectait sa pensée, mais n’admettait pas toujours sa tactique.

En 1853, il fut impliqué dans le complot dit de l’Hippodrome. Ce complot avait pour centre un groupe d’étudiants qui s’étaient connus au cours de Michelet, notamment Leon Ribault de Laugardière* et Ranc. Le fait que Ranc ait été en relations à la fois avec Blanqui et avec Mazzini constitua pour lui une charge accablante.

Acquitté, il fut cependant envoyé à Sainte-Pélagie pour avoir appartenu à une société secrète, et condamné, le 16 janvier 1854, par la 6e chambre, à un an de prison, 100 F d’amende et cinq ans de privation des droits civiques. Cette condamnation pour appartenance à une société secrète devait avoir pour Ranc une conséquence particulièrement grave. Après l’attentat de Edmond Bellemare* qui l’avait connu en prison et qui était venu ensuite chez ses parents, il fut arrêté et désigné pour être envoyé à Cayenne, en vertu d’un décret du 8 décembre 1851. Il dut à l’intervention d’une tante de n’être transporté qu’à Lambessa. La raison de cette rigueur était, entre autres choses, la réponse qu’il avait faite à Bellemare qui l’avait consulté sur l’opportunité de son attentat : « Tu es myope, tu le manqueras, tu te feras guillotiner inutilement et tu compromettras pour rien les autres ».

Le directeur de la Sûreté générale avait cru devoir dire au père de Ranc : « Des gens comme votre fils, nous en purgerons Paris jusqu’au dernier ».

Déporté à Lambessa, Ranc put s’évader et, par Tunis, gagner Gênes puis la Suisse, où il dirigea près de Montreux les études d’un collège français pour jeunes et riches étrangers. Il rentra en 1859 après l’amnistie et vécut de journalisme tout en donnant des leçons particulières. Correcteur à L’Opinion nationale, il collabora à La Rue (1er juin 1867-11 janvier 1868) de Jules Vallès* (de qui il fut proche et qui le mentionne dans Le Bachelier sous le nom de Roc – Ranc signifiant en occitan roc ou rocher), au Réveil de Charles Delescluze*, au Diable à Quatre (1868), à La Cloche (1869). Il publiait aussi dans le Nain Jaune des articles d’une rude franchise, par exemple celui où il écrivait : « ... la guerre civile, de toutes les guerres la plus raisonnable, car c’est la seule où chaque soldat se fait tuer pour un intérêt, pour une idée, pour une passion quelquefois aussi. C’est la guerre sainte ». Pour avoir dit : « Il me semble voir, à la boutonnière des décorés de juin, une éclaboussure du sang des fusillés », il fut condamné, le 11 octobre 1867, à quatre mois de prison et 500 f d’amende sous l’inculpation d’« excitation à la haine du gouvernement ». Le 30 juillet 1870, il était encore condamné à quinze jours de prison pour coups et blessures. Vers 1868, il habitait Moussy-le-Neuf (Seine-et-Marne) et Blanqui séjournait parfois chez lui.

Adhéra-t-il à l’Internationale en septembre 1867 ? Seul le dossier du 3e conseil de guerre en fait mention, et lui-même s’en est défendu, disant qu’il avait donné son accord à la même date au congrès de la Paix et non à l’Internationale. Il avait connu Delescluze en prison et c’est peut-être lui qui, en 1869, lui présenta Gambetta, lui faisant ainsi confier la défense des accusés au procès Baudin et contribuant à la fortune du tribun. En avril 1870, il se cacha à Brunoy (Seine-et-Oise) pour éviter une arrestation consécutive à l’affaire Victor Noir* ; il était alors lié à Hippolyte Lissagaray*, Arthur Arnould*, Edmond Levraud*, Ulysse Parent*, Louis Greppo*. Dès 1865, Ranc appartenait à la franc-maçonnerie, loge « La Renaissance par les émules d’Hiram » — voir Thirifocq Eugène*

Après le 4 septembre, il devint maire du IXe arr. : de son propre chef, dit-on au conseil de guerre, mais peut-être grâce à l’amitié de Gambetta qu’il rejoignit d’ailleurs à Tours en ballon dès le 14 octobre pour y diriger la Sûreté générale ; fin 1870, il était inscrit au club des Jacobins de Bordeaux. Il démissionna de son poste le 6 février 1871 et fut élu député à l’Assemblée nationale, mais renonça à son mandat le 2 mars pour protester contre la signature de la paix. Le 20 mars, il quitta Royan (Charente-Inférieure) pour Paris, l’Internationale le conviant pour le 22 à une séance d’information (la lettre est du 17 mars). Il trouva l’insurrection victorieuse et fut élu le 26 mars représentant du IXe arr. à la Commune par 8 950 voix sur 10 340 votants et 26 608 inscrits ; il siégea aux commissions de la Justice et des Relations extérieures à compter du 29 mars, mais démissionna le 5 avril. Il se cacha assez peu en mai et ne fut pas inquiété.

Candidat aux élections municipales de Paris le 21 juillet, il s’en fallut de quarante voix qu’il ne fût élu, alors même qu’il n’avait pas fait campagne. Dès lors la réaction s’intéressa à lui et s’étonna de l’impunité dont il bénéficiait : était-il le protégé de Jules Simon, de Favre, de Ferry, voire de Thiers ? On précisait même qu’il aurait gardé en 1871 des papiers compromettants pour le chef de l’exécutif, papiers saisis à l’hôtel de celui-ci ; il s’en défendit tout en se présentant comme un conciliateur entre Paris et Versailles et comme membre de la Ligue des Droits de Paris. Son élection en 1873 comme député du Rhône mit le feu aux poudres ; une polémique violente s’engagea dans les journaux : le Rappel, la République française, le Pays, la Patrie en danger, le Gaulois... qui invoquaient une loi du 15 mars 1849 interdisant aux accusés contumaces de devenir représentants du peuple. Une commission conclut à la validité de son élection, se dédommageant par la publication du passé judiciaire de Ranc qui avait nourri ses réticences. Ranc avait fui à Bruxelles et le 3e conseil de guerre l’avait condamné le 13 octobre 1873 à la peine de mort. Pour cette raison il ne pu être présent à l’enterrement de son frère Adrien Ranc. Il y fut représenté par le directeur de La République française, Eugène Spuller,

A Bruxelles il vivait assez à l’écart des autres réfugiés, fréquentant surtout Jules Fontaine* et Bayeux-Dumesnil*. Il habitait, 3, rue Saint-Lazare, à Bruxelles-Nord, et ne rentra qu’après l’amnistie (11 mars 1879). En 1880, il prit la direction de La Petite République. Il fut élu député de la Seine en 1881, battu en 1885. En 1891, il devint sénateur de la Seine. En 1900, il figurait parmi les rédacteurs du Radical. En 1903, il était élu sénateur de la Corse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136010, notice RANC Arthur [RANC Artur], version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 26 mai 2019.

ŒUVRE : Nous citerons : Le Bilan de l’année 1868, politique, littéraire, dramatique, artistique et scientifique, par MM. Castagnary, Paschal Grousset, A. Ranc et Francisque Sarcey, Paris, 1869, in-18, 576 p., 8° Lb 56/2146. — De Bordeaux à Versailles, l’Assemblée de 1871 et la République, par O. Ranc (sic), Paris, s. d. , in-8°, 402 p., 8° Lb 57/6252. — Le Roman d’une conspiration, Paris, 1869 — réédité en 1873 et 1880 (8° Y 2/4210). — Sous l’Empire, roman de mœurs politiques et sociales, Paris, 1872, Gr. in-8°, 236 p., Y2/4532. — Souvenirs, Correspondance, 1831-1908, par Mme Ranc, Paris, 1913, 16° (2)-524-(4) p. 8° Ln 27/58722.

SOURCES : AD Vienne, Acte de naissance. — AD Ardèche, RP Montselgues. — AD Lozère L 366 , RP Villefort, état civil Villefort, registres conseil politique Villefort, Directoire district L366. – Arch. Nat., BB 24/859 A. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., listes de contumaces et listes d’exilés. — J.O. Commune, 31 mars 1871. — Souvenirs, Correspondance, (voir œuvres). — I. Tchernoff, le Parti républicain au coup d’État et sous le second Empire. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire, op. cit. — F. Sartorius, J.-L. De Paepe, Les Communards en exil. État de la proscription communaliste à Bruxelles et dans les faubourgs, Bruxelles, 1971.— Journal des débats politiques et littéraires, 10 juin 1873, p. 1, 6ème col. – Notes de Robert Malclès.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., album 286/43.

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