MAY Élie, Henri

Par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot

Né à Paris le 10 ou 11 juin 1842, mort le 21 octobre 1930 ; demeurant à Paris, 97, rue de Turbigo, IIIe arr. ; célibataire ; membre de l’Internationale ; négociant en pierres fines comme son frère Gustave May, communard, exilé aux États-Unis, blanquiste ; membre de la Chevalerie du Travail américaine.

Sergent, pendant le Siège, au 204e bataillon de la Garde nationale, il fut nommé, après le 18 mars, directeur de la Manufacture des Tabacs. Son frère le nomma ensuite intendant divisionnaire. Accusé de concussion, ainsi que son frère, Élie May fut déplacé de l’intendance et remplacé par Varlin le 2 mai. Au terme d’une enquête menée avec diligence, ce dernier conclut qu’aucun fait " de nature à compromettre [leur] honorabilité " n’avait été relevé dans leur gestion.

Par contumace, le 6e conseil de guerre condamna les deux frères, le 31 août 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Élie se réfugia à New York. Il y arriva avec son frère début septembre 1871. Ils furent interceptés par les douaniers américains, porteurs de diamants pour une valeur de 3390 dollars, et furent accusés de contrebande (voir la lettre d’explication parue dans Le Socialiste le 18 novembre 1871). Plus tard l’origine exacte de ces pierres allait être au cœur d’âpres controverses entre réfugiés.

Membre du premier noyau blanquiste en voie de constitution autour d’Edmond Levraud, Élie May envisagea durant quelques temps de se lancer avec son frère et ce dernier dans le commerce de l’article de Paris et de la bijouterie de pacotille. Mais bientôt les relations se tendirent entre les frères May et les autres membres du groupe. Les accusations de corruption et de prévarication refirent surface, nourissant l’antisémitisme de certains de leurs accusateurs.

Le 9 mars 1872, Élie repartit pour Londres. Le 3 avril, il participa dans cette ville, en compagnie de son frère, à une grande réunion tenue par les loges maçonniques anglaise (il figura par ailleurs parmi les fondateurs de la loge des Égalitaires à New York). Le 18 du même mois, il partipa à une réunion privée de la " Section fédéraliste française de 1871 " de l’AIT. Le 10 juillet, il repartait pour l’Amérique en compagnie de son frère. Il fit ultérieurement plusieurs allers-retours entre New York et l’Angleterre, sans doute pour affaires. Plusieurs témoignages confirment qu’il se trouvait à Londres en février 1873, et c’est de cette ville qu’il fit parvenir la somme de £2 pour la souscription en faveur des veuves et des orphelins de la Commune. En octobre de cette même année, il était de retour à New York, où il donna une conférence pour le 3e anniversaire des événements du 31 octobre. En mars suivant, il assista au banquet commémoratif du 18 mars et y porta un toast à Blanqui (Bulletin, 16 avril 1874). Élie May habitait alors 33, John Street.

Entre-temps, il semble que les frères May aient joué un rôle de premier plan dans le mouvement révolutionnaire de l’hiver 1873-74. Délégué des Français au Comité de Salut public mis en place à New York, Élie était présent avec son frère lors des échauffourées de Tompkins square. L’un d’eux harangua aussitôt après les militants présents. Quelques jours plus tard, Élie May fut élu vice-président de la réunion à l’issue de laquelle fut décidée la constitution des milices armées d’autodéfense, et le 5 février il en fut nommé adjudant-général. Le mouvement tourna court avant qu’il n’ait pu mener à bien la tâche dont il avait été investi.

Poursuivis par la vindicte de leurs anciens amis blanquiste, les frères May furent à plusieurs reprises mis publiquement en accusation au sein de la Société des réfugiés dont ils étaient membres. Le 17 janvier 1874, une première commission d’enquête mise en place par la Société conclut à un non-lieu. Au terme de plusieurs autres tentatives, Élie et Gustave May furent finalement exclus de la Société le 30 mars 1876 sur proposition de Dereure, " pour cause d’indignité ", à l’issue d’une réunion extraordinaire tenue à Husch’s Hall sous la présidence de Fondeville, réunion à laquelle ils n’assistèrent pas. Cette décision ne fit pas l’unanimité, provoquant par exemple une protestation de Pottier et Marin.

Ceci n’empêcha pas Élie May d’assister le 8 juillet 1877 à l’enterrement du docteur Parisel, figurant même parmi les porteurs du cercueil (New York Herald, 8 juillet 1877 et New York Sun, 9 juillet 1877).

Élie May fut l’un des rares militants socialistes franco-américain de cette période à participer au mouvement ouvrier anglophone en devenant membre des Knights of Labor (Chevaliers du Travail, fondés en 1869) dès 1873. Il milita à New York et fut membre du comité national du mouvement jusqu’en 1884, date de son retour en France. Il adhéra à la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil et en devint, en 1884 et 1885 le vice-président.

En 1885, il fut l’un des cofondateurs avec Malon, Fournière, G. Renard, etc., de la Société d’économie sociale dont la réunion constitutive se tint à son domicile parisien le 7 novembre. Il en fut élu administrateur trésorier. Il fut candidat aux élections municipales de 1887 dans le IIIe arr., quartier des Archives, et recueillit 219 voix sur 4 670 inscrits. Gagné au boulangisme, il fut candidat aux élections législatives de 1889 dans le XIIe arr. En 1893, il se présenta une fois encore dans la 2e circonscription de ce même arr. et échoua avec 1 247 suffrages. Le 10 septembre 1893, Élie May n’assista pas — une absence très remarquée — à la conférence donnée à Paris par Lucien Sanial qui préluda à la mise sur pied de l’Ordre en France. Il demanda son admission à la Chevalerie du Travail Française en 1896, mais cette demande fut combattue par Pelloutier lors de la séance du 24 mars du Chantier du XIIe arr. Candidat dans le XIe arr. aux élections législatives de 1898, il recueillit 1 069 voix. C’est au titre de candidat dans cet arr. qu’il fut délégué l’année suivante au congrès socialiste de la salle Japy. May s’était présenté sous l’égide du POF aux congrès nationaux duquel il avait participé à Marseille (1892) et à Montluçon (1898). Au congrès socialiste de Lyon (1901) et au congrès d’unité, salle du Globe à Paris (1905), il représenta la Guadeloupe.

En tant qu’« ancien intendant de la Commune » il était membre de l’« Association fraternelle des anciens combattants et amis de la Commune ». En 1918 il succéda au docteur Edmond Goupil à la présidence de cette association qu’il dirigea jusqu’à sa mort en 1930. Il demeurait alors 20, rue de Saïgon à Paris (XVIe arr.)

En 1923, il était membre de la Fédération socialiste de la Seine. Il présidait le syndicat de la presse socialiste qu’il avait contribué à fonder en 1893 sous le titre de « syndicat des journalistes socialistes » et qui comptait cent-six membres en 1927 dont Georges Renard, Zéphyrin Camélinat, Jean Allemane, Georges Weill, etc. En 1930, Élie May en était toujours le président et était président honoraire de la caisse de retraites.

Dignitaire de la Grande Loge de France, Élie May mourut en octobre 1930 (décès annoncé dans Le Travailleur du Centre-Ouest, hebdomadaire communiste paraissant à Limoges, n° du 1er novembre).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135979, notice MAY Élie, Henri par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 11 mars 2019.

Par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot

ŒUVRE :COLLABORATION : Élie May figure parmi les rédacteurs de Felleisen, organe de l’Union des Arbeiterbildungs-Vereine allemands en Suisse, rallié à l’AIT en août 1868.

SOURCES : Arch. Zyromski. — Syndicat des journalistes socialistes, Annuaire pour 1930, Rennes, 1930. — Arch. Nat., BB 24/862, n° 5749. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — J.O. Commune, op. cit., 1er mai 1871. — Arch. PPo., Ba/428 et B a/1177. — IFHS 14 AS 99 bis. — Arch. Aff. Étr., Correspondance politique des consuls, vol. 40, p. 34.— J. Bossu, « Une loge de proscrits à Londres... ». — l’Idée libre, juin-juillet 1958. — M. Dommanget, La Chevalerie du Travail française, Lausanne, 1967. — M. Cordillot, « Les Blanquistes à New York », art. cit. — K. Steven Vincent, Between Marxism and Anarchism. Benoît Malon and French Reformist Socialism, Berkeley, Univ. of California Press, 1992. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — Christophe Bitaud, Elie May, communard et franc-maçon, Théolib, 2018.

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