MAIGNEN Maurice, dit Maurice Le Prévost

Par André Caudron

Né le 3 mars 1822 à Paris, mort le 7 décembre 1890. Religieux, pionnier du catholicisme social. Directeur du cercle Montparnasse et du Moniteur de l’ouvrier, co-fondateur de l’œuvre des cercles catholiques d’ouvriers.

Soutien de famille dès l’âge de quinze ans, à la suite de la paralysie du père, peintre de profession, Maurice Maignen connut une jeunesse difficile. Inscrit à l’école des beaux-arts en 1839, il travailla comme employé à l’administration des chemins de fer. Les idées humanitaires du socialisme le séduisaient. Il revint à la pratique religieuse sous l’influence de son ami Jean-Léon Le Prévost, membre des Conférences de Saint-Vincent de Paul, un des premiers compagnons de Frédéric Ozanam*. Quand Le Prévost voulut créer avec Clément Myionnet, en 1844, l’Institut des Frères de Saint-Vincent de Paul, le projet fut retardé car la mère de Maignen refusait son entrée dans les ordres. L’année suivante, Maignen s’occupa du patronage parisien de la rue du Regard et il commença l’apprentissage de la vie religieuse en 1846. C’est en 1852 que les sept premiers Frères, dont Maignen, prononcèrent leurs vœux perpétuels. La nouvelle congrégation avait pour objet l’apostolat dans les milieux ouvriers. Ses membres, restés laïcs, ne portaient pas d’habit religieux,
Fondateur d’un patronage à Grenelle, Maignen fut appelé à diriger en 1852 l’œuvre des « Jeunes Ouvriers », anciens apprentis réunis par l’abbé Louis de Ségur. Trois ans plus tard, il lançait l’Association des jeunes ouvriers de Notre-Dame de Nazareth, à laquelle il consacrera désormais sa vie. Ce patronage, devenu le plus important de ceux que dirigeaient les Frères de Saint-Vincent de Paul, fut alors transféré de la rue du Regard au boulevard du Montparnasse. Maignen, son directeur, confiait des responsabilités aux jeunes ouvriers qui le fréquentaient. Il se distinguait par un sens social plus aigu que celui des autres animateurs d’oeuvres, préoccupés avant tout de conservation et de piété. En 1858, il se rendit au congrès organisé par l’abbé Augustin Le Boucher à Angers où il fut, parmi ses confrères, le seul à dépasser l’objectif commun - prier et jouer - et à soulever, dans une intervention énergique, les problèmes propres aux jeunes ouvriers (emplois, compagnonnage chrétien).
En 1861, il mit sur pied la Corporation de Saint-Eloi pour les apprentis et les ouvriers des métaux, en vue de « rétablir l’union entre les classes séparées par la Révolution » et d’ » associer les ouvriers avec les patrons ». En 1865, dans ses locaux de Montparnasse, il fonda un cercle de jeunes ouvriers, milieu protégé où les célibataires pouvaient se préparer au mariage et à la promotion sociale avec l’aide d’institutions économiques, prévues pour conforter leur épargne. Cette organisation était florissante, et Maignen, sensible à « la situation désespérée de la classe populaire », s’irritait de l’apathie de ses confrères : « Il manque encore à beaucoup de nos oeuvres, aimables et pieuses, leur complément viril », les oeuvres chrétiennes doivent répondre davantage « aux besoins des classes ouvrières », écrivait-il dans la Revue des associations catholiques (octobre 1870). Attiré par les exemples du catholicisme social allemand, il avait enquêté en 1867 auprès de l’abbé Kölping à Cologne, puis installé un cercle militaire à Rome pour les zouaves pontificaux français (1868).
Maignen trouva immédiatement un écho enthousiaste auprès du lieutenant Albert de Mun* qu’il rencontra sur sa demande en novembre 1871, afin de l’intéresser à son œuvre. Le jeune officier et son ami René de La Tour du Pin, alors capitaine, étaient atterrés par la coupure profonde que la guerre, la Commune et sa répression leur avaient révélée entre le peuple et la " classe riche " dont Maignen, en termes rudes, fit sentir la responsabilité. Cette rencontre fixa la « vocation sociale » d’Albert de Mun. Maurice Maignen ouvrait aux deux aristocrates, qui en étaient jusqu’alors au stade de la réflexion, la voie des réalisations concrètes. Le cercle Montparnasse allait servir de modèle à travers la France. Pour Albert de Mun, il était « la matrice d’une grande œuvre d’action sociale dont le rétablissement des corporations serait l’aboutissement ». Le 23 décembre 1871 naissait l’œuvre des cercles catholiques d’ouvriers. Maignen fit partie de son comité central avec le titre honorifique de « gardien de la bannière ».
Très vite, les divergences apparurent entre les dirigeants. Lorsque La Tour du Pin, en 1876, parla d’adjoindre au cercle les associations ouvrières déjà existantes pour constituer la Corporation chrétienne, Maignen estima qu’il y aurait là violation des statuts de l’œuvre. Albert de Mun proposa en 1878 la création du Conseil des études, Maignen et d’autres fondateurs dénoncèrent le risque de voir les études l’emporter sur les activités pratiques, contrairement à l’orientation voulue. En 1880, il reprochait à La Tour du Pin de transformer l’Oeuvre en une « école d’études sociales et économiques », et à Albert de Mun, accaparé par ses travaux parlementaires, de la laisser mourir. Maignen voulait la maintenir sur le terrain religieux : « L’œuvre(...) n’est point une institution humaine, sociale et politique ; c’est bien plus que cela : c’est une œuvre divine, c’est-à-dire apostolique. » Il était effrayé, du reste, par les hardiesses de La Tour du Pin qui s’enfonçait, disait-il, dans « l’idéologie », et s’opposait à l’évolution des cercles, surtout s’ils tendaient à se passer du concours de la classe dirigeante.
Les trois hommes, aux tempéraments très différents, s’affrontèrent parfois avec violence. Maignen s’en tenait à son idée de cercles souples, de haut niveau spirituel, susceptibles de favoriser la résurgence des corporations de métier. Il se dressa contre Léon Harmel* , coupable de « l’absorption de l’œuvre des cercles par l’Usine chrétienne ». Hostile à l’expérience du Val-des-Bois qu’il jugeait inapplicable aux grandes villes, il ne croyait qu’au regroupement des « gens de métier », formule qu’il tentait de mettre en œuvre à Paris. Sa « Réunion des patrons chrétiens de Montparnasse », créée en 1877, permit de constituer quelques corporations de métiers.
En 1871, Maignen avait pris part au congrès de Nevers d’où sortit l’Union des œuvres catholiques ouvrières, et fit partie de son bureau central présidé par Mgr de Ségur, mais cet organisme, à ses yeux, ne fut bientôt plus qu’une boîte aux lettres « entre deux congrès ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135971, notice MAIGNEN Maurice, dit Maurice Le Prévost par André Caudron, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 1er décembre 2010.

Par André Caudron

ŒUVRES : Sous le Second Empire, il avait écrit, généralement sous le pseudonyme de Maurice Le Prévost, un grand nombre d’opuscules sur la direction des œuvres, ainsi qu’une littérature édifiante pour la « Bibliothèque de l’Ouvrier » : Ateliers et magasins. — L’Almanach de l’apprenti. — Les Jeunes Ouvriers. — Les Légendes de l’atelier (1868). — De 1869 à 1873, il dirigea un petit hebdomadaire, Le Moniteur des jeunes ouvriers, devenu Le Moniteur de l’ouvrier, qui compta 2 500 abonnés. Il ne put le faire reprendre par Albert de Mun. « Arrangeur » de pièces de théâtre pour les patronages, Maignen a aussi écrit une Notice sur l’abbé Planchat — premier prêtre de sa congrégation, fusillé comme otage sous la Commune (1871, 120 p.) — augmentée dans Le Prêtre du peuple ou la vie d’Henri Planchat (1883).

SOURCES : V. de Marolles, Maurice Maignen, Paris, Desclée, de Brouwer et Cie, 1895. — Discours et écrits du comte Albert de Mun, V, Paris, Poussielgue, 1895. — Charles Maignen, Maurice Maignen directeur du Cercle Montparnasse, et les origines du mouvement social catholique en France, 2 vol., Luçon, 1927. — Robert Talmy, Aux sources du catholicisme social, Paris-Tournai, Desclée et Cie, 1963. — F. Plessis, « Maurice Maignen (1822-1890), fondateur du Cercle catholique d’ouvriers de Montparnasse », Revue d’histoire du 14e arrondissement de Paris, n° 11, 1966. — Catholicisme, VIII, s. d. (P.Christophe) — Pierre Pierrard, L’Église et les ouvriers en France (1840-1940), Paris, Hachette, 1984.

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