LERMINA Jules, Hippolyte

Né et mort à Paris (1839-1915) ; romancier fécond et journaliste ; fut-il compromis dans l’insurrection de 1871 ?

Son nom figure en effet sur les dossiers « concernant les individus compromis dans les affaires de la Commune et dont M. de Kératry avait fait prendre copie quand il était préfet de police ». On le dit homme de lettres et orateur, secrétaire d’un commissariat de police sous la Commune — et membre de la police (y eut-il confusion entre les deux activités ?).
Il avait publié en 1863 une Histoire anecdotique illustrée de la révolution de 1848 (Paris, Pache et Deffaux) ; en 1868 les Propos de Th. Vireloque et une biographie de Baudin ; en décembre 1869 une Histoire de la misère, ou le Prolétariat à travers les âges (Paris, Allonnier). En novembre 1869, présidant une réunion électorale à Montmartre, rue Doudeauville, Lermina, « dont on connaît la parole énergique et convaincue », dialogua avec Rochefort devant son public, et la Réforme en rendit compte. Il donna des articles à ce journal à dater du 20 décembre 1869, écrivant par exemple le 21 : « Que la gauche comprenne sa mission, la Révolution est faite. » Il continua en même temps sa carrière d’orateur populaire : présidant, le 28 avril 1870, une réunion aux Folies-Bergère, il lut un réquisitoire violent contre l’empereur, reconnu coupable d’assassinat et condamné symboliquement aux travaux forcés à perpétuité. Cette diatribe valut à son auteur, le 7 mai 1870, devant le tribunal correctionnel, une peine de deux ans de prison et 10 000 F d’amende ; en juin il était transféré du quartier des condamnés politiques de Sainte-Pélagie à la maison de santé du docteur Duval. Fut-il libéré par le 4 septembre ? Le journal le National du 25 septembre le dépeint comme « un des orateurs les plus véhéments des clubs parisiens » et cite en particulier les Folies-Bergère. Toutefois, publiant une Histoire de cent ans qui débute en 1789 et aboutit à la 3e République (Paris, Chacornac, 1889), Lermina passe totalement sous silence l’insurrection de 1871 ; ce n’est pas l’attitude d’un participant. Tout en dégageant l’importance des faits économiques pour l’être humain (« l’histoire de la misère, c’est l’histoire du monde » — « civilisation égale misère ») dans son Histoire de la misère, 1869, peut-être, comme le jeune héros de son roman Vive la République, Histoire d’un gamin de Paris (Paris, L. Boulanger, 1882), fut-il patriote et républicain plutôt que socialiste. Une « étude » de lui parue en 1894 sous le titre de Question sociale. Ventre et cerveau (Paris, Chamuel, Bibl. Nat., 8° R 5750) paraît aujourd’hui bien peu originale : les intellectuels, dit-il, ont creusé entre eux et le peuple un fossé quand ils proclamèrent la suprématie de l’intelligence ; la colère du peuple fut détournée sur les peuples voisins, tandis que les religions lui ouvraient un monde surnaturel.
Ni théoricien émérite ni probablement acteur au printemps de 1871, Jules Lermina fut un romancier populaire, dont l’œuvre copieuse s’inspira des misères et des troubles de son époque.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135966, notice LERMINA Jules, Hippolyte , version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 6 septembre 2017.

SOURCES : Arch. Nat., C 2876. — La Réforme, novembre-décembre 1869. — Gazette des Tribunaux, 8 mai 1870.

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