LANGEVIN Camille [LANGEVIN Pierre, Camille]

Né le 14 février 1843 à Bordeaux (Gironde), mort à Paris le 30 mai 1913 ; marié, père d’un enfant ; ouvrier mécanicien (tourneur sur métaux) ; membre de l’Internationale ; membre de la Commune ; militant syndicaliste et coopérateur.

Vers 1866, Langevin fut désigné comme l’un des trois gérants de l’Association pour les Constructions mécaniques, société coopérative de production.
En 1868, il fut, avec Avrial et Murat, l’un des fondateurs du syndicat des ouvriers mécaniciens ; il fut aussi de ceux qui créèrent en 1869 la Fédération des sociétés ouvrières parisiennes, dont Varlin était le secrétaire. Lui-même fonda le Cercle d’études sociales, section de l’Internationale, et appartint au conseil fédéral parisien de l’Internationale. Le 18 mars 1870, il assistait à la réunion au cours de laquelle fut élaboré un projet de statuts, discuté et adopté le 19 avril. Il représentait à cette réunion, avec Avrial et Robin, le Cercle d’études sociales, dont il était le secrétaire (cf. Dict., t. IV, p. 53).
Fin avril 1870, la police de l’Empire, qui préparait le plébiscite du 8 mai, arrêta les principaux dirigeants de l’Internationale sous la double inculpation de complot et de société secrète. Robin, qui rédigea la protestation, et ses camarades du Conseil fédéral parisien s’élevèrent publiquement contre cette accusation et revendiquèrent pour l’Internationale le droit d’être la « conspiration permanente de tous les opprimés et de tous les exploités (La Marseillaise, 2 mai 1870). Voir Berthomieu.
Impliqué dans le troisième procès de l’Internationale, Langevin fut, le 8 juillet 1870, renvoyé de la prévention d’avoir appartenu à une société secrète, mais convaincu d’avoir, à Paris, fait partie de l’AIT non autorisée. Il fut condamné à deux mois de prison, 25 f d’amende, la durée de la contrainte par corps étant fixée à quatre mois. Voir Varlin.
Au lendemain de cette condamnation, Bachruch, Ch. Keller, E. Langevin et P. Robin, membres de la commission de statistique nommée par le Conseil fédéral, déclarèrent continuer l’œuvre en leur nom personnel jusqu’au jour où il leur serait possible de rendre compte à ceux qui les avaient nommés (Une brochure de 4 pages fut rédigée en juillet par les membres de la commission, « Citoyens, nous vous adressons une série de questions... » cf. p. 80 du vol. III, La Première Internationale, Imprimés 1864-1876, Paris, A. Colin, 1963).
Transféré à la maison correctionnelle de Beauvais (Oise), le 28 août 1870, Langevin fut libéré le 5 septembre après la proclamation de la République. Ce même mois, avec Chalain, Cirode et Combault, tous les quatre de l’Internationale, il fut délégué par le Comité républicain du XVe arr., auprès du maire Corbon.
Les 31 octobre 1870 et 22 janvier 1871, Langevin participa aux journées révolutionnaires contre le gouvernement de la Défense nationale suspecté par le peuple de trahison ou pour le moins de mollesse. Il était alors sergent-major dans une compagnie de marche du 82e bataillon de la Garde nationale.
Le 8 février 1871, aux élections en vue de la formation d’une Assemblée nationale, il figura parmi les 43 candidats socialistes révolutionnaires présentés par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements. Il ne fut pas élu, mais, le 26 mars, il devint membre de la Commune dans le XVe arr. (Vaugirard), recueillant 2 417 voix sur 6 469 votants. Le 21 avril, il fut désigné pour faire partie de la commission de la Justice. Langevin fut un des modérés de la Commune. Il vota contre le comité de Salut public et déclara à ce sujet, le 1er mai : « Considérant que le Comité de Salut public est une institution dictatoriale incompatible avec le principe essentiellement démocratique de la Commune, je déclare ne pas prendre part à la nomination des membres de ce Comité ». Lors de la discussion sur les théâtres, le 19 mai, il se prononça contre Félix Pyat, pour un art social, jusqu’à un certain point au moins, dirigé, en demandant un « contrôle sérieux et sévère » de la Commune sur les théâtres.
Par contumace, le 17e conseil de guerre condamna Langevin, le 13 décembre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.
Langevin avait réussi à s’évader de Paris déguisé en femme. D’abord ouvrier mécanicien à Bockenheim (Alsace), avec son camarade Avrial, dans une usine de machines à coudre, il reçut d’un riche Alsacien nommé Gœtz, qu’ils rencontraient à la brasserie où ils prenaient leurs repas, une commandite importante dans une usine de constructions mécaniques qu’ils fondèrent à Schiltigheim, près de Strasbourg, en 1874. Il y employèrent l’ajusteur Thouvenot, un des fondateurs du syndicat des mécaniciens en 1868, l’ingénieur des Arts et manufactures Sincholle, directeur du Service des eaux et égouts pendant la Commune. Au début d’avril 1876, ils furent expulsés d’Alsace par le gouvernement allemand, ainsi que Jourde venu travailler avec eux. Langevin se réfugia alors à Londres où il souffrit beaucoup des brouillards à cause de son asthme. Il y résida jusqu’à la loi d’amnistie et fit partie de la Commission de souscription permanente en faveur des déportés. C’est de Londres qu’il signa avec Johannard, Lissagaray, Longuet, Theisz et autres, au nom du Comité des exilés de Londres, un manifeste qu’ils adressèrent au troisième congrès ouvrier, Marseille, 23-30 octobre 1879 (cf. c. rendu du congrès, pp. 378-379).
Rentré en France, il se retira à Bordeaux où son père possédait une maison qu’il hérita par la suite. Il travailla de sa profession à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, puis dans une entreprise privée où il resta jusqu’à son retour à Paris.
C’est en 1897 que commença sa grande activité coopérative, quand se constitua la Coopérative des Familles avec 41 sociétaires et un capital de 1 000 f. Dès l’ouverture, le 3 juin 1897, Langevin s’inscrivit à la société et versa les 25 f d’action. Deux mois après, les militants lui demandèrent d’assister à titre amical aux réunions du Conseil en attendant la prochaine assemblée où il fut élu à l’unanimité.
Atteint de diabète et instruit sur son mal, Langevin suivait un régime rigoureux. Il organisa l’entrée de sa femme et de lui-même aux « Petits Ménages » d’Issy-les-Moulineaux, et c’est en vue de cette entrée qu’il revint à Paris et s’installa d’abord à Bagnolet où il fit de l’élevage de volailles. Cette entreprise n’ayant pas réussi, il vint habiter Paris, près de la société coopérative la Bellevilloise, dans le XXe arr., à laquelle il adhéra. Il avait repris provisoirement son métier de mécanicien, mais ses forces déclinantes l’empêchèrent de continuer. Administrateur de la Bellevilloise, il fut chargé d’inspecter les services de matières périssables dans tous les magasins qui en tenaient rayon. En juin 1905, il fut délégué à Paris au XIe congrès de l’Union coopérative des Sociétés françaises de consommation.
Quand les délais prévus pour l’admission à l’hospice furent écoulés, sa femme et lui y entrèrent. Sa carrière militante était terminée. Il s’éteignit à l’hôpital Boucicaut le 31 mai 1913 et fut incinéré au Columbarium du Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135960, notice LANGEVIN Camille [LANGEVIN Pierre, Camille] , version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 1er décembre 2010.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat. BB 24/864, n° 6722. — Arch. Min. Guerre, 17e conseil. — Procès-Verbaux de la Commune de 1871. — J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France (t. I, p. 498, t. II, p. 10, n. 16, p. 241, n. 55).
Ont travaillé à différentes époques à Schiltigheim, dans l’usine de constructions mécaniques fondée par Avrial et Langevin : Ballière, Bastien Ch., Boucharrat, Grousset P., Jourde F., Pain O., Auvray dit Quinet, Rochefort, Sincholle, Thouvenot.

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