LANDRIN Émile

Par Jean Maitron

Né et mort à Paris (3 juillet 1841-6 février 1914) ; ouvrier ciseleur sur bronze ; membre de l’Internationale ; militant blanquiste et socialiste ; communard ; conseiller municipal de Paris.

Émile Landrin — « ouvrier habile et laborieux », selon un rapport de police — appartenait au milieu d’ouvriers qualifiés qui s’éveillèrent aux luttes prolétariennes à la fin du Second Empire. Dès 1863, il fut mêlé aux groupements qui soutinrent les candidatures de Blanc et de Tolain. Il compta parmi les organisateurs des « sociétés de résistance », embryons d’organisations syndicales, dont l’action aboutit à l’abrogation des lois sur le délit de coalition. Au cours de ces premières années de lutte, Landrin compléta, par l’effort personnel, l’instruction très élémentaire qu’il avait acquise à l’École mutuelle, aux cours qu’y professaient Andrieu, Chemalé et Pierre Denis. En 1867, il prit une part active à la grève de l’industrie du bronze. La même année, sous l’influence de Camélinat, il adhéra à l’Internationale dont il fut bientôt un des militants en vue.

Après la démission, le 19 février 1868, en raison des poursuites dont ils étaient l’objet, des quinze membres qui composaient la commission dirigeant le Bureau de Paris de l’Internationale, une nouvelle commission fut élue le 8 mars qui comprenait Bourdon, Charbonneau, Combault, Granjon, Humbert, Mollin et trois secrétaires-correspondants : E. Landrin, Malon et Eugène Varlin. Pour appartenance à l’Internationale, société non autorisée groupant plus de vingt personnes, tous les neuf furent condamnés le 22 mai suivant à trois mois de prison et 100 f d’amende, la durée de la contrainte par corps étant fixée à trente jours. Cette condamnation fut confirmée en appel le 24 juin.

Détenu à Sainte-Pélagie, Émile Landrin signa, le 17 septembre 1868, la déclaration que ses codétenus et lui-même, auxquels s’était joint Cluseret, avaient élaborée, déclaration protestant contre la résolution adoptée par le 3e congrès de l’Internationale (Bruxelles, 6-13 septembre 1868) affirmant que la Ligue de la Paix et de la Liberté n’avait pas de raison d’être. Les détenus estimaient que « le droit de se croire la seule expression des aspirations d’une époque ne peut appartenir à aucune association isolée » (Bourdon et Charbonneau ne signèrent pas pour des raisons que nous ignorons).

Les 15 et 16 juillet 1870, il prit part à des tentatives de manifestation contre la guerre.
En septembre 1870, il appartenait, comme son frère Léon, à la commission dirigeante de la société des ouvriers en bronze adhérente de l’Internationale.
Durant la Commune de Paris, Émile Landrin fut employé à l’administration des postes. Blessé au cours des derniers combats, il réussit à s’échapper et il semble qu’il n’ait pas été poursuivi.

Nous savons peu de chose sur ce que fut sa vie à Londres où il s’était réfugié de même que son frère. Sans doute sa qualification professionnelle lui rendit-elle l’exil matériellement supportable. Sur le plan social, il fit partie, en 1877, de la commission d’une tombola organisée au profit des déportés de Nouvelle-Calédonie et, en octobre 1879, il adressa, avec un groupe de Communards exilés, ses encouragements aux participants du congrès ouvrier socialiste de Marseille (cf. c. rendu du congrès, pp. 379-386). Il ne revint à Paris qu’en 1883, trois ans après l’amnistie ; il s’installa dans le XXe arrondissement, 257 avenue de la République, puis avenue Gambetta.

Émile Landrin milita alors dans les groupes blanquistes du Comité révolutionnaire central dont il devint secrétaire en 1888 et qu’il représenta comme délégué au congrès de Bruxelles de la IIe Internationale (1891).
Au congrès de toutes les organisations socialistes, salle Japy à Paris (1899), il représenta le groupe l’Avant-garde socialiste révolutionnaire de Saint-Laurent d’Aigouze (Gard) et la 2e circonscription du XIXe arr. de Paris. Il s’y déclara pour l’unité, mais « entre socialistes sincères et révolutionnaires » (cf. compte rendu du congrès, p. 18), et il entendait bien les reconnaître à leur attitude sur la question de la participation ministérielle que pour sa part il rejeta catégoriquement car elle « serait le suicide du socialisme » (ibid).

Le Comité révolutionnaire central changea son nom pour celui du Parti socialiste révolutionnaire, le 1er juillet 1898. Celui-ci s’intégra au Parti socialiste de France en 1901 et, en 1905, au Parti socialiste SFIO. Chaque année, les congrès socialistes portèrent Émile Landrin à la CAP du parti unifié, jusqu’au congrès de Nîmes en 1910, date à laquelle il cessa d’y siéger pour raison de santé. Il représenta la Seine au congrès d’unité à Paris (avril 1905) et aux congrès nationaux de Chalon (octobre 1905), Limoges (1906), Nancy (1907), Toulouse (1908) et Saint-Quentin (1911).

Sous les étiquettes socialistes successives que nous avons évoquées, Landrin ne connut que des succès, toujours au 1er tour de scrutin, aux élections municipales de Paris, dans le quartier du Père-Lachaise (XXe arr.) où, en 1894 avec 7 452 voix et sans concurrent, il succéda à Vaillant devenu député. En 1896, il fut élu par 5 511 voix sur 9 892 inscrits et 7 909 votants. Il occupa ce siège jusqu’à sa mort. Il fut réélu en 1900 par 6 476 suffrages sur 10 512 inscrits et 8 275 votants, en 1904 (7 452 sur 11 455 et 9 072), en 1908 (5 562 sur 11 644 et 8 626) et en 1912 avec seulement 4 653 voix.
Au conseil municipal comme au conseil général de la Seine où son action fut grande, il s’attacha à l’assistance, à l’hygiène, à l’enseignement. Il fut secrétaire du conseil municipal en 1895, vice-président en 1896. Il fut l’animateur de l’opposition républicaine après le succès nationaliste de 1900. Après la victoire des partis de gauche, en 1904, il fut porté à la présidence pour les sessions de 1904 et de 1905.

Une paralysie des cordes vocales le condamna à l’inaction vers la fin de sa vie. Un mois avant sa mort, ayant retrouvé quelque peu l’usage de la parole, il intervint une dernière fois à l’Hôtel de Ville.

Son enterrement civil eut lieu au cimetière de Bagnolet le 9 février 1914, en présence de plusieurs milliers de personnes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135959, notice LANDRIN Émile par Jean Maitron, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 23 juin 2019.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : E. Landrin fut un collaborateur régulier du Socialiste, hebdomadaire officiel du Parti socialiste.

SOURCES : Arch. PPo., B a/429, pièce 2382, B a/430 (rapport du n° 47 — Testut — 25 juillet 1879) et B a/411. — Ch. Vérecque, Dictionnaire du Socialisme p. 237. — Hubert-Rouger, La France socialiste, p. 399. — Les Fédérations socialistes III, pp. 173 à 184, passim. — Congrès général des organisations socialistes française, salle Japy à Paris, 1899, pp. 16-18 ; 266-269 ; 282, 294, 404, 433, 464. — Jean Verlhac, La Formation de l’Unité socialiste : 1898-1905 : DES, Paris, p. 274. — L’Humanité, 2 mai 1908, 10 février 1910, 7 février 1914. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — L’Humanité, 7 et 10 février 1914. — Notes de J. Chuzeville.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 155.

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