LACAMBRE Louis, Antoine

Par J. R.

Né à Gorses (Lot) en 1815 ; mort à Bretenoux (Lot) le 29 décembre 1894 ; docteur en médecine installé à Loulié, sur la commune de Bretenoux, Lacambre avait épousé Rose Barellier, nièce d’ Auguste Blanqui, et c’est dans la propriété de son neveu, à Bretenoux, que ce dernier fut arrêté le 17 mars 1871 ; communiste.

Lacambre avait fait ses études de médecine au moins en partie à Paris. Membre de la Société des droits de l’Homme, puis des sociétés secrètes républicaines et communistes qui lui succédèrent, il eut sa fiche de police où on le disait, vers 1840, " fort " et " dangereux ".
Proche de Blanqui, dont il épousa une nièce, Bérangère, fille de Sophie Barrelier, sœur aînée de Blanqui, le Dr Lacambre rédigea avec ce dernier et Benjamin Flotte le texte La Société républicaine centrale au Gouvernement provisoire, à propos de la répression sanglante du 26 avril 1848 à Rouen. Il a raconté (Évasion des prisons du conseil de guerre. Épisode de Juin 1848..., Bruxelles, 1865, in-16, 128 pp., Bibl. Nat., Lb 54/2089) qu’il était vice-président de la Société républicaine centrale à la veille du 15 mai 1848, et qu’il fut arrêté le 27 alors que l’on recherchait également son oncle. Et comme il était sous les verrous, on l’inculpa, sans prendre garde à l’invraisemblance — mais il y en a d’autres exemples dans ce Dictionnaire même — de sa participation aux Journées de Juin. Mis au secret absolu le 10 septembre, il y demeura jusqu’au 7 janvier 1849, s’évada du Cherche-Midi le 11 janvier et fut condamné, le 10 avril 1849, comme insurgé de Juin, à la déportation. Voir Schaller. Depuis son exil, il fut l’un des rédacteurs des Veillées du peuple. Journal mensuel de la Démocratie socialiste, auxquelles collabora L.-A. Blanqui depuis sa prison, et qui n’eut que deux numéros, parus en novembre 1849 et en mars 1850.
Le docteur Lacambre séjourna comme réfugié politique à Valence (Espagne) où il connut une vie difficile — il dut même travailler comme fondeur — avant de devenir un des premiers médecins de la ville. Il put continuer alors à soutenir l’action de son oncle. En 1865, c’est lui qui finança le journal blanquiste anticlérical Le Candide qui eut huit numéros.
Après la chute de l’Empire, il signa le 6 septembre 1870 la déclaration, tirée en affiche La Patrie en danger, qui commençait par la phrase : " En présence de l’ennemi, plus de partis ni de nuances... " (voir Eudes). Il collabora également à La Patrie en danger, 7 septembre-8 décembre 1870. Il était commandant du 67e bataillon de la Garde nationale, mais fut révoqué en raison de ses opinions politiques et de sa participation au mouvement révolutionnaire. Il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris. Il ne fut pas élu et regagna sa propriété de Loulié, commune de Bretenoux. C’est là qu’Auguste Blanqui fut arrêté sur l’ordre de Thiers, le 17 mars 1871.
En 1893, le Dr Lacambre, candidat socialiste dans l’arr. de Figeac, recueillit 800 voix sur 25 000 votants. Le Comité socialiste de Figeac présenta son candidat comme le " doyen des républicains du Lot [...] qui a sacrifié pour le triomphe de la République une très grande fortune laborieusement acquise dans l’exil par de longues années de travail et d’économie ". Si son succès fut modeste, il dépassait largement les 137 voix de Bessière, candidat à Cahors. Or, l’Encyclopédie de Compère-Morel qui cite ce dernier est muette sur Lacambre. Son programme n’a pu être la cause de cet ostracisme. Il comportait la suppression du Sénat, de la Présidence de la République et du budget des cultes ; l’instruction à tous les degrés égale pour tous, accessible à tous par concours ; la réduction du service militaire à un an ; l’égalité de l’homme et de la femme ; l’abolition de tous les impôts indirects " si ingénieusement inventés pour soutirer les dernières gouttes de sueur du peuple " (Arch. Dép.) ; le retour à l’ouvrier de tous les instruments de travail, etc. Mais ce programme était assorti de déclarations antiparlementaires. " Quoique convaincu, écrivit-il, que le parlementarisme n’a jamais été qu’un leurre, un attrape-nigauds, qu’une grossière farce bonne tout au plus à divertir une galerie de badauds assez niais pour payer fort cher ce spectacle décevant, j’ai néanmoins accepté une candidature que je savais ne devoir aboutir à rien de sérieux, dans l’unique but de dire à mes concitoyens malheureux quelques vérités sur lesquelles quelques-uns réfléchiront, je l’espère, et pour prouver au plus grand nombre, par le fait brutal, que cette comédie de mauvais aloi, cette farce de foire qu’on nomme les élections, n’est qu’une amère mystification qui ne sert qu’à aggraver la situation des exploités, déshonorer le suffrage universel, démoraliser le peuple et grossir l’armée des anarchistes par le fait... " (Arch. Dép.).
" Un mot nouveau

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135954, notice LACAMBRE Louis, Antoine par J. R., version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 6 novembre 2017.

Par J. R.

SOURCE : Arch. Dép. Lot, série M, dossiers électoraux. — Arch. PPo., A a/428. — État civil de Bretenoux. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du Second Empire, Paris, Armand Colin, 1960. — M. Dommanget, Blanqui. La guerre de 1870-71 et la Commune, Paris, Domat, 1947. — Note de R. Skoutelsky.

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