GOULLÉ Albert, Frédéric

Né à Darnétal (Seine-Inférieure) le 30 mars 1844 ; mort autour du 3 décembre 1918 ; journaliste et homme de lettres ; blanquiste ; membre du Comité central républicain des vingt arrondissements ; membre de l’Association Internationale des Travailleurs ; communard.

Albert Goullé, dont le dernier domicile connu avant 1871 était, 61, rue des Rigoles, à Paris, XXe arr., était célibataire.
Il fut, durant la Commune de Paris, commandant d’état-major attaché au général Eudes et, à partir du 12 mai, juge rapporteur à la cour martiale — voir Gois E. Il eut ainsi à s’occuper de l’affaire Brunel, colonel de la Xe légion, accusé par Rigault R., procureur de la Commune, « d’avoir abandonné son poste (d’Issy) en présence de l’ennemi ». A. Goullé prit la défense de Brunel Antoine qui n’avait quitté son poste que « sur un ordre formel du ministre de la Guerre ».
Par contumace, le 6e conseil de guerre condamna Albert Goullé, le 28 janvier 1873, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Goullé avait déjà été condamné à Paris, le 29 juillet 1870, à un mois de prison et 50 f d’amende pour « outrages à la morale publique et à la religion catholique », en raison d’articles publiés dans La Libre Pensée. Le journal, dont c’était une seconde série — une première avait paru d’octobre 1866 à février 1867 — était supprimé. Libéré de Sainte-Pélagie à la proclamation de la République, A. Goullé fut, pendant le Siège, capitaine au 138e bataillon de la Garde nationale. Il figure parmi les collaborateurs de la Commune de Paris, 10-12 septembre 1870, qui publia l’appel des sections françaises de l’AIT et des associations ouvrières « au peuple allemand, à la démocratie socialiste ». Il fut aussi un des rédacteurs de La Patrie en danger, 7 septembre-8 décembre 1870.
En tant que délégué du 1er arr., Goullé fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871 — voir Ansel — proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »
Albert Goullé collabora au Cri du Peuple de Vallès Jules, 22 février-23 mai 1871.

Réfugié à Londres, Albert Goullé gagna sa vie comme professeur ; il fréquenta les sociétés de réfugiés et fit partie du groupe blanquiste « La Commune révolutionnaire ». Comme tel, il signa, en 1874, la brochure Aux Communeux, déclaration athée, communiste, révolutionnaire.
En 1879, il refusa de solliciter sa grâce et écrivit la lettre suivante :

Londres, 3 mars 1879.
Monsieur le Ministre,
Aux termes de la loi qui vient d’être votée, les condamnés par contumace pour faits de la Commune peuvent être graciés. On pardonne à ceux qui ont échappé au massacre à condition qu’ils se déclarent repentants, sinon expressément, au moins tacitement. Ne me reconnaissant point criminel, je tiens à ce que vous ne puissiez pas me supposer repentant, et m’infliger la flétrissure de votre pardon. Entre Versailles et la Commune, ce n’est pas la Commune, mais Versailles qui a besoin qu’on lui pardonne. Les troupes versaillaises, après avoir vaincu les troupes parisiennes, ont fusillé les prisonniers désarmés. Dans le nombre se trouva mon frère Henri Goullé qui fut assassiné à la caserne Lobau. Ce n’est pas votre loi d’amnistie qui me fera oublier cela. D’ailleurs, je mérite et je réclame l’honneur d’être compté parmi ceux qui se glorifient de leur participation à la Commune et que la défaite n’a point découragés.
Je vous salue,
Albert Goullé.

Après son retour, il contribua avec Blanqui Auguste, Breuillé Alfred, Eudes, Granger Ernest, au lancement du journal Ni Dieu ni Maître, le 20 novembre 1879.
Blanqui mourut le 1er janvier 1881. Goullé fut, avec Eudes, Vaillant, Granger, Cournet et autres, un des fondateurs de la nouvelle organisation blanquiste, le Comité révolutionnaire central. Lorsque ce dernier se mua en PSR (1898), Goullé appartint à sa commission administrative. Il fut candidat à la Gare (Paris, XIIIe arr.) en mars 1885 où il obtint 7,33 % des voix et 5,5 % au second tour et à Croulebarde en février 1894 où il obtint 5,38 % des voix.
Albert Goullé collabora au nouveau Cri du Peuple que Vallès fonda en octobre 1883, à L’Homme libre (1888) d’Édouard Vaillant, à La Petite République où il donna des études théoriques assez intéressantes sur le roman-feuilleton. Lui-même publia en 1897, La Fille du supplicié (sur la Commune), en 1903, Médecin pour dames. Il donna également des chroniques féministes.
Durant la Première Guerre mondiale, en 1915, Albert Goullé se rallia à l’Union sacrée et publia une brochure, Cessons la lutte de classe ! Il s’y élevait contre ce qu’il appelait « les doctrines du socialisme allemand » et contre Marx, et demandait qu’après la guerre soit jetée « aux défroques usées et salies la lutte de classe que les germanisants propageaient chez nous ».
Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise le 5 décembre 1918.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135935, notice GOULLÉ Albert, Frédéric, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 5 août 2019.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/862, n° 5148. — Procès verbaux de la Commune de 1871, op. cit. — J. Dautry, L. Scheler, Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris. — A. Zévaès, Le Parti socialiste, de 1904 à 1923, Paris, 1923, (t. XII de l’Histoire des Partis socialistes en France), pp. 218-219. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — L’Humanité, 4 décembre 1918, et Le Populaire, 6 décembre 1918. — Note de J. Chuzeville.

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