GÉNILLER Guillaume parfois écrit GÉNILLIER Guillaume

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Jacques Grandjonc

Professeur de mathématiques, se disant parfois aussi homme de lettres ; gravitant dans les milieux communistes durant les années 1840, quarante-huitard, peut-être membre de l’AIT en 1870-1871, socialiste indépendant vers 1880.

Vers la fin des années 1830, Géniller appartint au groupe oweniste-communiste constitué par Jules Gay et Désirée Gay. Il fut à ce titre l’un des signataires (avec, entre autres, Brige, Jules Gay, Flora Tristan et François Villegardelle) d’un message d’amitié adressé en mai 1840 au Congrès socialiste (oweniste) anglais par l’intermédiaire de Hugh Doherty.
On retrouve Géniller en 1843 servant à Paris de boîte aux lettres au communiste allemand Hermann Ewerbeck, dirigeant de la Ligue des Justes (Bund der Gerechten), pour le courrier que lui envoyait Wilhelm Weitling depuis la Suisse (ce qui lui valut de voir son domicile perquisitionné par la police française début mai 1845, en même temps que celui d’Ewerbeck).
Toujours en 1843, en décembre, Géniller fut l’un des fondateurs, avec les deux Vinçard aîné, Pierre Vinçard, Vanostal, Charles Gaumont, Savinien Lapointe et 28 ouvriers, de L’Union, « bulletin des ouvriers rédigé et publié par eux-mêmes », une feuille apparemment lancée en liaison avec la nouvelle Union des Travailleurs du Tour de France, et qui soutenait également le projet d’Union ouvrière de Flora Tristan. En septembre 1847, Géniller assista au Congrès des économistes à Bruxelles.

Au lendemain de la Révolution de février 1848 il fut membre du Club du Deux-mars, puis du Club de la révolution d’Armand Barbès. Il y fit ouvertement profession d’athéisme, déclarant lors de la séance du 24 avril : « Il n’y a de Dieu que pour les imbéciles. » Après le 15 mai, il se rallia ouvertement à l’extrême gauche, pour s’opposer au gouvernement et à la Constituante. Il prit la parole, le 7 juin 1848, au club du Salon Ragache, 49 rue de Sèvres, à Vaugirard (Seine), devant 300 à 400 personnes et déclara : « Les représentants actuels ne peuvent opérer les réformes réclamées en faveur du peuple, parce qu’ils ont profité de leur majorité pour lui ravir les droits qu’il a conquis en Février. »
En novembre et décembre 1848, il fut l’un des deux vice-présidents du Comité central des républicains démocrates et socialistes qui fit campagne pour François Raspail. Géniller fut à ce titre un des signataires d’un programme social avancé rédigé par le Comité (présidé par d’Alton-Shée) prônant le droit au travail, l’éducation égale pour tous et la gratuité du crédit.
Ayant adhéré au club de la Révolution réorganisée, il prit part en janvier 1849 au débat sur la politique étrangère. La même année, il figurait sur la liste des candidats aux élections législatives arrêtée par le Comité démocratique socialiste des élections.
En 1850 Géniller fit paraître une brochure d’inspiration communisante intitulée Droit au Travail. Intervention de l’État, dans laquelle il défendait l’idée que l’État, c’est-à-dire l’ensemble de tous les pouvoirs constitués pour représenter et défendre les intérêts de la Nation, devrait fournir des capitaux et garantir le crédit aux travailleurs sans emploi qui choisiraient de s’associer. Il habitait alors à Paris, 6 rue Racine (XIe arr. ancien, actuel VIe).
Lors du coup-d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, il figura parmi les premiers opposants arrêtés à Paris le 3 décembre 1851. Expulsé de France peu après, il s’installa à Liège (Belgique), où il ouvrit une institution privée dispensant des cours de mathématiques qui fut bientôt florissante.

Il y a sans doute identité avec le Géniller qui était en décembre 1870 un des membres les plus actifs du Club de l’École de médecine, lequel avait adhéré en bloc à l’AIT. En tout cas, on retrouve le professeur de mathématiques Géniller membre au début des années 1880 d’une petite chapelle socialiste indépendante, le Cercle d’études philosophiques et sociales de la rue Mouffetard, aux côtés d’Armand Lévy, Edmond Potonié et Eugénie Pierre*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135927, notice GÉNILLER Guillaume parfois écrit GÉNILLIER Guillaume par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Jacques Grandjonc, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 11 juillet 2019.

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Jacques Grandjonc

ŒUVRE : Droit au travail. Intervention de l’État, Paris, 1850, aux bureaux de la propagande, in-12, 12 p. –  Réforme sociale, Liège, Impr. N. Redoute, 1869, in-16, 69 p.— (collab,) 1852, la République du peuple. Almanach démocratique, Paris, au bureau du National, 1851.

SOURCES : Arch. Nat., BB 18/1473, Paris. — Le Conseil central aux électeurs républicains-démocates-socialistes, Paris, impr. Lacrampe, s.d. [nov. 1848], in-folio, 2 p. — La Commune sociale, journal mensuel des travailleurs, n° 5, mai 1849. — Décembre-Alonnier, Le Coup d’État du 2 décembre 1851. — Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, Dentu, 1851. — La Lutte à outrance, jounal du Club de l’École de médecine [puis : Tribune de l’Association Internationale des Travailleurs], 27 décembre 1870-18 janvier 1871 (cf. en particulier les séances des 23, 24, 26 et 31 décembre 1870). — Amédée Saint-Ferréol, Les Proscrits français en Belgique, Paris, Le Chevalier, 1871, vol. 1, p. 89, 143. — Suzanne Wasserman, Les Clubs de Barbès et de Blanqui en 1848. — Jean Gaumont, Un républicain révolutionnaire romantique, Armand Lévy, Paris, Rivière, 1932, p. 54. — Der Bund der Kommunisten, vol. 1, Berlin-RDA, 1970, p. 159, 161. — Jacques Grandjonc, Marx et les communistes allemands à Paris, Vorwärts 1844, Paris, Maspero, 1974. — Jacques Grandjonc, Communisme/Kommunismus/Communism. Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste, des utopistes aux néo-babouvistes, Trèves, Schriften aus dem Karl-Marx-Haus, 1989, t. 2, p. 471. — Rémi Gossez, « La presse parisienne à destination des ouvriers (1848-1851) », in Jacques Godechot éd., La Presse ouvrière, 1819-1850, Paris, bibl. de la Révolution de 1848, 1966, p. 132, — Ronald Gosselin, Les Almanachs républicains, Paris, L’Harmattan, 1992.

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