FAURE Étienne, dit Cou Tordu ou Cou Tors

Né le 23 août 1837 à Saint-Étienne (Loire), mort en cette même ville le 1er février 1911 ; membre de la Commune de Saint-Étienne ; militant anarchiste.

Sans doute Étienne Faure est-il le dénommé Faure qui, en novembre 1867, présenta le projet de constitution de la société des ouvriers cordonniers pour la confection de la chaussure, et qui dirigea la grève des cordonniers de 1868. Sans doute Étienne Faure fut-il encore le dénommé Faure qui, en février 1870, fut l’un des fondateurs du Cercle des travailleurs où dominaient les libres penseurs (Arch. Dép. Loire 19 M II et 27 M I).

Quoi qu’il en soit, au début de 1871, Étienne Faure militait au Club de la rue de la Vierge, à Saint-Étienne, centre des révolutionnaires animés de l’esprit de l’Internationale. Le 24 mars, il faisait partie de la délégation qui se rendit à l’Hôtel de Ville, fit procéder à l’arrestation des autorités municipales et constitua le comité insurrectionnel. Étienne Faure reçut le poste de commissaire central de police municipale qu’il occupa pendant trois jours. À ce titre, il fit placarder une affiche appelant le peuple au calme en attendant l’élection d’une Commune (le texte de cet appel a été reproduit par Petrus Faure dans son Histoire du Mouvement ouvrier dans le département de la Loire, Saint-Étienne 1956, p. 187). Il échappa aux autorités militaires qui réoccupèrent l’Hôtel de Ville et s’enfuit à Genève. La cour d’assises de Riom le condamna par contumace, le 29 février 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée — Voir Thibaudier Benoît. En exil à Genève, il fit partie de la Société des réfugiés. En 1872, il fit paraître une brochure dans laquelle il s’exprima sans ménagements sur le compte de quelques-uns de ses compagnons, Durbize et Jolivalt, qui « ont bien mérité de la bourgeoisie stéphanoise » (cité par M. Vuilleumier, « Les Proscrits de la Commune en Suisse, 1871 », Revue suisse d’histoire, t. XII, fasc. 4, 1962, pp. 509-510).

En 1877, il était parmi les fondateurs de l’Association anarchiste de production des cordonniers à Genève. Les signataires des status étaient, outre Faure, Jules Roger, Charles Van Wonterghem, Alphonse Tollet, Etienne Lemoine, Pierre Bernard, Alexandre Archangelsky et Serge Jastremsky.

Le 8 mai 1879, sa peine fut commuée en celle de six ans de bannissement, et, le 13 mars 1880, il bénéficia de la remise du reste (Arch. Dép. Loire, 10 M 78 et 19 M 1).

Dès octobre 1880, des rapports signalaient sa présence dans les réunions politiques radicales et socialistes, et il militait au Cercle des travailleurs, fondé en avril 1877, qui groupait surtout les ouvriers du bois. En novembre 1880, il protesta parce qu’on ne l’avait pas inscrit sur les listes électorales. Le 10 octobre 1881, il fit une conférence sur le socialisme au cercle de l’Union des travailleurs et il y exposa sa conception d’un collectivisme antiparlementaire à réaliser par la Révolution (Arch. Dép. 10 M 77 et 78). Le 17 avril 1882, à une réunion des comités radicaux-socialistes, il demandait la suppression du budget de la police.

Il avait repris son métier de cordonnier et il vendait les journaux révolutionnaires à son domicile, 82, rue Saint-Jacques, qui servait de rendez-vous et même de lieu de réunion aux éléments anarchistes de Saint-Étienne. Le 21 novembre 1882, il fut arrêté avec Ricard et inculpé dans le procès dit des 66, pour affiliation à l’Internationale anarchiste. Il fut condamné, le 13 mars 1883, par la cour d’appel de Lyon, à deux ans de prison, cinq ans de surveillance et cinq ans de privation de ses droits civiques (Arch. Dép. Loire, 10 M 79 et Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Imprimerie nouvelle, Lyon, 1883). À la fin de sa détention à Clairvaux, il demanda à se rapprocher de sa mère âgée et sans ressources qui habitait encore à Saint-Étienne. Malgré l’opposition de la police qui craignait qu’il ne reconstituât des groupes internationalistes, il lui fut permis de se fixer au Creux, près de Saint-Chamond, en résidence surveillée. Revenu par la suite à Saint-Étienne, il reprit contact avec les anarchistes et il diffusa de nouveau leur presse. Le 30 avril 1890, il protesta contre les arrestations et contre l’occupation de la Bourse du Travail par la force publique (Arch. Dép. Loire, 10 M 80 et 86). En 1892, avant le procès du terroriste Ravachol, il était marchand ambulant, rue du Treuil, à Saint-Étienne, et il fut encore arrêté avec Régis Faure et Ricard. Deux ans plus tard, il habitait, 3, rue de Marengo, et exerçait toujours la même profession. L’année suivante il se livra à des interventions humoristiques dans les réunions électorales du parti socialiste, prêcha l’abstentionnisme, posa des affiches du Libertaire signées : le candidat abstentionniste Étienne Faure. Il en posa même une rédigée par ses soins (Arch. Dép. Loire 10 M 112).

Dépositaire des Temps Nouveaux de Jean Grave, il poursuivit sa propagande de multiples façons, dirigeant des chœurs d’enfant au cours d’une soirée chantante organisée par les compagnons (août 1897), proposant vers 1900-1901 la constitution d’une association de défense des locataires « contre la rapacité des propriétaires » avec déménagements à la cloche de bois, participant à une campagne antimilitariste en 1905. Bref, toujours très actif, il ne cessa de figurer sur les listes d’anarchistes à surveiller.
Devenu vieux, Étienne Faure, s’asseyait sur une chaise, place du Peuple, vendait du poil à gratter ou la formule de l’eau sédative Raspail, et il lui arrivait de distribuer quelques couplets ou impromptus de sa composition :
Dansons la farandole,
Vive le son ! vive le son !
Dansons la farandole,
Vive le son du pognon !
« Ses états de services politiques, sa verve gouailleuse, son esprit inventif » avaient fait d’Étienne Faure « le type le plus populaire de Saint-Étienne ». Il fallait voir dans les concerts de famille avec quelle bonne humeur et quel entrain il organisait des rondes enfantines qu’il dirigeait « magistralement pour la plus grande joie des enfants... et des parents, et cela, avec des chansons de Béranger ». Ainsi s’exprime à son sujet J.F. Gonon dans son Histoire de la chanson stéphanoise et forézienne, p. 379.

Quand il mourut, le 1er février 1911, des militants et amis se cotisèrent pour acheter un cercueil pour celui qui, durant une longue vie, s’en était allé « tout de bitors en faisant son droit chemin ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135917, notice FAURE Étienne, dit Cou Tordu ou Cou Tors , version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 19 novembre 2016.

ŒUVRES : La Commune en province. Un condamné par la cour d’assises de Riom devant l’opinion publique, Genève, 1872. 29 p. — Au citoyen Garibaldi, 4 p. imprimées, Genève, 27 janvier 1875. (E. Faure figure parmi les 54 signataires.) Cet écrit se trouve à l’IFHS (archives Claris).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/863, n° 6144. — Arch. Dép. Loire : dossiers énumérés ci-dessus et, d’une façon générale, séries 10 M et 19 M. — Bulletin de la Fédération jurassienne 41, 14 octobre 1877. — Note de Marianne Enckell.

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