FAILLET Eugène [FAILLET Marius, Eugène, dit Dumont]

Par Justinien Raymond

Né et mort à Paris (18 juillet 1840-29 juin 1912) ; employé de commerce ; membre de l’Internationale — il adhéra en 1869 ; communard ; conseiller municipal socialiste de Paris ; militant allemaniste puis cofondateur de l’Alliance communiste en 1896.

Eugène Faillet
Eugène Faillet

Eugène Faillet était le plus jeune des cinq enfants d’un ouvrier tanneur devenu petit patron et qui mourut du choléra en 1849. Il fréquenta l’école primaire de la rue d’Orléans (aujourd’hui rue Daubenton, Ve arr.), et allait entrer en apprentissage dans une imprimerie lorsqu’un voisin, professeur, qui l’avait distingué, lui fit obtenir une bourse d’externat au lycée Louis-le-Grand. Il terminait sa classe de seconde quand il perdit sa mère. Le jeune Faillet dut pourvoir à ses propres besoins et abandonna ses études. Entré chez un négociant en cuirs, il le quitta bientôt à la suite d’un conflit d’opinions.

Mais l’ouverture d’esprit qui l’avait fait distinguer lui permit d’acquérir une formation secondaire partielle et de la perfectionner ensuite. À vingt-deux ans, il enseigna dans une institution libre du quartier de Grenelle, dirigée par Sextius Michel qui sera, au début du XXe siècle, maire du XVe arr. Doué d’un goût inné pour la pédagogie, Faillet en avait tiré, de la fréquentation intellectuelle de Rabelais, une conception révolutionnaire qui déplut et l’obligea, une fois encore, à changer de voie. Pendant plusieurs années cependant, il put appliquer ses méthodes d’enseignement, un négociant du quartier lui ayant confié l’éducation de ses enfants. Sa tâche achevée, il vivait, en 1870, d’un emploi dans la compagnie d’assurances « La France ».

Les événements allaient bientôt déceler en Faillet un homme de pensée et d’action que quelques actes laissaient deviner. Par deux fois, il avait fait preuve d’indépendance d’esprit, en sacrifiant sa position à ses convictions. En 1869, déjà, il était affilié à la section de Vaugirard de l’Internationale, alors pourchassée et clandestine — voir Dict., t. IV, p. 56. Pendant le Siège de Paris, il obtint des crédits de la ville et ouvrit un atelier municipal pour l’habillement de la Garde nationale de son arrondissement.

Sous la Commune de Paris, avec Et. Bozier, Davoust, François, Joignaux, B. Lecamp, E. Léger, Éloi Leseure, Masson, Michel, Jules Sassin et Sévin, il appartint au comité d’initiative du XVIIe arr. de Paris qui patronna les candidatures de A. Combault et A. Dupont aux élections du 26 mars 1871, parce que ces deux noms résumaient « le mieux l’idée de la Révolution communale ». (cf. Murailles... 1871, op. cit., p. 105). Combault appartenait à l’Internationale. Il ne fut élu ni le 26 mars, ni le 16 avril. A. Dupont fut élu membre de la Commune le 16 avril.

Délégué — avec A. Combault — à la direction générale des Contributions directes, sur la recommandation de Varlin, Faillet assura, sans violence, de substantielles rentrées de fonds. Il fut un des orateurs du club de la Révolution sociale ouvert le 3 mai dans l’église Saint-Michel, rue Saint-Jean, aux Batignolles, dans le XVIIe arr. (cf. J.O. Commune, 5 mai).
Au cours de la Semaine sanglante, il fut aux barricades et combattit dans le faubourg Saint-Antoine. La défaite venue, il se réfugia dans une maison de la rue de Bagnolet, XXe arr., et, après trois mois de vie clandestine, gagna Bruxelles où il arriva le 22 septembre après un voyage par la Grande-Bretagne et la Hollande.

La 7e chambre correctionnelle le condamna par contumace à trois ans de prison pour usurpation de fonctions, et le 5e conseil de guerre lui infligea, par contumace également, le 18 octobre 1872, vingt ans de travaux forcés. Jamais, auparavant, il n’avait encouru de condamnation.

Il s’installa à Laeken, banlieue de Bruxelles. Comptable le jour, professeur de français le soir, il assura la vie des siens, secourut ses compagnons d’exil qu’il avait groupés en section de l’Internationale et en une société de secours mutuels.

Sous le nom de Dumont, il assista au congrès de La Haye, en septembre 1872, où il représenta la section française de Paris, dite section Ferré, et des sections de Rouen — voir Serraillier — sans figurer sur la liste des délégués officiels. Il vota l’expulsion de Bakounine, J. Guillaume et Schwitzguébel et le transfert à New York du siège du Conseil général. Après le congrès, il fut désavoué, dans L’Internationale de Bruxelles, par la Fédération rouennaise représentée par Aubry, pour avoir voté avec les marxistes, contrairement au mandat qui lui avait été donné (cf. Mémoire présenté par la Fédération jurassienne de l’AIT à toutes les Fédérations de l’Internationale, pp. 263-264).

Faillet fut gracié le 5 juin 1879, mais ne rentra en France qu’avec l’amnistie pleine et entière de 1880. Il connut deux années difficiles dans l’atmosphère de suspicion qui entourait les proscrits. En 1882, enfin, il s’assura l’emploi de directeur d’une usine de Ménilmontant.

***

Son passé le poussa naturellement vers le mouvement socialiste naissant. Dès son retour d’exil, il adhéra au Parti ouvrier né du congrès de Marseille de 1879. En 1881, il mena, en son nom, deux campagnes électorales comme candidat de principe, sans aucune chance de succès. Aux élections municipales, dans le quartier de Javel (XVe arr.), il obtint 624 voix sur 2 613 inscrits. Aux élections législatives d’août, dans la première circonscription du Xe arr. (quartiers Saint-Vincent-de Paul et Hôpital Saint-Louis), il ne réunit que 514 suffrages, dont 415 provenaient de « l’hôpital Saint-Louis ». C’est précisément au groupe de ce quartier qu’il s’était affilié l’année précédente. Il allait désormais s’y attacher et y réaliser une solide implantation politique, malgré ses diverses affiliations successives. En 1882, lors de la première scission, il suivit les « possibilistes ». C’est comme candidat de la Fédération des Travailleurs socialistes de France dont il était membre du Comité national qu’il fut d’abord élu au Conseil municipal. En 1884, il échoua avec 1 704 voix contre 3 682 à son vainqueur Dujarrier. À la mort de ce dernier, il enleva le siège. 988 voix le plaçaient derrière Debertrand, centre gauche (1 014), Dupont, radical (1 009) et devant Duc-Quercy (901) qui se désista pour lui. Au second tour, le 7 novembre 1886, Faillet fut élu par 1 794 suffrages contre 1 618 à Debertrand et 1 013 à Dupont.

Ce premier succès, dû aux dissensions des radicaux, aurait pu être sans lendemain. Or, Faillet, sans subir un seul échec, réélu sept fois, au premier tour, par de larges majorités, siégea sans interruption pendant un quart de siècle à l’Hôtel de Ville. Sa fortune électorale semble attachée à sa personne, à son savoir-faire, tant sa constance paraît indifférente à ses multiples affiliations politiques. Au renouvellement général de 1887, toujours comme « possibiliste », il conserva, le 8 mai, ce siège récemment conquis par 3 236 voix contre 1 729 à son adversaire le plus favorisé. On présenta alors comme un épouvantail l’homme qui allait se révéler un pacifique conseiller municipal. « Petit, maigre, cheveux châtains, longs et plaqués sur les tempes, front découvert, fine moustache, lèvre mince et dure, yeux enfoncés, visage pâle, teint maladif, démarche sèche [...], il représente bien l’homme des partis extrêmes », « il réalise le type parfait du sectaire ». « Révolutionnaire de bonne foi », concédait La Nation (2 mai 1887). C’est en effet un convaincu, accordait Le Radical (28 avril 1887). « Il a toujours été le soldat obéissant passivement au mot d’ordre de ses chefs, allant à l’Hôtel de Ville comme aux barricades, parce qu’ainsi en a décidé le Comité directeur de son parti. »

Après le congrès de Châtellerault (1890), où se brisa la FTSF. Faillet suivit Allemane au Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire qui le chargea de réorganiser ses groupes de la Basse-Seine. Sous sa nouvelle étiquette, il fut réélu, le 27 avril 1890, par 4 668 suffrages contre 1 735 au boulangiste Feltesse, et, le 16 avril 1893, par 4 181 contre 1 095 à son principal concurrent, soit 70 % des votants. Au début de 1896, il rompit avec l’allemanisme à propos des cotisations dues par les élus à leur parti. Le conflit, né en février, alla s’envenimant. Il fut porté sur la place publique, dans la presse, dans les réunions où, souvent, Faillet et Allemane s’affrontaient. Il fut l’occasion d’attaques personnelles. À une des réunions hebdomadaires du secrétariat général du POSR, en mars, Lavaud prétendit détenir des documents accablants pour Faillet. En 1893, notamment, il se serait fait payer, par le parti, pour quatre mille francs d’affiches électorales alors qu’il aurait dépensé à cet effet deux cents francs seulement. Le 16 mars 1896, en plein conseil municipal, Faillet protesta de sa « loyauté », de sa « fidélité », et déclara cependant accepter sa démission adressée au président par le POSR qui la détenait, préalablement signée.
Il se représenta sous l’égide de l’Alliance communiste révolutionnaire qu’il venait de constituer en compagnie de son collègue Berthaut, des députés Groussier et Dejeante avec les groupes des Xe et XXe arr. qui leur demeurèrent fidèles. Il fut réélu, le 3 mai 1896, avec 4 668 voix contre 1 032 au républicain Pfeiffer, 628 au royaliste Lejou et 273 à Allemane. Ce résultat dit assez que son siège, dans une large mesure, lui était acquis personnellement. Le 6 mai 1900, il le conserva avec 4 629 suffrages contre 1 801. Le 1er mai 1904, il fut réélu, comme candidat du Parti socialiste de France, né de la fusion du Parti Ouvrier Français de Guesde et du Parti Socialiste Révolutionnaire de Vaillant avec lequel l’Alliance Communiste de Faillet marchait en étroite union depuis sa naissance.

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Une série ininterrompue de succès si incontestables, obtenus sous divers auspices, prend un sens bien clair. Faillet était devenu l’homme d’un quartier populaire qui, sous des appartenances changeantes, suivait toujours le même personnage. Bien qu’il fît, en quelque mesure, figure d’intellectuel dans le parti ouvrier, surtout au temps de l’allemanisme volontiers ouvriériste, il n’apporta aucune contribution personnelle à son idéologie, hors sa conception d’une pédagogie d’avant-garde. Il ne fut pas l’homme des débats doctrinaux des congrès politiques et syndicaux. Il adhéra bien à la Chambre syndicale des employés en 1887, mais, élu à vie cette même année, il fut plus un syndicaliste honoraire qu’un militant. Quelques déclarations opportunément nuancées selon la composition de ses auditoires résument toute son action syndicale. Le 27 octobre 1887, invité, salle de la Martinique, 142, rue du Temple, à une réunion du Syndicat des façonniers et petits industriels de Paris, il complimenta ses hôtes, « attendu que ce n’est qu’en se groupant que les petits industriels arriveront à lutter contre la concurrence étrangère et surtout contre les gros capitalistes » (Arch. PPo.). Le 7 août 1888, à la Brasserie européenne, avenue de Löwendal, il conseilla à des ouvriers de se grouper en « chambres syndicales d’où doit sortir la Révolution sociale » (Ibid.). Banale formule de réunion publique ! Rien dans son comportement n’attestait qu’il attendît du syndicalisme de si grands résultats. Dans aucun congrès socialiste il ne s’imposa. En 1887, aux assises possibilistes à Charleville, où il représentait les Cercles d’études sociales des IIIe, Xe, XIXe arr. et le groupe de la Fonderie de cuivre de Paris, il ne fit guère parler de lui. Porteur des mandats de son quartier et de celui du Combat (XIXe arr.), il fut aussi réservé en 1894, au congrès du POSR, à Dijon. Toutefois, il y prit une attitude de franc-tireur, dans un parti qui ne les aimait guère et sur une question qui lui tenait à cœur : le 10 juillet, il y vota, en silence, contre la grève générale. Au congrès international de Londres, en août 1896, il représenta, avec le même effacement, le groupe central du POSR du Xe arrondissement.

S’il n’ambitionna pas le rôle d’un leader national, Faillet s’accrocha à son quartier parisien. Au cours d’un long mandat, il y rendit de nombreux services personnels, allant jusqu’à faire « journellement l’aumône à quantité de besogneux » (Arch. PPo.) au point d’être endetté de dix-sept cents francs et de ne pouvoir verser, en octobre 1892, la cotisation annuelle de trois cents francs due à son parti. Il servit avec profit les intérêts généraux de sa circonscription. En dehors des affaires du ressort de la Ve commission, celle de l’Assistance publique et du Mont-de-Piété, dont il fut longtemps le vice-président, il s’attacha aux questions de voirie et aux problèmes de l’enseignement. Le 28 juin 1905, en conclusion d’un débat engagé à propos d’accidents de la circulation, il proposa de faire des transports parisiens un véritable service public. Sous le régime actuel, déclara-t-il, « l’intérêt des voyageurs est sacrifié aux combinaisons financières des concessionnaires » (L’Humanité, 29 juin 1905). Il remplissait avec ponctualité, aux séances comme en commission, un mandat qu’il plaçait très haut, au-dessus même de celui de député, par principe, par fidélité au « municipalisme » des Joffrin et des Brousse, par goût d’une action concrète et immédiatement efficace. Par intérêt aussi. Il saisissait, avec un flair électoral très sûr, l’initiative à prendre. Le 8 septembre 1897, il fit décider la distribution, aux vieillards et nécessiteux, de trente mille rations de un kilo de pain, un tiers par la meunerie-boulangerie, deux tiers par l’Assistance, aux conditions faites à cette dernière, soit 70 centimes les deux kilos, alors qu’une hausse récente l’avait porté, dans les débits parisiens, à des prix variant de 80 à 90 centimes. Il sentait toujours le bon vent, même quand il nous semble aller à contre-courant, comme ce 22 septembre 1893 où il brava l’engouement parisien pour l’alliance russe. Il savait, lui, répondre aux sentiments de ses plus ardents partisans en refusant les crédits pour la réception des marins du Tsar, « au nom de la Révolution française et au nom des martyrs du socialisme en Russie » (Arch. PPo.).

Il ne se confina pas dans son rôle de représentant ; il resta un militant. Il ne manquait jamais les manifestations populaires. Au rite sacré des commémorations de la Semaine sanglante il sacrifiait chaque année avec une attentive ponctualité et, dès son origine, il s’associa à la geste du 1er Mai. Lui qui n’avait jamais subi de condamnations, en dehors de celles qu’il encourut comme Communard, fut, un soir de 1er Mai, arrêté pour outrages et rébellion à agent, en 1893, rue du Faubourg-du-Temple. En 1891, il avait acquiescé partiellement à l’idée d’une trêve socialiste pour cette journée de revendications. Ses amis et lui, déclara-t-il, « seraient disposés, dans une certaine mesure, à se rapprocher des guesdistes, mais [...] ils considèrent les blanquistes comme des ennemis, de véritables bourgeois et [...] en ce qui le concerne personnellement, jamais il ne mettra sa main dans la leur » (Arch. PPo.). Ils étaient alors à Paris les seuls rivaux sérieux du POSR. Ayant rompu avec ce dernier, cinq ans plus tard, c’est pourtant avec les amis de Vaillant qu’il scella une étroite unité d’action, avant de l’étendre aux guesdistes, en 1902, dans le Parti socialiste de France. Aux intransigeantes affirmations de principe, Faillet savait, on le voit, substituer, dans l’action, le plus confortable opportunisme. Mais c’est par les réunions de quartier qu’il gardait le contact le plus intime avec ses électeurs. Il les multipliait et y excellait. « Discoureur interminable » (M. Poujade), pour les uns, « orateur méthodique » (La Nation, 27 avril 1887) selon les autres, il ne perdit jamais l’oreille des auditoires des préaux du Xe arr., sachant jouer de tous les registres. Il alliait à merveille le verbalisme révolutionnaire aux comptes rendus méticuleux d’une action édilitaire, par nature certes, toute pragmatique et réformiste, mais à laquelle il s’adaptait avec une naturelle aisance. Il faisait vibrer, à bon escient, les cordes de l’anticléricalisme. Franc-maçon — voir Thirifocq E. — et libre penseur, il trouvait dans ces organisations d’utiles appuis. Mais c’est sur les groupes politiques locaux de son parti qu’il fonda sa carrière politique. Ils le suivirent à la FTSF, au POSR, à l’AC, au Parti socialiste de France. Ils organisaient ses campagnes électorales, ses comptes rendus de mandat et, dans l’intervalle, entretenaient l’opinion en sa faveur. À partir de 1893, leur rayonnement se renforça de l’action parlementaire de Groussier dont Faillet patronna l’élection et avec lequel il agit en étroite communion jusqu’à l’unité de 1905. Alors, leurs routes divergèrent.

***

Faillet put rester hors du parti socialiste unifié sans ruiner sa position politique. Le 24 juin 1905, « le cœur navré », il écrivit au groupe socialiste de son quartier : « Je n’adhère pas à l’unité parce qu’elle n’est pas composée que d’hommes sincères et convaincus, mais aussi d’ambitieux et de malhonnêtes qui conduisent les travailleurs à leur perte et la France à sa ruine [...] Vous marchez à l’encontre de la Révolution, vous reniez ceux qui, en 93, 48, 71 sont morts pour vous. » Il commentait ainsi cette déclaration communiquée à L’Éclair (4 juillet 1905) : « Depuis trente-cinq ans, je suis au socialisme parce qu’il entend réaliser la justice, mais du moment que — sous le nom d’unité — des sectaires veulent en faire leur instrument, du moment qu’ils dénient à la France sa supériorité morale entre les nations, du moment qu’ils ne comprennent pas qu’en refusant de la défendre, ils trahissent la Révolution, mon devoir est de me retirer — ce que je fais dans la plénitude de ma conscience. »

Les réticences à l’unité s’étant manifestées surtout à l’aile droite du Parti socialiste français, Faillet présente le cas, quasi unique, d’un refus venu du Parti socialiste de France dont les thèses semblaient cependant l’emporter. Par ce choix, le divorce, longtemps masqué par le verbe, entre son appartenance et sa position politique réelle éclatait au grand jour. Mais sans dommage pour lui, car, aux yeux de nombre de ses électeurs, même hors du parti qui en devenait l’unique expression, il personnifiait encore le socialisme qu’il leur avait jadis enseigné. On le vit le 3 mai 1908. L’unité datait de trois ans. La SFIO avait eu le temps de s’imposer, de s’implanter. Or, Faillet fut réélu, au premier tour, comme socialiste indépendant, par 4 089 voix contre 1 810 au candidat du parti unifié, Chéradame. L’aide de deux mille francs que, comme beaucoup d’autres candidats, il reçut du Syndicat des entrepreneurs de la rue de Lutèce, a pu faciliter sa campagne, mais ne saurait expliquer un si franc succès.

Il conservait, à sa dévotion, un Comité socialiste indépendant. Il paraissait toujours aux mêmes journées populaires, non sans risques. Le 24 mai 1908, au Mur des Fédérés, une cohorte de ses amis échangea « quelques coups de poing » (Arch. PPo.) avec les socialistes unifiés. Il y fut personnellement invectivé et la couronne déposée par son comité mise en pièces. Sa position à échéance lointaine lui paraissait-elle menacée au point de l’inciter sur le tard à chercher au Parlement un refuge qu’il ne trouva pas, en posant, dans la Seine, sa candidature au Sénat, le 3 janvier 1909 ? Second sur la liste Navarre composée de huit socialistes indépendants, d’un radical et d’un républicain progressiste, il recueillit 54 voix au premier tour et se retira.

Son congé ne lui fut pas signifié par le corps électoral. Il ne survécut que quelques semaines à la fin d’un mandat dont il ne sollicita pas le renouvellement, au printemps de 1912, en raison de son âge et d’une santé compromise. Son dernier acte public, au Conseil municipal, avait été, aux dires du Temps (1er juillet 1912), « le très beau discours qu’il prononça en faveur de Jeanne d’Arc ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135915, notice FAILLET Eugène [FAILLET Marius, Eugène, dit Dumont] par Justinien Raymond, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 23 mai 2019.

Par Justinien Raymond

Eugène Faillet
Eugène Faillet
Médaillon d’Eugène Faillet réalisé par Pierre-Victor Dautel en 1911.
Cliches fournis par Pierre Hainaut, descendant de Pierre-Victor Dautel, graveur

ŒUVRE : Biographie de Varlin, Paris, 1885, in-8°, 61 p. et portr. (Bibl. Nat., 8°, Ln 27/35.853). — Le Parti ouvrier français, bourgeoisie et prolétariat. Doctrine, origine et progrès du parti. Les élus du parti à l’Hôtel de Ville, Paris, 1894, in-16, 96 p. (Bibl. Nat., Lb 57/11.210).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/861, n° 4.521. — Arch. PPo., B a/434 et 1068 (dossier Faillet ou Fayet, dit Saintard-Dumont, dit Valère). — Arch. Générales du Royaume de Belgique, 4e section, police des étrangers, n° 244.254. — La Première Internationale (J. Freymond), op. cit. — Murailles... 1871, op. cit., pp. 105 et 155.— Hubert-Rouger : Les Fédérations socialistes, t. III : pp. 135 à 184 passim, pp. 201-202. — Maurice Poujade : Les Allemanistes à Paris, de 1890 à 1905, DES, Paris (pp. 23-24, 53, 68, 80). L’auteur met fortement en relief le rôle très personnel de Faillet. — Cl. Renault : Le Mouvement socialiste parisien, de 1881 à 1885 : DES, Paris.

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