DEMAY Antoine, Mathieu

Par Jean Maitron

Né le 22 décembre 1822 à Paris (XIe arr.) ; mort le 15 octobre 1884 à Paris (XIVe arr.) ; statuaire ; franc-maçon ; membre de l’Internationale ; élu membre de la Commune de Paris. Après son retour d’exil, il adhéra au Parti ouvrier.

Lors des élections législatives du 13 mai 1849, il fut présenté par le Comité électoral des démocrates socialistes. D’après le journal Le Radical du 20 octobre 1884, Antoine Demay participa aux combats contre le coup d’État de décembre 1851.

Selon la notice contumace du 1er février 1879, Demay fut un des premiers membres de l’Internationale. Il jouissait « d’une certaine notoriété » parmi la population ouvrière du IIIe arr. et s’occupa activement, dans les derniers temps de l’Empire, d’organiser des réunions publiques où il figurait fréquemment, soit comme orateur, soit comme membre du bureau.
En juillet 1870, il fut l’un des signataires de la protestation contre la guerre, adressée aux travailleurs de tous les pays par les membres parisiens de l’Internationale (cf. Dict. t. IV, p. 44).
Dès la chute de l’Empire, l’Internationale constitua un Comité de défense composé de Gustave Cluseret, Gustave Flourens, Charles Lullier, Edouard Vaillant, Gustave Naquet, W. Fonvielle, Demay. Le 11 septembre, le Comité comprenait en plus Mangold, secrétaire, et, en moins W. Fonvielle. (Cité par J. Rougerie, Le Mouvement social, n° 37, oct.-déc. 1961, p. 9).
Avec ses amis du Comité central des vingt arrondissements auquel il appartenait, il présenta, le 15 septembre, les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale aurait dû, selon les signataires, se hâter « de transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République ». Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements — voir Ch.-L. Chassin. Toujours en tant que délégué des vingt arrondissements, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! — Voir Ansel. Traduit en justice comme signataire de ce manifeste, Antoine Demay fut acquitté.

Il prit part à l’agitation révolutionnaire de la capitale et fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris aux élections du 8 février 1871 à l’Assemblée nationale. Il ne fut pas élu.
Antoine Demay appartenait au Conseil fédéral des sections parisiennes de l’Internationale (cf. Les Séances officielles de l’Internationale à Paris pendant le Siège et pendant la Commune) et, le 23 mars, signa le manifeste de l’Internationale qui invitait les électeurs parisiens à prendre part aux élections du 26. Lui-même fut élu, dans le IIIe arrondissement de Paris, membre de la Commune, avec 9.004 voix. Le second élu, Arnaud, avait 8.912 voix ; le troisième, Pindy, 8.095 voix ; le quatrième, Murat, 5.904 voix ; le cinquième, Dupont, 5.752 voix. Il appartint à la commission de l’enseignement, 29 mars, comme il appartenait déjà à celle du IIIe arr. Demay vota pour le Comité de salut public. Avec Clémence, Courbet, Grousset et Pyat, il avait été nommé membre d’une commission pour examiner les papiers, documents et œuvres d’art de Thiers.
Par contumace, il fut condamné à mort, le 14 mars 1874, par le 4e conseil. Il n’avait subi antérieurement aucune condamnation.

Gustave Lefrançais en a laissé le portrait suivant : « Un front dégarni et d’un ton d’ivoire, une longue barbe grisonnante, encadrée souvent d’une sorte de passe-montagne qui lui donne l’air de Dante. » (Souvenirs d’un révolutionnaire, p. 321.)
« Johannard l’appelait le bon Dieu de Saint-Cloud, à cause d’un grossier Christ de bois remarquablement décharné qui ornait l’église de ce village. » (Delion, Les Membres de la Commune et du Comité central.)

Antoine Demay vécut en exil, peut-être à Londres (mais l’historien Paul Martinez considérait plutôt improbable l’hypothèse de sa présence en Grande-Bretagne).

Après le retour en France des proscrits, il adhéra au Parti ouvrier. En janvier 1881, il assista à l’enterrement d’Albert Theisz.
Il mourut en 1884 à l’asile Sainte-Anne, Paris, où il venait d’entrer. Lors de son enterrement, prirent la parole son ancien collègue du conseil de la Commune Charles Amouroux, le franc-maçon Parmentier, et le conseiller municipal socialiste Charles Chabert.
Il était célibataire. Son neveu A. Perrilliat fut communard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135907, notice DEMAY Antoine, Mathieu par Jean Maitron, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 8 avril 2019.

Par Jean Maitron

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/855, n° 2097. — Arch. Min. Guerre, 4e conseil. — Procès-verbaux de la Commune de 1871, op. cit. — État civil. — Notes de Louis Bretonnière. — La Justice, 19 octobre 1884. — Paul Martinez, Paris Communard refugees in Britain, 1871-1880, thèse, University of Sussex, 1981. — Notes de Julien Chuzeville.

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