ZAKINE Raphaël

Par Rodolphe Prager

Né le 10 juillet 1899 à Alger (Algérie), mort le 29 novembre 1965 à Alger ; médecin à Corbeil (Seine-et-Oise) ; militant communiste, puis trotskyste.

Fils d’un artisan tailleur, Raphaël Zakine, adhéra à la fin de 1919 au Parti socialiste puis rallia, dès le congrès de Tours, le Parti communiste en Algérie où il effectuait ses études. Demeurant à Alger jusqu’en 1925, il collabora à Lutte sociale, journal bi-hebdomadaire qui devint ensuite hebdomadaire et dont il fut le rédacteur en chef. Il vint s’établir comme médecin à Corbeil (Seine-et-Oise) où il dirigea L’Exploité, journal local (Arpajon-Corbeil).

Médecin chef au dispensaire créé par la municipalité communiste, Raphaël Zakine exerçait également en ville. En 1929, il était secrétaire du 21e rayon des Jeunesses communistes de Corbeil. Il participa très activement aux campagnes électorales en 1928 et 1932, en particulier celle de Julien Soutan*. Il disait même, par la suite, en avoir assumé les charges financières. Devenu très populaire en raison de son dévouement, il devint une cible de choix pour ses adversaires politiques. Le 17 octobre 1932, il fut condamné à six mois de prison dans une affaire d’avortement à la suite d’une dénonciation fantaisiste. Raphaël Zakine reçut l’appui d’un Comité de défense auquel participèrent d’éminents médecins et des intellectuels tels Paul Langevin*, Victor Margueritte* et André Lurçat*. Après avoir purgé sa peine, il se rendit en Union soviétique. Très affecté par ce qu’il constata sur place, il refusa, à son retour en France, de faire des conférences pour vanter les « réalisations » du régime soviétique.

Sa méfiance à l’égard du stalinisme allait s’accentuer après les journées de février 1934. Raphaël Zakine rejoignit alors le mouvement trotskyste et participa comme orateur de la Ligue communiste à un meeting unitaire à Corbeil-Essonnes en mai 1934, aux côtés de son ami Georges Chéron* et de Jacques Doriot*, la section locale approuvant alors en majorité l’attitude du dirigeant communiste.

En avril, Raphaël Zakine avait transporté dans sa voiture Léon Trotsky, lorsque ce dernier avait dut quitter précipitamment Barbizon pour un refuge plus discret dans la région parisienne.

Tiraillé dans un premier temps entre le trotskysme et le communisme oppositionnel de Doriot, Raphaël Zakine se présenta aux élections législatives de 1936 dans la première circonscription de Corbeil comme « communiste dissident », recueillant 297 voix sur 18 352 inscrits. Il affirmait alors sa fidélité à Lénine et à l’internationalisme, estimant que le PC était devenu chauvin. Il devait par la suite adhérer au Parti populaire français fondé fin juin 1936 et devint son délégué à la propagande pour le secteur Paris-Sud au début de 1937. Profondément heurté par l’antisémitisme de Doriot, il cessa toute activité politique et retourna en Algérie courant 1938.

Raphaël Zakine revint en France en 1952 et adhéra au Parti communiste internationaliste de Pierre Frank*, prenant une part active au soutien au FLN en France. En novembre 1961, il hébergea Natalia Sedova-Trotsky qui devait décéder dans sa maison le 24 janvier 1962.

Raphaël Zakine s’installa à nouveau en Algérie après l’indépendance et entretint de cordiales relations avec Ben Bella. Ses relations avec les trotskystes français séjournant à Alger lui valurent une arrestation après la chute du leader algérien en 1965 mais souffrant de troubles cardiaques, il fut libéré.

Raphaël Zakine s’était marié à Paris en 1938 puis remarié à Corbeil-Essonnes en 1959.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135492, notice ZAKINE Raphaël par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Rodolphe Prager

SOURCES : Arch. Nat. F7/13107. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, 2 M 11/25, 16/13, 4 M 2/68, 2 M 35-38, 4 M 2/68, 4 6 2/84. — Arch. RGASPI, Moscou, 495/270/4979. — Cahiers du bolchévisme, 1er octobre 1934. — Notes de Jean-Michel Brabant et Jacques Médard. — Rens. de R. Capron et Suzanne Zakine, veuve du militant.

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