WEITZ Lucien

Par Jean-Michel Brabant, Rodolphe Prager, Gilles Morin

Né le 2 avril 1912 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 15 juin 1972 à Paris (XIIe arr.) ; journaliste ; secrétaire des Jeunesses socialistes de la Seine puis secrétaire national des Jeunesses socialistes ouvrières et paysannes ; membre du PSU et du Parti socialiste.

À un congrès du PSOP, avant la guerre. On reconnait Lucien Weitz  sur la droite avec sa pipe.
À un congrès du PSOP, avant la guerre. On reconnait Lucien Weitz sur la droite avec sa pipe.

Fils d’un employé de commerce et d’une couturière, Lucien Weitz ne put poursuivre ses études au-delà du brevet élémentaire en raison du refus de ses parents et malgré les recommandations pressantes de son professeur du cours complémentaire, Marceau Pivert*. Il commença à l’âge de seize ans à pratiquer des métiers, comme celui de représentant en tissus, qui ne répondaient guère à ses goûts et à ses aptitudes. A son retour du service militaire (1932-1934), il s’inscrivit aux Jeunesses socialistes. Il exerçait alors le métier de correcteur d’imprimerie. Après la dissolution de l’Entente des JS de la Seine, en juillet 1935, il ne suivit pas la majorité dirigée par Fred Zeller* qui allait créer la Jeunesse socialiste révolutionnaire. Participant aux activités du courant animé par René Lefeuvre*, il demeura aux JS et participa à le reconstruction de l’Entente de la Seine. Il devint en février 1936, membre de la commission exécutive et, par la suite, secrétaire fédéral. Il appartenait à la Gauche révolutionnaire fondée en septembre 1935 par Marceau Pivert qui l’influença beaucoup.

Connaissant l’espagnol, Lucien Weitz suivit attentivement les événements d’Espagne depuis 1936 et s’engagea dans l’action de solidarité. Il fut parmi les fondateurs du Comité d’action socialiste pour la levée de l’embargo (voir Paul Schmierer*) qui devint, en décembre 1936, le Comité d’action socialiste pour l’Espagne (CASPE). Il collabora régulièrement à son périodique, L’Espagne socialiste, dès sa publication en avril 1937 et participa aux campagnes de défense du POUM. Il fut alors membre du comité directeur de la Gauche révolutionnaire et son principal porte-parole dans les Jeunesses socialistes.

Au lendemain de la fusillade de Clichy du 16 mars 1937, Lucien Weitz rédigea la manchette de La Jeune garde, organe de l’Entente de la Seine des JS : « Huit milliards pour l’emprunt, cinq morts à Clichy. L’argent de la bourgeoisie se paie avec le sang des ouvriers. » Pour cette prise de position il fut exclu des JS le 1er avril 1937, avec 21 autres responsables, par le Comité national mixte, au lendemain de la Conférence nationale des JS à Creil (27-29 mars). La Fédération de la Seine fut dissoute pour la seconde fois en deux ans. Les exclus créèrent la Jeunesse socialiste autonome dont Lucien Weitz fut le secrétaire. Il rejoignit dès sa création, en juillet 1938, le Parti socialiste ouvrier et paysan et devint membre de sa commission administrative permanente. Responsable de la presse et rédacteur de l’hebdomadaire Juin 36, il fut également secrétaire national des JSOP. Après l’adhésion au PSOP, en janvier 1939, d’une minorité du Parti ouvrier internationaliste conduite par Jean Rous*, Weitz forma avec ce dernier et Daniel Guérin* une aile gauche qui, au congrès national du PSOP (Saint-Ouen, 27-29 mai 1939) combattit les courants pacifistes et tenta de faire prévaloir l’incompatibilité de l’appartenance au parti et à la Franc-maçonnerie, ce qui, semble-t-il, visait en particulier Marceau Pivert.

Arrêté le 25 juillet 1939, inculpé de provocation de militaires à la désobéissance, pour son article : « Vers un nouveau Munich », paru dans La Jeune Garde de juillet-août, Lucien Weitz fut condamné à deux ans de prison. Incarcéré d’abord à la Santé, il fut ensuite transféré à la centrale de Clairvaux (Aube). Il parvint à s’échapper au cours de l’évacuation de celle-ci en juin 1940. Revenu à Paris, il fonda, en juillet, avec Jean Rous le Mouvement national révolutionnaire qui subit la répression en juillet 1941. Il échappa aux arrestations et vécut les années de l’Occupation dans une stricte illégalité en région parisienne. Il fut un temps moniteur au Chantier de jeunesse à Marly-le-Roi, fin 1941, début 1942.

À la Libération, Lucien Weitz reprit sa profession de correcteur et adhéra au Parti socialiste SFIO. Il se rendit à Alger pour y assumer la fonction de directeur d’Alger-soir qui bénéficia des subventions du gouverneur socialiste Chataigneau. Cet appui lui fut retiré à l’arrivée du nouveau gouverneur, Marcel-Edmond Naegelen*, car Lucien Weitz manifestait ses sympathies en faveur du mouvement anti-colonialiste en Algérie. Le journal périclita et Weitz rentra en France en 1948.

Lucien Weitz avait épousé le 5 octobre 1939, pendant son séjour à la Santé, Nathalie Miakotine, d’origine russe, militante bien connue de la gauche socialiste. Lucien et Nathalie Weitz eurent cinq enfants. Nathalie Weitz mourut le 5 janvier 1960. Lucien Weitz se remaria le 15 décembre 1970 avec Janine Weill, membre du PSU et du PS, ancienne militante trotskyste. Lucien Weitz connut longtemps des difficultés matérielles en raison de ses charges familiales.

Il occupa les fonctions de directeur de la revue Mines et devint ensuite rédacteur en chef de l’Industrie minérale. En 1956, il fut une nouvelle fois exclu de la SFIO à cause de ses prises de position dans un journal anglais à propos de l’intervention à Suez. Il collabora ensuite la revue Tribune marxiste puis figura parmi les fondateurs du PSA enfin du PSU où il assuma la fonction de secrétaire de la Fédération de Seine-et-Oise. Il fut deux fois candidat aux élections législatives ( du PSA au sein de l’UFD en 1958 et du PSU en 1962) dans la circonscription de Saint-Germain-en-Laye. En 1962, son suppléant fut son suppléant fut Olivier Todd, jeune professeur d’anglais au Lycée international de Saint Germain en Laye et membre du PSU.
En décembre 1967, Lucien Weitz quitta le PSU avec le courant unitaire de Jean Poperen* qui se regroupa dans l’Union des groupes et clubs socialistes puis rallia la FGDS en avril 1968 avant d’adhérer finalement au Parti socialiste de Mollet-Savary en 1969. Lucien Weitz assura la direction de la publication popereniste Synthèse-flash, malgré une santé déficiente.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135309, notice WEITZ Lucien par Jean-Michel Brabant, Rodolphe Prager, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 26 novembre 2013.

Par Jean-Michel Brabant, Rodolphe Prager, Gilles Morin

À un congrès du PSOP, avant la guerre. On reconnait Lucien Weitz  sur la droite avec sa pipe.
À un congrès du PSOP, avant la guerre. On reconnait Lucien Weitz sur la droite avec sa pipe.
Lucien Weitz en 1958 lorsqu’il fut candidat de l’Union des forces démocratiques (au titre du PSA) pour les législatives dans la circonscription de Saint-Germain-en-Laye.
Lucien Weitz en 1958 lorsqu’il fut candidat de l’Union des forces démocratiques (au titre du PSA) pour les législatives dans la circonscription de Saint-Germain-en-Laye.
En mai 1966, au mariage de sa fille Anna-Claire avec Didier Chouat.
En mai 1966, au mariage de sa fille Anna-Claire avec Didier Chouat.
Clichés fournis par Didier et Anna-Claire Chouat.

SOURCES : J. Rabaut, Tout est possible, Paris, Denoël, 19794 — F. Zeller, Trois points c’est tout, Laffont, 1976. — J.-P. Joubert, A contre-courant : le pivertisme, Thèse de doctorat de sciences politiques, Grenoble, 1972. — Victor Fay, La Flamme et la cendre, Presses Universitaires de Vincennes 1989. — Marc Heurgon, Histoire du PSU, tome 1, La Découverte, 1994. — Témoignage de Janine Weitz. — Notes de L. Bonnel et de Anna-Claire Chouat-Weitz.

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