WEILL-RAYNAL Étienne

Par Justinien Raymond, Élie Fruit et Gilles Morin

Né le 9 décembre 1887 [n.c.e.c.] à Paris (IXe arr.), mort le 14 juillet 1982 ; professeur agrégé ; militant et député socialiste SFIO de l’Oise ; directeur de la Revue socialiste (1954-1971).

Issu d’une famille dont le père, un ingénieur des Ponts et Chaussées, était attaché à la République mais sans activité politique, Étienne Weill-Raynal fut attiré dès sa première jeunesse par l’étude des problèmes politiques et sociaux. Sa mère, Emmeline Weill-Raynal, était la nièce d’un compagnon de Gambetta ; elle appartenait à une section socialiste de Montmartre et était une fidèle de la tendance de La Vie socialiste de Pierre Renaudel*. Étienne Weill-Raynal fut fortement marqué par l’affaire Dreyfus. Mais c’est la lecture régulière des articles de Jaurès dans La Petite République qui l’amena au socialisme et il fut un jour présenté à Jean Jaurès* par Lucien Herr qu’il avait connu quand il préparait l’agrégation d’histoire. Il fut reçu premier en 1910. Après son service militaire, qu’il accomplit durant deux ans dans les services auxiliaires, il entreprit une thèse de doctorat sur l’industrie textile dans le Nord de la France. Il devait la terminer en 1939 mais ne put la soutenir qu’en 1945. A la même époque, en 1913, il adhéra au Parti socialiste SFIO. Pendant ces années d’avant-guerre, il conquit également la licence en droit.

A la déclaration de guerre, Étienne Weill-Raynal fut affecté comme secrétaire d’état-major au ministère de la Guerre ; par la suite, il fut envoyé, sur sa demande, aux armées où il servit d’interprète jusqu’à l’armistice.

Il fut nommé professeur au lycée de Laon (Aisne) en 1919. Dès sa fondation, il adhéra au syndicat CGT de l’Enseignement secondaire. Il était également membre de la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen. Détaché de l’Instruction publique à la délégation française de la commission des réparations, Étienne Weill-Raynal se trouva amené à collaborer étroitement en France et en Allemagne aux travaux du Comité des garanties. De cette expérience, il tira deux études sur le problème des réparations qui font autorité. Il y prit aussi goût et compétence pour les problèmes économiques. En ce domaine, il multiplia des études sur la France et sur les pays étrangers ; quelques-unes parurent dans L’Information sociale, Le Populaire, La Vie socialiste et plus tard la Revue socialiste. En 1925, il publia une brochure sur la politique financière au début du gouvernement du Cartel des gauches. Mais il ne négligea ni l’histoire, ni la politique : il publia un mémoire sur la Révolution de 1848 et, à plusieurs reprises, au cours de sa vie militante, il proposa une réforme électorale inspirée du système en vigueur en Tchécoslovaquie entre les deux guerres, une réforme qui combinait l’intérêt d’un vote personnel nominal et les exigences de justice de la proportionnelle.

Après le congrès de Tours (décembre 1920), Étienne Weill-Raynal demeura au Parti socialiste SFIO. Durant toute la guerre, il avait appartenu à la majorité de défense nationale, devenue minorité à la fin du conflit. Il se classa toujours, par la suite, dans la tendance modérée du Parti socialiste, souhaitant la participation ministérielle des socialistes ou, au moins, le soutien aux gouvernements radicaux. Mais il tenait jalousement à l’unité du parti et il n’avait pas un esprit sectaire de tendance. En 1933, lors de la scission néo-socialiste, il adopta une attitude conciliatrice. En 1934, il signa la motion d’unité socialiste de Vincent Auriol* qu’il défendit au congrès national. En 1937, délégué au congrès national de Marseille, il soutint la motion Bracke-Zyromski.

Quand il eut quitté la commission chargée du problème des réparations, Étienne Weill-Raynal fut nommé professeur au lycée de Rouen. Mais, depuis quelques années déjà, il avait dirigé son activité militante dans le département de l’Oise. Candidat socialiste malheureux sur la liste du Cartel des gauches aux élections législatives de 1924, il avait obtenu 41 468 voix. En décembre 1927, Étienne Weill-Raynal fut désigné par la Fédération du Parti socialiste de l’Oise comme candidat aux élections législatives, dans la 2e circonscription de Beauvais. Il recueillit 2 099 voix sur 11 553 suffrages exprimés et se désista pour le candidat radical-socialiste Raoul Aubaud qui fut élu au second tour. Quelques mois plus tard, il fut nommé à la commission administrative de la Fédération dont il devint le secrétaire adjoint en 1932 et le secrétaire politique en 1938. Entre temps, il avait répondu à l’appel de la Fédération socialiste du département de la Charente qu’il avait représentée aux élections législatives de 1932, dans la circonscription de Barbezieux où il avait obtenu 2 082 voix sur 14 217 suffrages exprimés, au premier tour. Candidat dans la même circonscription aux élections législatives de 1936, il avait recueilli 4 285 voix sur 14 788 votants au premier tour et 4 226 sur 14 946 au second, sans pourtant se faire élire. En 1937, il échoua comme candidat au conseil d’arrondissement dans le canton de Montembœuf (Charente).

En 1936-1937, Étienne Weill-Raynal fut le collaborateur de Vincent Auriol, ministre des Finances du gouvernement de Front populaire ; il porta des jugements sur l’œuvre à laquelle il fut mêlé. Ainsi pensait-il que Léon Blum s’était refusé à dévaluer le franc dans les premières semaines de son gouvernement par crainte de la hausse des prix qu’elle provoquerait et qui risquerait d’annuler l’augmentation du pouvoir d’achat accordée à la classe ouvrière. Quant à la semaine de quarante heures de travail, Weill-Raynal admettait que le gouvernement Blum avait commis deux erreurs d’appréciation : il aurait surestimé la possibilité pour la production nationale d’accroître l’offre et de compenser ainsi la surcharge mise sur les prix ; il se serait aussi exagéré les possibilités de mobilité des travailleurs, négligeant l’importance de la qualification professionnelle et de la spécialisation.

Quand le danger de guerre menaça l’Europe, Étienne Weill-Raynal approuva l’unité d’action ouvrière, non sans crainte, lui qui avait toujours été très méfiant à l’égard du Parti communiste. Il souhaita aussi la résistance des démocraties aux États totalitaires. La guerre et la défaite passées, l’occupation allemande venue, Étienne Weill-Raynal fit face, malgré le double danger qui pesait sur le résistant et sur le juif. Exclu en 1940 par le gouvernement de Vichy des cadres de l’Université, par application du statut des juifs, il fut interné temporairement en 1941 au camp de Drancy. Entré dans la clandestinité jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il participa ensuite aux travaux du Comité général d’études sur la Résistance.

A la Libération, Étienne Weill-Raynal collabora au Populaire, à la Revue socialiste, à Nord-Matin et au Bulletin européen et participa à la vie de la Fédération de l’Oise. A la fin des années quarante, il devint rédacteur à L’Année politique et devait le demeurer près de vingt ans. Il assista à presque tous les congrès socialistes. Il appartint au cabinet de Guy Mollet* en 1956 et lorsque les difficultés menacèrent l’unité socialiste et conduisirent à une scission, donnant naissance au Parti socialiste autonome (PSA), il resta fidèle au Parti socialiste SFIO. En son nom, il remporta quelques succès électoraux alors qu’il les avait en vain cherchés avant la guerre. En 1945, il fut élu conseiller général dans le canton de Grandvilliers (Oise). Enfin à compter du 10 novembre 1950, date de la mort du député de l’Oise, Jean Biondi*, dont il était le suppléant, Etienne Weill-Raynal représenta le département jusqu’en juin 1951.

Le grand âge venu, il continua à mener à Paris une vie d’une grande activité intellectuelle, participant aux activités de l’Union rationaliste et au cercle « Ernest-Renan ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135289, notice WEILL-RAYNAL Étienne par Justinien Raymond, Élie Fruit et Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Justinien Raymond, Élie Fruit et Gilles Morin

œuvre : Passion de Jésus, fait d’histoire ou objet de croyance, 1959. — La Chronique des Évangiles, 1968. — Le Double secret de Jeanne la Pucelle, révélé par des documents de l’époque, 1972.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13085. — Arch. Dép. Charente, M 218, 219 et 368. — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Le Cri populaire de l’Oise, 1927-1939 (20 mai 1928, biographie et portrait). — L’Écho républicain, 30 octobre 1937. — L’Oise socialiste, 18 août 1945. — Le Monde, 16 juillet 1982. — Nouvelle revue socialiste, septembre-octobre 1982. — J.-F. Bizot, Au Parti des socialistes. Plongée libre dans les courants d’un grand parti, Grasset, 1975. — G. Lefranc, Histoire du Front populaire, Paris, Payot, 1965.

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