WALLÉ Louis, Jean [Pseudonymes dans la Résistance : Arthur, dit Martial]

Par Daniel Grason

Né le 21 juin 1907 à Paris (IIe arr. ou 11e ?), fusillé par condamnation le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; fraiseur sur métaux ; militant syndicaliste d’Ivry-sur-Seine (Seine,Val-de-Marne) ; militant communiste ; commandant FTPF.

Louis Wallé
Louis Wallé

Fils de Georges Wallé, grillageur, et de Jeanne Broussaud, ménagère, Louis Wallé demeurait 1 avenue du Bois-Clary à Boissy-Saint-Léger (Seine-et-Oise, Val-de-Marne). Il épousa Georgette Ferreyra le 15 mars 1930 à paris (XXe arr.). Il adhéra au Parti communiste avant la guerre, et fut responsable de la CGT à l’usine de la métallurgie Genève à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Après la dissolution du Parti communiste, en septembre 1939, il continua à militer, distribuant des tracts de l’organisation. Selon Albert Ouzoulias, il réussit à s’enfuir de son pavillon de Boissy-Saint-Léger lorsque les gendarmes vinrent l’arrêter. Le tribunal de Corbeil (Seine-et-Oise, Essonne) lança contre lui un mandat d’arrêt pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Entré dans la vie clandestine, il devint, sous le pseudonyme « Arthur », responsable de la région Sud de Paris et de Seine-et-Oise du Parti communiste.
Le 15 mai 1941, le Parti communiste créa le Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. Il s’occupa du Front national et du travail dans les entreprises, en particulier pour dissuader les ouvriers de partir travailler en Allemagne. En janvier 1942, des groupes de Francs-tireurs et partisans français (FTPF) commencèrent à se structurer au sein du Front national. L’Humanité clandestine du 10 avril annonça officiellement la création des FTPF, placés sous la direction de Charles Tillon. Chef de détachement, il accéda à la fonction de commandant du nord-est de la région parisienne, sous les ordres de Joseph Epstein. Louis Wallé fut affecté à la branche Organisation, puis devint responsable du secteur 4 des régions P3 et P4 des FTPF sous le pseudonyme « Martial ».
Il organisa et participa à de multiples actions, telle, en 1942, la destruction de matériel sur la ligne de chemin de fer Corbeil-Paris, de pylônes électriques à Boissy-Saint-Léger et d’un entrepôt d’essence synthétique à Saint-Ouen-l’Aumône (Seine-et-Oise, Val-de-Marne). Le 21 mai 1943 en soirée, avec cinq FTPF, il pénétra sur les chantiers navals de la Société franco-belge, quai d’Argenteuil à Villeneuve-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine). Les deux gardiens furent neutralisés, bâillonnés. Des explosifs furent déposés dans deux vedettes destinées à l’armée allemande, les FTPF répandirent des produits inflammables dans les magasins de matériels, provoquant un commencement d’incendie dans les ateliers et causant des dégâts matériels importants aux vedettes.
Le 3 juillet 1943, Louis Wallé et Pierre Lamandé furent interpellés par un inspecteur de la Brigade spéciale no 1 (BS1), avenue Daumesnil, à proximité de la porte Dorée (Paris, XIIe arr.). Des documents se rapportant à leurs activités clandestines furent découverts sur eux. Sur le chemin vers la préfecture de police, l’un des deux résistants confia : « Nous avons des armes et nous allons être fusillés. Laissez-nous partir. »
Dans les locaux des BS les deux hommes furent battus. Trois locaux étaient loués par Louis Wallé. L’un était au nom de Zébie Bachelet, 24 bis rue Poliveau à Paris (Ve arr.). Sur les documents qu’on y découvrit figuraient des noms de policiers et de personnes considérées comme traîtres au Parti communiste, des projets d’attentats et un pistolet automatique de calibre 6,35 mm. Le second local, 5 impasse Rolleboise (XXe arr.), était loué sous le nom de Ferreyra, nom de jeune fille de l’épouse de Louis Wallé. Les policiers y saisirent : deux pistolets automatiques 6,35 mm, un revolver à barillet chargé, un lot de cartouches, une cisaille à rivets, des clés à tube, un fer à souder, huit cônes d’explosifs, un détonateur, des feuilles de tickets de rationnement provenant de mairies cambriolées, des tracts et brochures du Parti communiste, des cachets de différentes firmes commerciales et la griffe du commissariat de Livry-Gargan, enfin des documents concernant les régions P3 et P4. Dans un troisième local, 26 rue du Président-Wilson à La Plaine-Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis), étaient entreposés : huit grenades, deux revolvers à barillet, un pistolet automatique 6,35 mm, quinze chargeurs garnis de cartouches 9 mm, quatre chargeurs de mitraillettes garnis, de nombreux allumeurs à acide sulfurique, sept cartouches de poudre, trois kilos de dynamite et d’exogène, douze boîtes métalliques destinées à la confection d’engins explosifs, plusieurs rouleaux de cordeau Bickford et de cordeau détonant, des produits chimiques, un corps de bombe, un engin destiné à faire sauter une voie ferrée.
Le directeur des Renseignements généraux attribua une prime de deux cents francs aux inspecteurs qui avaient arrêté les deux résistants, pour avoir « fait preuve des meilleures qualités professionnelles en procédant à l’arrestation de deux malfaiteurs dangereux ».
Louis Wallé fut transféré dans le quartier allemand de la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Avec Pierre Lamandé, Marcel Kaufmann, Chuna Bajtsztok, Roland Vanoverschelde, Émile et François Marais, il comparut le 1er octobre 1943 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Tous furent condamnés à mort « pour activité de franc-tireur ». Louis Wallé fut passé par les armes le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien avec ses camarades, puis inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Son épouse, Georgette Wallé, fut condamnée à une peine de travaux forcés. Elle quitta le 16 décembre 1943 Fresnes ou le fort de Romainville (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis) à destination d’une prison allemande, puis des camps de Ravensbrück (Allemagne) et de Mauthausen (Autriche). Elle fut libérée par la Croix-Rouge le 22 avril 1945. Le 10 mai 1945, elle témoigna devant la commission d’épuration de la police : « mon mari a été frappé à coups de martinet [...] aux parties sexuelles ». Elle déposa plainte contre l’un des tortionnaires, qu’elle cita nommément, et contre ceux qui arrêtèrent son mari.
Le nom de Louis Wallé, commandant FTP groupe Marceau-Kléber-Carré, est gravé sur une plaque commémorative au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine, dédiée « À la mémoire des victimes du nazisme fusillés au Mont-Valérien le 6 octobre 1943 », et sur le monument aux morts de Boissy-Saint-Léger. Le conseil municipal de Boissy-Saint-Léger donna le nom de Louis Wallé à une avenue de la ville.

Dernières lettres
 
Fresnes, le 6 octobre 1943
Ma femme chérie,
Nous venons d’être avertis que c’est pour trois heures et il est midi ! . . ..
J’ai un solide courage. Je ne .tremble pas. Je suis content de moi
Je meurs satisfait, car, je sais que mon idéal n’est plus long maintenant à triompher. Moi aussi je meurs pour préparer des lendemains qui chantent, et notre fils en profitera !
Ma chérie, je t’ai aimée, je crois plus qu’aucun homme ne peut le faire. Je t’admire pour, le courage et la vaillance dont tu as toujours fait preuve, et je te. demande maintenant d’en avoir encore
Plus pour te consacrer, uniquement à notre fils. Je. tiens à ce que tu sèches tes larmes rapidement et que tu continues à vivre sans plus penser à ceux qui ne sont plus, pour être heureuse autant que tu le mérites.
J’aimerais que notre fils apprenne à jouer de l’accordéon, j’aimerais aussi qu’il pousse ses études jusqu’au brevet, et qu’ensuite tu lui fasses apprendre un métier manuel, de manière à ne pas en faire un intellectuel.
 
Explique lui pourquoi je suis mort. Embrasse-le bien pour moi et fais-en un brave. Ma chérie, les mots ne me viennent pas pour te dire combien je t’aimais, mais sache que tu étais tout pour moi,
 
Je t’embrasse longuement.
 
Ton mari WALLÉ
P. S. Mes amitiés à tous nos amis
Je te promets de mourir en brave.
Remplace-moi auprès de ma mère.
 
Fresnes, le 6 octobre 1943
Mon cher fils,
J’aurais voulu rester pour surveiller moi-même ta culture et l’orientation de ta vie. . Le sort ne l’a pas voulu ! Aussi, je te demande de toujours prendre soin de ta grand’mère et de ta mère. Sois bien gentil avec elles.
Au cours de ta vie, cherche toujours à te rendre utile et reste honnête. .
Reçois de ton père qui t’aimait bien, ses derniers baisers. . . .
Louis WALLÉ
Ta mère t’expliquera pourquoi je suis mort.
Je te demande. d’être avec elle, comme j’aurais voulu que tu sois avec moi.
Ton père

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135162, notice WALLÉ Louis, Jean [Pseudonymes dans la Résistance : Arthur, dit Martial] par Daniel Grason, version mise en ligne le 1er février 2016, dernière modification le 28 novembre 2019.

Par Daniel Grason

Louis Wallé
Louis Wallé

SOURCES : Arch. PPo., BA 1748, carton 14 activités communistes pendant l’Occupation, KB 16, KB 36, KB 74. — DAVCC, Caen, Boîte 5 / B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). — FMD, Livre-Mémorial, op. cit.Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, Éd. Sociales, 1972. — Site Internet Mémoire des Hommes. — Mémorial GenWeb. — Lettres de fusillés, 5ditons France d’abord, 1946, p. 182-184. — État civil.

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