VONET Robert, Bertrand [Pseudonyme dans la Résistance : Duroc]

Par Daniel Grason

Né le 18 novembre 1907 à Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire), fusillé le 26 janvier 1944 au camp de Souge, commune de Martignas-sur-Jalle (Gironde) suite à une condamnation à mort ; charpentier en bois ; militant et responsable syndicaliste CGTU, puis CGT ; militant communiste ; résistant.

Robert Vonet
Robert Vonet

Fils de Joseph, cultivateur vigneron, et de Marie, née Coulon, couturière, Robert Vonet obtint son certificat d’études primaires à treize ans avec la mention bien. Il acquit sa formation professionnelle comme Compagnon du Tour de France. Il fit son service militaire au 146e Régiment d’infanterie à Saint-Avold (Moselle). Il épousa Émilienne Poulain le 8 octobre 1938 à Vigneux-sur-Seine (Seine-et-Oise, Essonne) ; le couple eut un enfant, Robert, né en 1939 et demeurait 144 rue d’Avron à Paris (XXe arr.), puis 19 rue de l’Atlas (XIXe arr.).
Responsable du syndicat CGTU du Bâtiment de la région parisienne en 1935, Robert Vonet fut délégué en septembre 1935 au VIIIe congrès CGTU (Issy-les-Moulineaux, Seine, Hauts-de-Seine). Il fut également délégué aux congrès de réunification de Toulouse (Haute-Garonne), du 2 au 5 mars 1936, et de Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), en novembre 1938. Membre de la commission exécutive de l’Union des syndicats de la région parisienne en 1937, il fut secrétaire en 1938-1939 du comité régional du Bâtiment parisien et membre de la commission exécutive de la Fédération du Bâtiment de 1936 à 1939, secrétaire administratif et trésorier du comité régional du Bâtiment parisien, gérant de la publication Le Bâtiment unitaire. Il adhéra au Parti communiste en 1932, était porteur de soixante parts du capital de la Société anonyme de publication du quotidien Ce soir.
En 1939, il fut mobilisé dans un Régiment d’infanterie. Démobilisé, il devint militant clandestin, habita chez sa sœur, 50 rue Ordener à Paris (XVIIIe arr.). Il se faisait adresser son courrier chez Mme Cazenave dans le XIXe arrondissement. Fin 1940, Robert Vonet fut l’un des dirigeants des comités populaires. Il appartint à la direction clandestine des comités populaires du Bâtiment de la région parisienne.
Il fut arrêté le 19 janvier 1941 par des inspecteurs de la Brigade spéciale no 1 (BS1) sous le nom de « Duluc ». Les policiers saisirent des brochures éditées par le Parti communiste qu’il conservait à son domicile. Il déclara crânement aux policiers qu’il continuait à s’intéresser à l’évolution de la situation politique et qu’il lisait avec intérêt les publications communistes clandestines. Il fut incarcéré à la prison de la Santé. (XIVe arr.)
La cour d’appel de Paris le condamna le 3 juin 1941 à quinze mois de prison pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 et pour détention de documents et de brochures communistes. Le 9 juin, il fut transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Le préfet de police ordonna le 27 décembre 1941 son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939 (« Individu dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique »). Il fut transféré le 7 janvier 1942 au camp de Rouillé (Vienne).
Robert Vonet s’évada dans la nuit du 4 au 5 mars 1942 en compagnie de Désiré Le Lay et René Poirot. La police édita une fiche de recherche avec sa photographie, indiquant qu’il était « l’un des responsables de la Région Paris-Sud ». Il n’en était rien : il eut la responsabilité de l’instruction des cadres interrégionaux dans la région poitevine et angevine, puis fut nommé responsable interrégional du Parti communiste (Charente, Charente-Maritime, Gironde, Landes et Basses-Pyrénées [Pyrénées-Atlantiques]). Il rencontra Yvonne Dumont, agent de liaison communiste, dont il eut une fille, née en février 1944, qu’il ne connaîtra pas.
En juillet 1943, il fut arrêté par la Section spéciale de la 4e brigade régionale de police de sûreté d’Angers (Maine-et-Loire) et prétendit s’appeler « Jean-Pierre ». Le commissaire transmit le 12 juillet 1943 un relevé de ses empreintes digitales et sa photographie au commissaire Fernand David de la BS1, ce qui permit de l’identifier. Robert Vonet était le chef des interrégionaux de l’IR 24 (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Vendée, Vienne et Deux-Sèvres).
Il fut transféré au fort du Hâ à Bordeaux (Gironde) et torturé par les hommes du commissaire Poinsot. Livré aux Allemands, il fut condamné à mort le 20 janvier 1944 par le tribunal de la Feldkommandantur 529 de Bordeaux. Il demanda un recours en grâce, qui lui fut refusé. Robert Vonet fut passé par les armes le 26 janvier 1944 à 7 h 30 au camp de Souge.
Son nom est gravé au Mémorial de Souge, ainsi que sur la plaque commémorative de la Bourse du Travail, rue du Château-d’Eau à Paris (Xe arr.), dédiée aux militants syndicalistes : « À la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le nazisme pour la libération de la France – Lorsqu’on ne tuera plus ils seront bien vengés et ce sera justice Paul Eluard ». Robert Vonet fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1947 à titre posthume. Le 25 septembre 1957, le ministère des Anciens Combattants lui accorda la mention « Mort pour la France », il a été homologué Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article135057, notice VONET Robert, Bertrand [Pseudonyme dans la Résistance : Duroc] par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 août 2019.

Par Daniel Grason

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SOURCES : Arch. PPo.77W 169. – Bureau résistance GR 16 P 599097. – DAVCC, Caen, B VIII 5, Liste S 1744-038/44 (Notes Thomas Pouty). – Stéphane Courtois, La Politique du PCF et ses aspects syndicaux, 1939-1944, Thèse 3e cycle, Nanterre, 1978. – Le Travailleur parisien, janvier-mars 1936. – Résistance !, novembre 1973. – Site Internet Mémoire et Espoirs de la Résistance, texte de Danièle Laresse, nièce de Robert Vonet. – Mémorial GenWeb. – État civil, Paris (XVIIe arr.), Martignas-sur-Jalle.

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