VIRLOUVET Étienne, Marc

Par Jean-Pierre Ravery

Né le 27 mars 1905 à Saulieu (Côte d’Or), mort le 31 mars 1963 à Dijon (Côte d’Or) ; chef-cuisinier ; militant communiste ; résistant ; proche de Maurice Tréand*.

Henriette Virlouvet deuxième à partir de la gauche, Étienne Virlouvet à côté puis Jeannette Vermeersch, puis Florimond Bonte. Fournis par la famille Virlouvet et Jean-Pierre Ravery.

Étienne Virlouvet naquit à Saulieu (Côte d’Or), une petite ville-étape située sur la RN 6, à mi-chemin entre Paris et Lyon, aux portes du Morvan. Lorsque le guide Michelin commença à « étoiler » les meilleures tables de France au début des années trente, la restauration des voyageurs s’y était déjà affirmée comme l’activité dominante, au point que les sept frères Virlouvet devinrent tous cuisiniers ou maîtres d’hôtel. La famille comptait douze enfants. Leur père Charles, était coquetier (de 1893 à 1908) longtemps avant d’être cordonnier de 1909 à 1936, communiste de la première heure et membre actif de la Libre Pensée. Né à Paris (Ier arr.) le 2 février 1870, il avait été placé là par l’Assistance publique suite aux décès de son père quelques mois avant sa naissance et de sa mère quelques jours après l’accouchement. Il mourut en 1936 et lors de ses obsèques le cercueil fut recouvert d’un drapeau de la Libre pensée. La mère, Eugénie, née Beaudiou, à Alligny-en-Morvan (Nièvre) en 1874 était surnommée « La Jannie ». Un cliché la montre, posant avec Maurice Thorez rue de la Rouerie, à Saulieu. Le couple eut neuf enfants, qui furent tous membres du PCF : Edmond (1894), Francis (1900), Jeanne (1901), Irma (1903), Étienne (1905), René (1906), Jean (1909), Albert et Marcel (1917). Jean travailla à l’Humanité. Edmond qui fut chef-cuisinier à la Chambre des Députés, mourut dans un accident de la circulation à Paris en 1940.

Étienne Virlouvet fit son apprentissage dans les cuisines de l’Hôtel de Paris à Sens (Yonne) puis trouva une place dans un petit café-restaurant 37 rue au Maire dans le IIIe arrondissement de Paris. Il y était domicilié lors de son recensement militaire en 1925. Il effectua son service dans une section d’infirmiers militaires. En juillet 1926, il était indiqué comme ayant emménagé 79 rue de la Verrerie dans le IVe arrondissement, sans doute après son mariage avec avec (Blanche) Henriette née Selhum, le 30 avril 1927 à Paris (IXe arr.). Cette dernière tenait une blanchisserie rue Nicolas Flamel, à deux pas de leur domicile. On sait peu de choses sur les circonstances de la rencontre d’Étienne Virlouvet avec Maurice Tréand. Il est certain en tout cas qu’Étienne Virlouvet militait activement au PCF au tournant des années trente. Une photo atteste sa présence à la première fête de l’Humanité, organisée à Bezons (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) en 1930. Dans ses mémoires On chantait rouge, Charles Tillon le mentionne comme ayant assuré le ravitaillement des marcheurs de la faim, en décembre 1933. Ce jour là, il cuisina dans deux lessiveuses empruntées à sa femme et marquées « la Bellevilloise », du nom de la coopérative ouvrière du XXe arrondissement administrée par des militants communistes depuis le milieu des années vingt. Cette coopérative possédait une brasserie-restaurant dénommée « La chope », 30 rue de Ménilmontant. Maurice Thorez utilisa son arrière-salle comme permanence lors des législatives d’octobre 1930 alors qu’il se présentait dans la 1ère circonscription du XXe. Il est possible qu’Étienne Virlouvet y ait fait la connaissance du futur secrétaire général du PCF. En tout cas, marque de confiance insigne, Étienne Virlouvet fut délégué en 1933 aux Fêtes d’Octobre en URSS. À la même époque, Henriette et lui devinrent sociétaires de la coopérative « La Famille nouvelle » qui gérait huit restaurants ouvriers dans Paris (dix en 1939) et dont l’administrateur n’était autre que Maurice Tréand, le responsable de la commission des cadres du PCF. Le logement du couple Virlouvet devint un lieu d’hébergement pour des membres du Komintern de passage à Paris, tel le Yougoslave Tito. Autre indice de l’appartenance d’Étienne Virlouvet au premier cercle des hommes de confiance de Maurice Thorez, une série de photos prises en 1936 à Saulieu, montre le dirigeant communiste venu participer à une réunion de cellule chez les parents Virlouvet accompagné de sa compagne Jeannette Vermersch et de Florimond Bonte. Cette même année, Étienne Virlouvet fit entrer son frère Edmond comme chef-cuisinier à la Chambre des députés avec l’appui de Thorez.

En 1939, Étienne Virlouvet ne fut pas mobilisé pour raison médicale. Sans doute sur instruction de Tréand, il quitta la capitale et retourna s’installer chez sa mère, 13 rue de la Rouerie à Saulieu. Henriette Virlouvet resta elle à Paris et hébergea quelques jours Jacques Duclos en juin 1940, lors de son retour à Paris. Selon le témoignage livré par Jean Jérome à Alain Guérin, Étienne Virlouvet et un autre militant parisien, André Chabanon, opéraient sous sa responsabilité dans la région de Dijon pour procurer du ravitaillement aux dirigeants du PCF clandestin et chaque fois que possible, échanger ou dérober les armes des militaires allemands. À ce jeu, Etienne Virlouvet sentit plusieurs fois le vent du boulet mais réussit à s’en tirer sans dommage. La séparation imposée par la clandestinité fut fatale au mariage d’Étienne et Henriette Virlouvet. Après-guerre, Étienne Virlouvet devint le compagnon d’Aurore Membœuf, qui avait été la première femme de Maurice Thorez puis, après leur séparation en 1930, la compagne d’Eugen Fried, émissaire du Komintern auprès du PCF. Le divorce entre Aurore et Maurice Thorez fut officiellement prononcé le 29 janvier 1947 ; Étienne Virlouvet et Aurore Memboeuf se marièrent le 22 novembre 1960 à Saulieu. Après son retour en France et son installation dans les fonctions de vice-président du Conseil, Maurice Thorez fit d’Étienne Virlouvet son chef-cuisinier. Jean Chaintron, directeur de cabinet de Thorez, évoque dans ses souvenirs les talents culinaires de Virlouvet. En 1948, l’Hôtel de la Renaissance à Saulieu fut racheté, sans doute grâce au soutien du PCF, et mis au nom d’Aurore Membœuf , tout comme un autre hôtel-restaurant à Manlay (Côte-d’Or). Étienne Virlouvet exerça son métier à Saulieu jusqu’à la fin de ses jours, en évitant de participer aux commémorations des combats de la Résistance. Clandestin un jour, clandestin toujours.

Étienne Virlouvet fut enterré à Saulieu, tout comme son épouse, morte en novembre 1964.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article134902, notice VIRLOUVET Étienne, Marc par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 13 août 2018.

Par Jean-Pierre Ravery

Henriette Virlouvet deuxième à partir de la gauche, Étienne Virlouvet à côté puis Jeannette Vermeersch, puis Florimond Bonte. Fournis par la famille Virlouvet et Jean-Pierre Ravery.
Étienne Virlouvet
Étienne Virlouvet
Étienne Virlouvet au centre lors des obsèques de son père en 1936.
Étienne Virlouvet au centre lors des obsèques de son père en 1936.
Au centre Maurice Thorez avec  la mère d’Étienne Virlouvet, celui-ci est est au fond.
Au centre Maurice Thorez avec la mère d’Étienne Virlouvet, celui-ci est est au fond.
Étienne Virlouvet en cuisine à Saulieu
Étienne Virlouvet en cuisine à Saulieu
Groupe de militants de Saulieu, rue de la Rouerie, avec Maurice Thorez
Maurice Thorez avec Jeannette Vermeersch, Étienne Virlouvet et Henriette Virlouvet, à Saulieu
L’hôtel-restaurant de la Renaissance à Saulieu.
Charles Virlouvet, père d’Étienne, dans son  atelier de cordonnerie.
Charles Virlouvet, père d’Étienne, dans son atelier de cordonnerie.

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SOURCES : Arch. dép. de la Côte-d’Or. — La Famille nouvelle, avril 1933. — Alain Guérin, Chronique de la Résistance, ed. Omnibus, Paris 2000. — Charles Tillon, On chantait rouge, Robert Laffont, 1977. — Jean Chaintron, Le vent soufflait devant ma porte, Seuil, 1993 — Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette. Biographie du couple Thorez, Paris, Fayard, 2010. — Renseignements fournis par la famille Virlouvet, et notamment par son neveu Francis Virlouvet. — État civil de Saulieu.

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