VILDRAC Charles [MESSAGER Charles, Eugène dit]. pseudonyme : BARADE Robert

Par Nicole Racine

Né le 22 novembre 1882 à Paris (Ve arr.), mort le 25 juin 1971 à Saint-Tropez (Var) ; poète, écrivain, dramaturge ; membre du Comité directeur de « Clarté » (1919), du Comité de direction de Regards (1934), président de l’Union des théâtres indépendants de France (1936), du Comité national des écrivains (1944-1953).

Fils d’Henri Messager*, communard, éditeur, et de Mélanie Descorps, directrice d’école, Charles Vildrac « a été nourri dans le culte des grandes idées révolutionnaires et il n’apparaît guère qu’il s’en soit jamais détaché », écrivit Georges Duhamel* qui le rencontra lorsqu’il avait vingt ans.

<Le père de Vildrac, Henri Messager* (né à Paris le 22 mai 1850), avait été déporté comme communard à la Nouvelle-Calédonie de 1873 à 1876 ; mobilisé en novembre 1870, il prit part à la bataille de Champigny et était maréchal des logis au fort de Vincennes quand celui-ci fut évacué le 19 mars 1871 ; il entra dans une batterie d’artillerie de la Garde nationale et fut affecté comme capitaine au fort de Bicêtre puis à la redoute du Moulin-Saquet ; fait prisonnier le 3 mai, il fut incarcéré, transféré à l’Ile d’Oléron, puis à l’Ile de Ré où il resta jusqu’en août 1872. Henri Messager qui n’avait participé ni à la journée du 18 mars ni aux combats des 21-28 mai fut condamné néanmoins à la déportation et transféré en 1873 à l’île des Pins (voir ses Lettres de déportation, avec une postface de Ch. Vildrac). A son retour de déportation, il fut représentant des éditions scientifiques Alcan, puis fondateur d’une maison d’édition ; il se maria en 1880 avec Mélanie Descorps, adjointe de sa sœur Blanche, directrice d’école de la Cité Voltaire (XIe arr.) qui, à son tour devint directrice de l’école primaire de filles, rue Keller (XIe arr.).>

Le jeune Charles Messager vécut une enfance heureuse, dans ce quartier du Faubourg Saint-Antoine, au sein de ce milieu d’enseignants (son oncle était professeur de mathématiques à l’école Arago où il passa un an) ; il entra au lycée Voltaire où il resta jusqu’à l’âge de dix-sept ans en section moderne (anglais, allemand). Il se passionnait pour la littérature et la poésie. Dès 1899, il adopta le pseudonyme de Vildrac (forme francisée de Wildrake, héros d’un roman de Walter Scott) dans sa correspondance avec sa sœur en séjour en Angleterre, et le garda pour ses débuts en littérature.

En 1900, Charles Vildrac devint secrétaire d’un avocat, Émile Bégis, qui fut le conseiller des Goncourt. En 1901, à la mort de l’avocat, il fut chargé de classer sa bibliothèque et de préparer le catalogue de vente. Ce fut à cette date qu’il rencontra Georges Duhamel au Jardin du Luxembourg où avaient lieu des concerts. Il venait de publier un pamphlet contre le verlibrisme auquel il se rallia par la suite. Il commença à publier des poèmes dès 1903, collabora aux Écrits pour l’art où il fut introduit par le néo-symboliste René Ghil. Il joua auprès de ses amis, comme le rappelle Duhamel, « le beau rôle d’initiateur fraternel ». Il avait eu l’idée d’une Thélème où, avec ses amis René Arcos*, Albert Gleizes, Mercereau, il pourrait se vouer à la création artistique ; le rêve d’une « Abbaye » s’exprimait clairement dans ses Poèmes parus en 1905. Charles Vildrac fut, en effet, à l’origine du projet de « groupement fraternel » d’artistes et d’écrivains qui s’incarne dans l’« Abbaye de Créteil ». Grâce aux fonds fournis par Henri-Martin Barzun, alors secrétaire de Joseph Paul-Boncour*, Charles Vildrac, René Arcos, Albert Gleizes, Georges Duhamel signèrent le bail qui leur permit de s’installer à la Noël 1906 dans une propriété aux bords de la Marne, rue du Moulin à Créteil. Charles Vildrac et sa femme Rose, sœur de Georges Duhamel qu’il avait épousée le 31 mai 1906 à la mairie du XXeme arrondissement de Paris, René Arcos, Albert Gleizes, Georges Duhamel et un ouvrier typographe, Lucien Linard, tentèrent une expérience communautaire qui dura quatorze mois. Pour ces jeunes gens dépourvus de ressources personnelles, il s’agissait de concilier par l’exercice d’un travail manuel, l’imprimerie en l’occurrence, les exigences de l’indépendance matérielle et celles de la création artistique. Une douzaine d’ouvrages fut ainsi imprimée à l’Abbaye dont le recueil de poèmes de Vildrac, Images et mirages. Après l’échec de la tentative, Charles Vildrac continua à écrire. En 1910, il publia Livre d’amour et, en collaboration avec Georges Duhamel, des Notes sur la technique poétique ; en 1911, il fonda une galerie de tableaux au 11 rue de Seine que sa femme Rose tint jusqu’en 1930.

Comme l’a fait remarquer Georges Duhamel, l’aventure de l’Abbaye n’avait pas de caractère politique. Cependant, Charles Vildrac, à partir de 1910, se rapprocha du socialisme. Il signa la pétition Bouchor (voir Maurice Bouchor*) en faveur de Jules Gustave Durand* (Prochasson, Thèse, op. cit., p. 244). Il se rapprocha d’un groupe plus engagé politiquement celui de L’Effort de Jean-Richard Bloch* ; il participa avec d’autres anciens membres de l’Abbaye ou proches de l’Abbaye à L’Anthologie de l’Effort publiée en 1912. En janvier 1913, il figura au comité d’action de L’Effort libre qui se présentait comme une coopérative intellectuelle, avec Léon Bazalgette*, Charles-Albert*, Henri Hertz, Marcel Martinet*, Louis Nazzi, Gaston Thiesson.

Mobilisé en août 1914 comme fantassin d’infanterie, il participa aux combats sur le front de l’Argonne. En mai 1915, il devint infirmier-brancardier ; en février 1916, il participa aux combats de Vauquois. Dès le début de la guerre, Romain Rolland* fut tenu informé par Jean-Richard Bloch, du sort de certains écrivains combattants, dont celui de Charles Vildrac. Celui-ci eut connaissance des articles de Rolland par Gaston Thiesson qui lui recopia « Le Meurtre des élites » et par René Arcos. Celui-ci, à la veille de la visite qu’il fit à Romain Rolland en Suisse, en août 1915, lui transmit les remerciements de ses amis mobilisés, Charles Vildrac, Georges Duhamel, Jules Romains*. Vildrac donna son témoignage en faveur de l’auteur d’ Au-dessus de la mêlée qui fut publié dans Les Hommes du Jour (18 décembre 1915), sous la signature « Caporal Ch. V » (et que Romain Rolland reproduisit dans son Journal des années de guerre). En 1917, Charles Vildrac fut affecté à la section de camouflage cantonnée à Amiens où il retrouva son ami du temps de l’Abbaye, le dessinateur Berthold Mahn ; au printemps 1918, il fut envoyé en Italie avec son ami dans le secteur de Montebello. Il commença à y écrire sa pièce, Le Paquebot Tenacity. Après sa démobilisation, il publia Le Paquebot Tenacity aux éditions du Sablier à Genève, (qui sera monté par Copeau au théâtre du Vieux-Colombier en mars 1920) ainsi qu’une longue nouvelle qui parut dans l’Humanité, en avril 1919, « Le démobilisé ».

Son pacifisme s’exprima dans les poèmes des Chants du désespéré, (éd. de la NRF, 1920) écrits pendant la guerre et dont certains avaient paru dans de petites revues et dans l’anthologie parue aux éditions du Sablier avec une préface de Romain Rolland, Les Poètes contre la guerre. Citons l’émouvante élégie en mémoire de son ami peintre Henri Doucet.

Charles Vildrac adhéra au mouvement « Clarté », lancé le 10 mai 1919 par Henri Barbusse, signa la protestation contre l’intervention en Russie (l’Humanité, 26 octobre 1919) ; il fit partie du petit groupe d’amis de Romain Rolland qui entra en désaccord avec Barbusse sur la politique et la composition du mouvement. Il fut le premier signataire de la lettre collective de démission du Comité directeur, adressée au secrétaire général de « Clarté », Victor Cyril*, par Georges Chennevière*, François Crucy*, Léon Bazalgette, Albert Doyen*, Léon Werth*, Paul Signac* (18 juin 1919). Il signa la déclaration d’Indépendance de l’esprit de Romain Rolland (l’Humanité, 26 juin 1919) en même temps que ses amis René Arcos, Georges Duhamel, Georges Chennevière, Jules Romains. Il prit partie pour R. Rolland dans la controverse qui l’opposa à Henri Barbusse dans les colonnes de Clarté et de l’Art libre en 1921-1922 (voir sa réponse dans L’Art libre de mars 1922).

Charles Vildrac fut du petit groupe d’amis sur lequel comptait Romain Rolland pour lancer une grande revue d’esprit international ; cependant, quelques semaines avant que ne fût lancée Europe (n° 1, 15 février 1923), Romain Rolland écrivit dans son Journal que Georges Duhamel, Charles Vildrac, Luc Durtain* avaient déjà été « agréés (et agrégés) à la Nouvelle revue française ». Vildrac collabora à Europe en appuyant les manifestations pacifistes. Il signa la pétition contre la loi Paul-Boncour, parue dans Europe le 15 avril 1927 et participa au numéro spécial « Guerre et paix » de décembre 1930. En 1931 il adhéra à la Ligue des anciens combattants pacifistes, fondée par le député Camille Planche* dont le programme était « La Paix par tous les moyens ». Il appuya l’initiative de Congrès mondial de tous les partis contre la guerre qui se réunit à Amsterdam et présida le lancement du comité local d’action contre la guerre le 10 août 1932 à Saint-Tropez, où il avait acquis une propriété au lendemain de la guerre.

Tout en affirmant sa foi dans le socialisme, Charles Vildrac était rebelle à l’engagement dans un parti. Cependant, dès la fin des années vingt, il apparut comme un sympathisant de la Russie soviétique. D’après Georges Cogniot* et Paul Labérenne*, il faisait partie de la commission littéraire du Cercle de la Russie neuve. Il fit en octobre-novembre 1928 (et non en 1929 comme il l’indique par erreur dans Russie neuve) un voyage de deux mois en Russie pour la commémoration du 30e anniversaire de la fondation du Théâtre artistique de Stanislavski (voir ses Pages de Journal 1922-1966 dans lesquelles il y raconte son voyage et l’émotion qui le saisit lors du défilé de l’anniversaire de la Révolution d’Octobre). Connu comme un ami de la Russie soviétique, il fut contacté par les amis de Victor Serge*, notamment par Magdeleine Paz* lorsqu’ils tentèrent d’alerter l’opinion intellectuelle de gauche sur le sort de l’écrivain. En juillet 1931, avec Luc Durtain, Georges Duhamel, René Arcos, Frans Masereel*, Francis Jourdain*, Charles Vildrac signa une lettre qui fut portée à l’ambassade soviétique ; il écrivit une seconde lettre au nom des signataires de la première, en novembre 1931. Après l’arrestation de Victor Serge en mars 1933, il adhéra au comité pour sa libération (L’œuvre, 11 mai 1933), constitué d’« amis de la Russie soviétique » comme Paul Signac, Firmin Gémier*, Luc Durtain, Léon Werth, Victor Margueritte*, Marcel Martinet. En juillet 1933, il signa avec d’autres rédacteurs de Monde (Georges Duhamel, Léon Werth, Henry Poulaille, Georges Pioch*) une « lettre ouverte sur le silence imposé à Monde sur l’affaire Victor Serge » qui parut dans La Révolution prolétarienne (10 août 1933). Dans sa correspondance avec Marcel Martinet, Magdeleine Paz lui écrivit le 28 août 1933, que Charles Vildrac lui avait annoncé qu’il avait donné sa démission de l’AEAR, à propos de l’affaire Serge ; en tout cas, cette démission ne fut pas rendue publique.

Dans les années trente, Charles Vildrac apparut encore plus clairement comme un « compagnon de route ». il appartint au Comité directeur de l’hebdomadaire Regards, fit partie du comité de patronage du congrès international des écrivains pour la défense de la culture, d’initiative communiste, qui se réunit à Paris (21-25 juin 1935) ; à l’issue du congrès où fut posé le cas Victor Serge, malgré l’obstruction des organisateurs communistes, il s’associa à des démarches à l’ambassade soviétique, en compagnie de Gide. En août-septembre 1935, il fit un second voyage en URSS ; il visita le Caucase, la Géorgie, la Crimée et l’Ukraine, rencontrant les associations d’écrivains. A son retour, il se mit à la rédaction de son ouvrage avec quelque difficulté si on en croit son Journal ; il en publia des extraits dans Commune (« L’effort culturel en URSS », février 1936), dans Russie d’aujourd’hui et dans France-URSS. En 1937, l’ouvrage parut sous le titre Russie neuve ; Charles Vildrac y disait son admiration pour l’œuvre accomplie, son soutien à l’expérience, tout en émettant quelques réserves sur le régime qu’il ne pensait pas devoir être appliqué sous cette forme en France.

En mars 1933, il s’associa à la protestation lancée par l’AEAR contre l’avènement du nazisme. En 1934, il fut chargé par le Comité international d’aide aux victimes du fascisme hitlérien, par l’intermédiaire d’André Gide*, d’une mission à Berlin afin d’y rencontrer Thaelmann et d’y enquêter sur les camps. Charles Vildrac partit le 2 juin pour Berlin en se faisant passer pour le correspondant de L’Excelsior venu faire un reportage sur le théâtre, en compagnie de Stefan Priacel qui parlait bien allemand, censé enquêter sur les méthodes culturelles du nouveau régime. S’il ne put rencontrer Thaelmann, condamné à mort, il put, en compagnie de St. Priacel, et par ruse, visiter le camp d’Orianenburg à 50 km de Berlin dont la plupart des prisonniers étaient communistes (voir le récit de cette visite dans l’article de Priacel paru dans Europe, 15 août 1934). Vildrac dénonça les crimes hitlériens dans Front mondial.

En octobre 1936, Charles Vildrac partit pour Barcelone, avec Tristan Tzara*, délégué de l’Association pour la défense de la culture, et Ehrenbourg, pour accompagner, à partir de Perpignan, un camion de matériel de propagande antifasciste destiné à l’armée d’Aragon. Il prit la parole à un meeting réuni au cirque de Barcelone. Après les exécutions du premier procès de Moscou en août 1936, il signa la protestation « Appel aux hommes » (Les Humbles, janvier 1937).

_Charles Vildrac pensait qu’à l’école, les élèves et les instituteurs avaient besoin d’une prose explicite, directe et sans sous-entendus. Il participa à la Société universitaire d’édition et de librairie fondée par le Syndicat national des instituteurs en 1932 qui estimait que les ouvrages publiés ne reflétaient pas suffisamment les pratiques professionnelles et pédagogiques en cours. Charles Vildrac écrivit donc à la demande du Syndicat des romans scolaires, Milot, vers le travail (1933) et Bridinette (1935), où il abandonnait l’utopie sociale de L’Ile rose et la fantaisie qui avait fait le succès des Lunettes du lion. Pour satisfaire la demande de SUDEL, il dut brider son imagination. Alors que Bridinette sortit en roman scolaire (pour les classes de cours moyen) puis en roman classique (sans le vocabulaire expliqué et des exercices de langue), en revanche Les Lunettes du lion, paru en 1932 en livre de littérature de jeunesse (conte pour enfants, illustré par Edy Legrand, éd. P. Hartmann), fut adapté en manuel de lecture pour élèves du Cours élémentaire. Avec Amadou le bouquillon, paru auparavant (en 1929 chez Bourrelier et constamment réédité depuis : 1972, 1980, 1987,1995…), les instituteurs disposaient ainsi de plusieurs recueils de lectures suivies, utilisées dans les classes notamment le samedi après-midi (jusqu’en 1969) lors des séquences de « lecture-feuilleton ». De fait la commande de SUDEL fut « bien révélatrice de la relation ambivalente de la profession à l’égard des fictions littéraires. La littérature de jeunesse prenant en charge, ici, dans une langue garantie par le statut d’écrivain, l’éducation morale des enfants. ». (Anne Marie Chartier).


Connu comme auteur dramatique dont les pièces furent montées par Copeau, Jouvet, les Pitoëff, Charles Vildrac présida au moment du Front populaire l’Union des théâtres indépendants de France (théâtres de la liberté).

« Complètement assommé par le Pacte germano-soviétique » (d’après le témoignage de Lucien Thomazo*, secrétaire de la cellule communiste de Saint-Tropez, recueilli par Jacques Girault), il ne revint pas sur sa condamnation du pacte. Il passa la Noël 1939 à Vézelay chez Romain Rolland « désenchanté comme tout le monde par les Russes et le Communisme » nota-t-il dans son Journal. A Saint-Tropez depuis mai 1940, il voulut rejoindre Paris à la fin de l’été, mais le gouvernement de Vichy (qui avait interdit ses livres pour enfants dans les écoles), lui refusa un laisser-passer pour la capitale. En avril 1941, Charles Vildrac passa clandestinement la ligne de démarcation et regagna Paris. Son poème « Paris » écrit en 1942 fut publié sous le pseudonyme de Robert Barade dans L’Honneur des poètes (1943). Arrêté le 8 octobre 1943, accusé de recevoir et de distribuer des paquets de tracts, libéré, il disparut quelque temps dans l’Yonne où il revit Romain Rolland. Membre du Comité national des écrivains clandestins, il fut présent à la réunion du CNE du 17 août 1944 chez Édith Thomas* où il revit avec Jean Paulhan la déclaration destinée au premier numéro des Lettres françaises libres. Il participa à la Commission d’épuration, avec Jacques Debû-Bridel, Paul Éluard*, Gabriel Marcel, Georges Queneau, Scheler et Vercors à l’établissement de « la liste des écrivains indésirables ». En octobre 1944, Charles Vildrac obtint l’adhésion d’André Gide au CNE lors de son voyage à Alger (comme délégué de la métropole au congrès France-URSS), adhésion qui n’eut pas l’approbation d’Aragon. Ainsi que d’autres membres du CNE, Jean Paulhan, Georges Duhamel, Jean Guéhenno*, il intervint fin 1944 en faveur de la libération de Jean Giono*, incarcéré à Saint-Vincent-les-Forts. En 1947, il signa la protestation du CNE contre les allégations de Paulhan estimant que R. Rolland avait trahi en 1914 ; il prit durement à partie Paulhan dans les Lettres françaises (14 février) au sujet de ses tentatives pour faire reparaître la NRF lors de l’hiver 1942-43. En juillet 1953, Vildrac prononça l’éloge de R. Rolland lors de la pose de la plaque commémorative sur la maison natale de l’écrivain à Clamecy.

Charles Vildrac resta membre du CNE jusqu’en février 1953, date à laquelle il en démissionna, en même temps qu’Aveline, Martin-Chauffier, P. Bost sur la motion Groussard condamnant l’antisémitisme dans les pays de l’Est.

Il appartint au Mouvement de la Paix et assista au congrès de Vienne en décembre 1952, sans illusions sur la stratégie communiste à l’égard des non-communistes et sur le "pacifisme communiste". « Il faut décidément renoncer à toute confrontation d’opinions avec des sectaires, des cyniques ou des jésuites » écrit-il dans son Journal. Cependant Charles Vildrac qui n’était pas aveugle sur le régime soviétique (il avait démissionné en 1949 de la vice-présidence du Comité France-URSS) et sur les régimes qui avaient été imposés aux pays d’Europe centrale ne voulait rien écrire publiquement sur ce sujet et sur les silences du Mouvement de la Paix. Cela, à la fois par amitié pour Farge dont il pensait qu’il avait été débordé par les communistes et parce qu’il pensait que, pour l’instant, le danger n° 1 venait d’Amérique (Journal.). G. Bouquet et P. Menanteau signalent que Vildrac signa, en juillet 1960, la déclaration sur le droit à l’insoumission pendant la guerre d’Algérie.

En 1954, Charles Vildrac reçut le Grand prix des poètes français et en 1959 il devint président de la Société des poètes français. En 1963, il reçut le Grand prix de littérature de l’Académie française. Veuf, il épousa Suzanne, Marie, Emilie, Juliette Rochat, le 9 décembre 1970 à la mairie du XVIIIeme arrondissement de Paris. Charles Vildrac mourut à Saint-Tropez en « La Maison blanche », à l’âge de 88 ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article134641, notice VILDRAC Charles [MESSAGER Charles, Eugène dit]. pseudonyme : BARADE Robert par Nicole Racine, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 décembre 2012.

Par Nicole Racine

œUVRE CHOISIE : Livre d’amour, Éd. de la « Nouvelle revue française », 1914 (rééd. : Éd. de Minuit, 1946). — Chants du désespéré (1914-1920), Idem, 1920. — Poèmes de l’Abbaye..., Éd. du Sablier, 1925. — Russie neuve, Émile-Paul frères, 1937 ; Éd. Raisons d’être, 1947. — Lazare, Éd. de Minuit, 1946. — Pages de journal, 1922-1966, Gallimard, 1968. — Postface à Henri Messager, 239 lettres d’un communard déporté : île d’Oléron, île de Ré, île des Pins (préface et notes de Jean Maitron), Le Sycomore, 1979.

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Jean-Louis Biot, SUDEL la maison d’édition des enseignants. — Dict. des contemporains, Pharos, 1954-55. — Who’s who in France ? 1971-1972. — Le Monde, 29 juin 1971. — Lettres de Ch. Vildrac à L. Pierre-Quint, Bibl. nat., NAF 18360, à R. Rolland, Bibl. nat., fonds R. Rolland. — P. Ory, La Politique culturelle du Front populaire, Th., Paris X, 1990. — Notes de Jacques Girault, Gérard Leidet, P. Mercier, Anne Simonin.

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