VARDELLE Marcel, Léon

Par Justinien Raymond

Né le 16 avril 1883 à Limoges (Haute-Vienne), mort le 2 octobre 1969 à Limoges ; relieur ; secrétaire de l’Union départementale CGT de la Haute-Vienne, coopérateur ; secrétaire de la Fédération CGT du Papier ; député socialiste.

Marcel Vardelle
Marcel Vardelle

Marcel Vardelle était le fils d’un peintre sur porcelaine et d’une tenancière de débit de boissons à Limoges. Sa mère contracta une grave pneumonie dont elle ne se releva jamais. Aussi, son père étant parti travailler à Vierzon, le jeune Marcel Vardelle, âgé de neuf ans, dut tenir, avec sa sœur, le débit de boissons aux dépens de sa scolarité. Néanmoins, à douze ans, il obtint le Certificat d’études primaires et entra en apprentissage pour être typographe. La mort de sa mère l’obligea à travailler comme apprenti relieur au tarif de cinquante centimes pour dix heures de travail l’été et soixante centimes pour douze heures l’hiver. Bientôt, son père, hospitalisé peu après la mort de sa mère, mourut lui aussi, laissant le jeune Marcel et sa sœur, sa cadette de deux ans, dans une réelle misère. Les deux orphelins furent recueillis par des parents dans deux familles différentes.

Marcel Vardelle continua l’exercice de son métier de relieur et fréquenta les milieux syndicalistes de tendance anarchiste. Il vendit leurs journaux, Le Père Peinard notamment. Frère aîné d’orphelins, il ne resta qu’un an sous les drapeaux. C’est pendant cette année de service militaire que se déroulèrent les grandes grèves de la porcelaine à Limoges au cours desquelles son cousin germain, l’ouvrier Camille Vardelle*, fut tué « par des balles françaises ».

Une enfance difficile, les contraintes de la vie ouvrière, l’expérience de la violence de l’ordre établi, firent de Marcel Vardelle un révolté. Mais, en ce début du XXe siècle où progressait le mouvement socialiste et où se préparait l’unité de 1905, il pencha davantage vers l’organisation ouvrière sous toutes ses formes. Rendu à la vie civile, il collabora à la formation du syndicat des relieurs-doreurs dont il devint le secrétaire en 1906 (il y avait adhéré en 1905), fonction qu’il occupa sans interruption jusqu’en 1946, date de la fusion des syndicats de l’imprimerie, de la lithographie et de la reliure. Il se donna aussi à l’action coopérative. Enfin il adhéra au Parti socialiste SFIO. Il devint secrétaire du groupe socialiste de Pont-Saint-Martial. Il collabora au Populaire du Centre, quotidien socialiste fondé en 1905 à Limoges. En 1908, il appartenait à la commission administrative de la Fédération socialiste de la Haute-Vienne. Cette année-là, le 15 mars, il se maria civilement avec une ouvrière et le couple devait donner le jour à trois enfants : le lendemain, les jeunes époux furent congédiés de l’usine où ils travaillaient. Mais, après une grève de soutien de six semaines, ils furent réintégrés.

Pendant la Première Guerre mondiale, Marcel Vardelle, simple soldat, fut deux fois blessé. Au retour, il reprit ses activités. En 1919, il fut élu conseiller municipal de Limoges avec toute la liste socialiste. Il siégea à l’hôtel de ville jusqu’en mars 1941 et, à partir de 1929, fut adjoint au maire. Il resta au sein de la SFIO après la scission du congrès de Tours (décembre 1920) où il avait représenté la Haute-Vienne. Il demeura à la CGT après la scission survenue à Lille en 1921 et fut élu secrétaire de l’Union départementale des syndicats confédérés.

Il participa à maints congrès de la Fédération nationale du Papier-Carton à laquelle était rattaché son syndicat et en devint, en 1922, le secrétaire général, succédant à Louis Delaine* qui venait de mourir. Le siège de la fédération confédérée était à Limoges 8, boulevard Saint-Maurice. Il voyagea dans le pays pour soutenir des ouvriers en grève. Il collabora à l’organe mensuel Le Travailleur du papier ainsi qu’au mensuel Le Travail, de l’Union départementale des syndicats de la Haute-Vienne dans lequel il publia, sous le titre « Journal d’un secrétaire de Bourse du Travail », une chronique qui prenait sa matière dans les faits de la vie quotidienne. Élu secrétaire général de l’UD au congrès du 4 août 1929, il était assisté de Lafargues* (secrétaire adjoint) et de Dennaud* (trésorier). Marcel Vardelle s’intéressa aussi à la jeunesse ouvrière : en 1924, il fonda l’Union sportive travailliste qu’il fit doter d’un stade "Jean-Jaurès".

Aux élections législatives de 1932, la Fédération socialiste SFIO de la Haute-Vienne le présenta dans la deuxième circonscription de Limoges, siège tenu par Jules Fraisseix*, communiste. Marcel Vardelle fut élu député au premier tour de scrutin par 9 524 voix sur 22 851 inscrits, 17 906 suffrages exprimés contre 4 712 au candidat républicain-socialiste et 3 604 au communiste Gabriel Texier*. En 1934, il fut élu conseiller général du canton de Pierre-Buffière et allait être réélu en 1937. En 1936, il ne fut réélu député qu’au second tour de scrutin. Sur 22 738 inscrits au premier tour, il se plaça en tête des candidats avec 8 033 voix, devant le communiste Le Noble (6 503 voix) et le socialiste indépendant Souchère (4 182 voix). Contre ce dernier, candidat de droite camouflé, Marcel Vardelle l’emporta au ballottage par 12 603 suffrages contre 4 815. Mal à l’aise dans le milieu parlementaire, il s’acquitta cependant de sa tâche comme défenseur des travailleurs. Les rapports qu’il signa concernaient les syndicats, les prud’hommes, les sociétés coopératives. Membre suppléant de la CAP, il fut élu en 1938 sur la motion Blum.

Le 20 juillet 1940, devant l’Assemblée nationale réunie à Vichy, Marcel Vardelle vota l’octroi des pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Pour cet acte, il fut exclu du Parti socialiste en son congrès de Paris (novembre 1944), à la Libération. Cette sanction lui fut cruelle et lui parut injuste : il prétendait n’avoir pas été assez guidé par les chefs du parti à Vichy et avoir été berné par le gouvernement qui promettait de soumettre les institutions nouvelles aux élus du peuple. Avec Sabinus Valière*, il présenta sa défense dans une brochure de dix-neuf pages : N’oubliez pas trop ! Un rappel pour les anciens. Une mise au point pour les jeunes. Se fondant sur ses révocations de la mairie et du conseil général, sur ses activités de résistant et sa qualité de détenu, à Saint-Paul-d’Eyjeaux, il demanda sa réintégration à la SFIO. Après la Libération, il se retira de la politique active, mais, pendant plusieurs années, fut conseiller juridique de l’union des syndicats « Force ouvrière ».

Quand survint, en 1947, la scission syndicale, Marcel Vardelle adhéra en effet à la CGT-FO. A soixante-dix huit ans, il était encore secrétaire chargé des questions de droit à l’UD, secrétaire du syndicat des employés de commerce et président du groupe des Vieux travailleurs FO.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133743, notice VARDELLE Marcel, Léon par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 août 2015.

Par Justinien Raymond

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SOURCES : Arch. Nat. F7/12023 et 13622. — Notes d’A. Perrier et de Jacques Girault. — CGT, Les Fédérations nationales d’insdustrie, leur fonctionnement, leurs militants, 1925, p. 408. — Le Populaire du Centre, 6 octobre 1969. — Le Monde, 7 octobre 1969. — Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, sous la direction de Jean Jolly, Paris, PUF, 1960-1972. — Correspondance avec M. Vardelle (1960).

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