VARAGNAT Henri, Alphonse, Auguste

Par Claude Pennetier

Né le 6 mai 1901 à Paris (VIe arr.), mort le 3 avril 1952 à Bondy (Seine, Seine-Saint-Denis) ; tourneur sur métaux ; socialiste puis communiste ; secrétaire général de la Région parisienne du PC ; maire de Bondy.

Henri Varagnat lors de l’installation du conseil municipal de Bondy en 1935
Henri Varagnat lors de l’installation du conseil municipal de Bondy en 1935
Archives municipales de Bondy, communiqué par François Ferrette

Fils d’un menuisier à la TCRP qui fut tué en 1915 et d’une teinturière, Henri Varagnat fut élevé par ses grands-parents, en Auvergne, car ses parents avaient divorcé peu après sa naissance. A l’âge de sept ans, il revint à Paris avec son père et sa belle-mère qui exploitait un débit de vins-hôtel. Il commença à travailler en 1914, après avoir obtenu son certificat d’études primaires, comme tourneur sur métaux. En 1919, c’est un vieil ami de son père avec lequel il travaillait chez Egros et Granger à Bondy qui le fit se syndiquer le 1er mai. Il participa, le mois suivant, aux grèves de la métallurgie parisienne.

En octobre 1919, Henri Varagnat entra à la section des Jeunesses socialistes de Bondy et milita pour former un club sportif. Il fut alors fortement influencé par le Comité de la IIIe Internationale (dirigé par Fernand Loriot). Il rallia d’ailleurs les rangs du Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) après avoir participé à la grève générale. Pendant son service militaire de 1921 à mai 1923, il fut emprisonné deux mois pour avoir diffusé Le Conseil rouge. A son retour, il fonda plusieurs cellules communistes et parfois des sections syndicales dans les usines, ce qui causa, à chaque fois, son renvoi.

Secrétaire adjoint de la section des Jeunesses communistes de Bondy en 1923, membre de l’Association républicaine des anciens combattants, il anima en juillet 1925 le Comité d’action de Bondy contre la guerre et participa à une école du Parti communiste. Henri Varagnat assurait en 1926 le secrétariat du sous-rayon local bien qu’il ait signé la lettre dite Lettre des 250 critiquant la politique suivie par l’Internationale communiste et le Parti communiste français (son nom a été déformé en Faragnat). Il avait écrit à Semard le 6 janvier 1926 : « Je te déclare que cette signature m’a été extorquée car si j’avais pu me douter que cette lettre avait des rapports avec le citoyen Souvarine, je ne l’aurais pas signée. » Il était responsable de la commission coopérative du 21e rayon et aurait été, selon un rapport de police, également secrétaire à l’agit-prop du 17e rayon. Varagnat, qui assistait à toutes les conférences régionales du Parti communiste depuis 1926, fut élu au bureau régional lors de la conférence du 24 mars 1929 qui eut lieu salle Reflut à Clichy (Seine) et où il fut arrêté parmi les 129 délégués (mais orthographié Varugnat dans les Arch. Nat., voir Maurice Ancelle*).

Henri Varagnat s’était marié en octobre 1924 avec la bonne de sa belle-mère, une jeune Corse née Peretti Catherine. Il écrivait en 1933 : « Ma femme n’est pas du Parti. Comme toutes les Corses elle avait beaucoup de préjugés religieux que je lui ai fait disparaître. Actuellement sympathisante mais n’a pas compris qu’un militant devait être toujours dehors de chez lui. » (RGASPI, 495 270 4979).

Permanent depuis décembre 1928, il entra au comité central du PC à l’issue du VIe congrès qui se tint à Saint-Denis du 31 mars au 7 avril 1929. Le mois suivant, il conduisit, sans succès, la liste du BOP avec Raymond Semard* aux municipales de Bondy. Accusé de provocation de militaires à la désobéissance en mai 1930, il déclarait alors être « employé à la mairie de Bobigny comme cantonnier ».

Secrétaire général de la Région parisienne, Henri Varagnat dénonça à la conférence nationale à La Bellevilloise les 9-12 mars 1930 « les méthodes mécaniques employées par le parti ». Il entra aussi, cette année-là, à la commission exécutive de l’Union syndicale unitaire des travailleurs de la Métallurgie de la région parisienne (voir Abel Bardin*). Directeur-gérant du Prolétaire de Drancy, il fut condamné le 25 juin 1930 à 3 000 F d’amende et à deux ans d’emprisonnement pour provocation de militaires à la désobéissance. Il était considéré comme responsable de l’appel que la Région parisienne du PC avait lancé à l’occasion du 1er Mai. Alors qu’il était incarcéré, notamment à la Santé où il donnait des cours de formation politique aux militants avec Gustave Galopin*, et à Clairvaux, il fut candidat en 1932 aux élections législatives dans le IIIe arrondissement de Paris. Il obtint 9,7 % des voix par rapport aux inscrits au premier tour et 5,1 % au second tour.

Après sa détention, Henri Varagnat, secrétaire du XIe rayon (Bobigy), fut embauché par la mairie de Bagnolet comme chef de la voirie et put poursuivre ses activités politiques. Il conduisit le 12 mai 1935 la liste antifasciste aux élections municipales et fut élu maire de Bondy à l’issue du scrutin.

Mobilisé au début des hostilités au parc de réparation de l’armée puis au 49e régiment d’infanterie, Henri Varagnat fut fait prisonnier par les Allemands, transféré au Stalag 12 B puis libéré le 12 juillet 1941. Rentré à son domicile de Bondy deux jours puis domicilié à Levallois, il entra comme manœuvre chez Rosembly. Il rencontra quelques difficultés pour trouver le contact avec le Parti communiste clandestin. Lorsque ce fut fait, Raymond Losserand* et Maurice Lacazette* l’associèrent à la direction de la région ouest, sous le pseudonyme de Amont. Il échappa au coup de filet du 16 mai 1942 qui décapita la direction parisienne. A l’automne 1942, Henri Varagnat était un des trois responsables « inter région parisienne » du Parti communiste avec Raymond Kieffer* et Jean Briquet*. Suite à l’affaire Losserand, les brigades spéciales menèrent d’août à octobre une série de filatures qui les conduisit à Briquet puis à Kieffer et Varagnat. Ni eux, ni les militants qui assuraient leur sécurité (le garde du corps de Varagnat était Louis Le Ballanger qui opposa une vive résistance aux policiers) ne virent le danger. Les 13-14 octobre trente-sept militants furent arrêtés, trente-deux furent inculpés. Son interpellation eut lieu le 14 octobre à 7 h 30 du matin à Paris. Il était porteur de faux papiers, de 21 000 F et reconnut être trésorier de l’inter-région. Après un séjour à Fresnes, les Allemands le déportèrent à Mauthausen le 25 février 1943. Associé un temps au triangle de direction communiste clandestin du camp de Gusen, il y connut quelques difficultés.

Henri Varagnat revint le 31 mai 1945 gravement malade et fut accueilli par deux mille personnes à son domicile. Le conseil municipal provisoire de Bondy l’avait compté parmi ses membres (arrêté du 4 novembre 1944) mais Varagnat ne fut pas candidat sur la liste communiste de 1945. Il fut élu conseiller municipal en 1947 et en 1948. Il mourut en cours de mandat des suites de sa déportation.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133738, notice VARAGNAT Henri, Alphonse, Auguste par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Claude Pennetier

Henri Varagnat lors de l’installation du conseil municipal de Bondy en 1935
Henri Varagnat lors de l’installation du conseil municipal de Bondy en 1935
Archives municipales de Bondy, communiqué par François Ferrette
Conseil municipal de Bondy en 1935
Conseil municipal de Bondy en 1935
Reproduit dans Jean Astruc, Histoire des gens de Bondy.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090, 13112, 13119 (orthographié Varugnat), 13771. — Arch. PPo. 101 et 321. — Arch. Dép. Seine, DM3 ; vers. 10451/76/1 et 10441/64/2. — Arch. Com. Bondy. — Arch. RGASPI, Moscou, 495/270/4979. — L’Humanité, 10 janvier 1926, 28 avril 1929, 28 juillet 1930, 13 mai 1935. — Le Journal de Saint-Denis, 18 mai 1935. — Notes de Jacques Girault et de Jean-Pierre Ravery.

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