VARAGNAC André. Pseudonyme : MICHAËL Georges

Par Nicole Racine

Né le 12 janvier 1894 à Paris (VIIe arr.), mort le 5 novembre 1983 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) ; conservateur des Musées nationaux (1937-1965), membre du Comité directeur de la revue Clarté (1923-1924).

Fils d’Émile Varagnac, conseiller d’État, André Varagnac, spécialiste du folklore et de la préhistoire, conservateur-adjoint du musée des Arts et Traditions populaires, dès sa création en 1937, André Varagnac, rejoignit au début des années vingt le mouvement « Clarté » comme d’autres intellectuels de la jeune génération du feu.

Né dans une famille bourgeoise, André Varagnac commença des études supérieures avant la guerre de 1914, études de philosophie à la Sorbonne et de droit. A dix-huit ans, en 1912, il fut présenté au Journal des débats où il publia des articles d’histoire littéraire. De santé fragile, ajourné pour le service militaire, il parvint cependant à s’engager en avril 1915 comme artilleur. En avril 1916, il fut envoyé devant Verdun, enterré vivant par un obus, sauvé par ses camarades ; en juin 1916, après avoir été un mois agent de liaison volontaire, il participa à l’offensive de la Somme, et fut de nouveau enterré par un obus. La santé très éprouvée, atteint par la grippe espagnole, il fut hospitalisé de l’été 1918 à sa démobilisation en décembre. Il garda toute sa vie des séquelles de ses blessures de guerre.

Très lié avec son oncle « à la mode de Bretagne », le socialiste Marcel Sembat — dont il publia le manuscrit posthume, La Victoire en déroute (1925) —, André Varagnac connut par lui de jeunes intellectuels combattants comme Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefebvre*, Noël Garnier*, Drieu La Rochelle ; il collabora au Crapouillot de Jean Galtier-Boissière* et devint secrétaire de rédaction de la revue L’Europe nouvelle de Louise Weiss ; celle-ci évoquera dans Une petite fille du siècle, les jeunes intellectuels révoltés qu’elle rencontra alors : « La haine de la guerre dominait leur comportement (...). Ils se reconnaissaient pour maître Henri Barbusse, l’auteur du Feu ». André Varagnac commença à lire Marx, puis Hegel et Lénine ; il suivait alors des cours à l’École du Louvre, et grâce aux relations de Marcel Sembat, il devint attaché libre au musée des Antiquités nationales (1919-1921).

Après la scission du congrès de Tours, il se prononça pour le nouveau parti, auquel avaient adhéré ses amis Vaillant-Couturier et Raymond Lefebvre. Dès 1921, il milita au Groupe Clarté, collabora à la revue Clarté, sous le pseudonyme de Georges Michael, pour ne pas gêner son père, Conseiller d’État. Il entra au Comité directeur de la revue en 1923 et occupa les fonctions de secrétaire de rédaction jusqu’en décembre 1924. André Varagnac participa à tous les numéros spéciaux de Clarté, défendit une conception révolutionnaire de la culture et se fit en 1924-25, l’introducteur à Clarté des idées de Camille Berth*. Celui-ci se réclamait de Pierre-Joseph Proudhon* et de Georges Sorel* et avait entrepris de renouveler les principes du syndicalisme révolutionnaire à la lumière de l’expérience bolchevique.

En 1924, pour répondre à la crise idéologique et matérielle de Clarté, André Varagnac chercha à établir des liens plus étroits avec les organismes culturels soviétiques et à infléchir la revue dans le sens d’une organisation collective du travail. Il exposa dans Clarté en juin 1925 un plan que Jean-Pierre Morel qualifie de « bolchevisation pratique de la revue ». Cette tentative de réorganisation qui entraîna la démission de Jean Bernier et suscita le désaccord de Marcel Fourrier* échoua finalement. Georges Michaël, qui désapprouvait le rapprochement de Clarté avec le groupe surréaliste, rompit avec la revue.

De 1923 à 1926, André Varagnac acheva ses études de philosophie à la Sorbonne (licence et diplôme d’études supérieures de psychologie expérimentale sous la direction de Georges Dumas). De 1926 à 1930, il fut professeur dans l’enseignement secondaire (professeur délégué au collège de Vitré en 1926, professeur titularisé en 1927 au Collège de Châlons-sur-Marne). Il milita à l’ITE et devint auprès de Léon Vernochet* qui en était secrétaire général, secrétaire général adjoint ; il participa à un congrès tenu à Luxembourg et à Bruxelles. Proche du psychologue Jean-Maurice Lahy*, qui réunissait de jeunes intellectuels attirés par le marxisme (Aurélien Sauvageot, Raoul Husson), il fréquenta le groupe d’études matérialistes, fondé par Lahy en 1933 avec Paul Langevin.

En 1931, il entra comme boursier à la Caisse nationale des Sciences pour préparer une thèse sur le folklore. En 1928, il avait créé la Société du Folklore français avec l’aide de James Frazer, en 1930 la Société de Folklore champenois. En 1934, Lucien Febvre* le prit comme secrétaire de la commission des recherches collectives du comité de l’Encyclopédie française.

Collaborateur depuis 1936 de Georges-Henri Rivière, chargé de créer un musée d’Arts et Traditions populaires, il fut nommé en 1937 conservateur adjoint du musée d’Arts et Traditions populaires, et participa à de nombreuses missions. En 1937, il fut secrétaire général adjoint du Congrès international de Folklore qui se réunit à Paris. Il rédigea le chapitre sur le folklore dans l’ouvrage dirigé par Célestin Bouglé, Les Sciences sociales en France (1937). Il fut nommé membre de la commission du régionalisme à l’Exposition internationale de 1937. Collaborateur de la Revue de synthèse, il organisa dans ce cadre les Journées de synthèse du Centre : « Le peuplement de l’Europe » (1938-1939) puis, après la guerre, « La civilisation occitane » (1945-1946) et « Les voies fluviales d’Europe » (1947-1948). Il fut secrétaire général du Centre international de synthèse de 1947 à 1949.

Remobilisé en septembre 1939, libéré fin 1939, il fut chargé en avril 1940 d’un dépôt de peintures du Louvre dans l’Orne ; il organisa avant la débâcle un premier convoi dans le Sud-Ouest. André Varagnac avait été détaché en octobre 1941 par les autorités de Vichy à la Préfecture de Toulouse pour la propagande et le développement de l’idée régionaliste dans la province de Toulouse. Par ses fonctions à la préfecture, il avait pu, selon Joël Perocheau, connaître à l’avance les arrestations, sauver ainsi des personnalités.

Après la libération, André Varagnac fut nommé conservateur adjoint au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), puis conservateur en chef en 1957.

Marié à Paris (IVe arr.) , le 28 avril 1923 avec Yvonne, Fortunée Delespaul, divorcé en juillet 1944, il s’était remarié à Paris( VIIe arr.), le 21 novembre 1944 avec Monique, Germaine Cazeaux dont il divorça en mars 1956.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133737, notice VARAGNAC André. Pseudonyme : MICHAËL Georges par Nicole Racine, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 26 février 2011.

Par Nicole Racine

ŒUVRE : Voir bibliographie scientifique dans Mélanges de préhistoire, d’archéocivilisation et d’ethnologie offerts à André Varagnac. Préf. de Gabriel Marcel, Paris, SEVPEN, 1971.

SOURCES : Arch. Nat. F1CIII. — Arch. Musée national des Arts et traditions populaires. — Bibl. Nat. : Fonds Jean-Richard Bloch. — Dictionnaire biographique contemporain, Pharos, 1954-1955. — Who’s who in France ?, 1971-1972. — Joël Perocheau, « André Varagnac 1894-1983 », article communiqué par le Musée des Antiquités nationales (4p.). — Louise Weiss, Mémoires d’une européenne. I. Une petite fille du siècle : 1893-1919, Albin Michel, 1978. — Nicole Racine, « Une revue d’intellectuels communistes dans les années vingt : Clarté (1921-1928) », Revue française de Science politique, juin 1967. — Georges Cogniot, Parti pris. Cinquante-cinq ans au service de l’humanisme réel. T I. D’une guerre mondiale à l’autre, Éditions Sociales, 1976. — P. Labérenne, « Le Cercle de la Russie neuve (1928-1936) et l’Association pour l’étude de la culture soviétique (1936-1939) », La Pensée, juin 1979. — Jean-Pierre Morel, Le roman insupportable. L’Internationale littéraire et la France (1920-1932), Gallimard, 1985. — Alain Cuénot, « L’itinéraire politique et culturel de « Clarté » et des intellectuels clartéistes, 1919-1928 », Fac. des Lettres de Besançon, 1986. — Notes de Jacqueline Pluet et Gilles Candar. — État civil de Paris.

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