VALLON Louis (fils)

Par Jean-Louis Panné

Né le 12 août 1901 à Crest (Drôme), mort le 1er mars 1981 à Paris (XIIIe arr.) ; polytechnicien ; militant socialiste de la Drôme et de Paris, puis néo-socialiste et à nouveau socialiste ; fondateur du groupe X-Crise ; résistant, député gaulliste, cofondateur de l’Union démocratique du travail, promoteur de la Participation.

Issu d’une famille socialiste (son père, Louis Vallon*, l’avait emmené entendre Jaurès), Louis Vallon fut élève à l’école primaire de Crest, au lycée de Valence puis au lycée Saint-Louis à Paris. Reçu à la fois à l’École polytechnique et à l’École normale supérieure en 1921, il choisit l’X. Il mena par la suite des recherches sur les ondes électromagnétiques qui l’amenèrent à déposer un brevet. Après son service militaire, il entra à la Radio-technique puis devint directeur commercial à la Compagnie des lampes (groupe Thomson) avant de travailler à la revue de presse de Radio-Paris.

Louis Vallon avait adhéré aux Jeunesses socialistes puis, en 1923, à la SFIO, appartenant à la tendance de Pierre Renaudel*. De 1930 à 1933, il fut l’un des principaux collaborateurs de l’hebdomadaire fédéral La Volonté socialiste. Ce lecteur de Marx (« Il avait lu tout Marx la plume à la main », devait dire l’un de ses anciens camarades), appela dès 1930 à rester « fidèle à l’esprit de Marx plus qu’à la lettre du marxisme » (La Vie socialiste), soulignant le fait que la prolétarisation des masses prévue par le théoricien du siècle précédent n’avait pas eu lieu et souhaitant une « organisation rationnelle de la vie économique », un « socialisme institutionnel ». Il situait l’origine de la crise que connaissait alors le socialisme, dans la « juxtaposition d’une action quotidienne purement réformiste à une doctrine révolutionnaire ». Cet écart entre l’idée et l’action, Louis Vallon s’employa à le combler en participant à de nombreux groupes de réflexion. Il fut dès l’origine membre de X-Crise (Centre polytechnicien d’études économiques), créé en 1931, puis de X-collectiviste (Centre polytechnicien d’études collectivistes). Il participa aux activités du Cercle d’études sociales des Amis de Monde, y prononçant notamment une conférence sur la crise économique et les 40 h, dès février 1933. Il donna à l’hebdomadaire d’Henri Barbusse plusieurs articles très significatifs de son indépendance d’esprit, tel celui qu’il consacra aux « Polytechniciens et la crise » (Monde, 26 juin 1932) ou celui intitulé « Socialisme en uniforme ». En effet, à la suite d’un voyage en Allemagne en 1933, il proposait son analyse du national-socialisme : « Les jeunes nationaux-socialistes ne sont pas d’autres hommes que ceux qui constituaient les troupes des anciens partis déchus. Ils ne sont, pris individuellement, ni meilleurs ni pires que d’autres », pour enfin dénoncer le « nationalisme mythologique » si « spécifiquement germanique » qui théorise « la déification de l’instinct animal de l’irrationnel », donnant au phénomène nazi une dimension psychologique.

Louis Vallon fut l’un des signataires du Plan du 9 juillet élaboré début 1934 par des jeunes fonctionnaires, des jeunes de la SFIO ou du Parti radical, des néo-socialistes et des Croix-de-Feu, sous l’autorité de Jules Romains*. Il s’intéressait alors beaucoup aux travaux de François Simiand*. Séduit par le planisme qu’il interprétait comme une reviviscence du saint-simonisme, Louis Vallon prit la parole à la Sorbonne lors de la venue de l’inspirateur du planisme, le socialiste belge Henri de Man, le 10 décembre 1934. Il participa au Bureau d’études économiques de la CGT, créé en mars 1934, dans lequel se retrouvaient des économistes (François Simiand, François Delaisi* Jean Duret*, Lucien Laurat*), des professeurs (Ludovic Zoretti*, Georges Lefranc, etc.), des ingénieurs, des historiens (Paul Mantoux*). Naturellement il devait appartenir au comité de rédaction de L’Atelier pour le Plan, revue publiée par le bureau d’études de la CGT en 1935-1936 (voir Georges Lefranc*). En mai 1936, il publia ses propres réflexions sur la question du crédit et de l’endettement sous un titre qui révélait son pragmatisme : Socialisme expérimental.

Ce socialiste résolument révisionniste fut aussi un militant de terrain. De 1929 à 1933, Louis Vallon milita également dans son département d’origine et occupa les fonctions de délégué à la propagande de la Fédération de la Drôme. Il représenta cette dernière aux congrès nationaux de Bordeaux (1930), Tours (1931), Paris (1933). La circonscription de Die — dont Crest faisait partie — était la seule à échapper à la SFIO, après le triple succès électoral de Jules Moch*, René Brunet* et Marius Moutet* en 1928. Candidat aux élections législatives de 1932 dans cette circonscription, Louis Vallon — dont la campagne fut animée notamment par Raymond Abellio (voir Georges Soulès*) — n’obtint que 2 480 voix contre 7 816 au radical Archimbaud.

En 1933, Louis Vallon quitta la SFIO pour rejoindre le Parti socialiste de France et fut membre de son Conseil central. Réintégré en février 1936 à la 5e section SFIO de la Seine, il fut appelé par Léon Blum à la direction des émissions économiques et sociales de la Radiodiffusion. En mars-avril 1937, il publia dans La Volonté socialiste, une série d’articles sur « le problème de l’unité ». Parallèlement, il collabora à L’Homme réel et à Syndicats où il tint une rubrique économique. Très critique envers le Front populaire qui n’avait pas su « avoir la politique économique de sa politique sociale », il se rapprocha de la Gauche révolutionnaire et collabora aux Cahiers rouges, la revue théorique de cette tendance (« Inquiétudes et espoir », juin-juillet 1938). En septembre 1938 il se rangea parmi les antimunichois. A cette époque, il appartenait aussi à l’Union des techniciens socialistes et collaborait épisodiquement à sa revue : Études socialistes.

Mobilisé en 1939 comme capitaine dans une unité stationnée aux abords de la ligne Maginot, Louis Vallon fut fait prisonnier et interné dans un Oflag (XIII A) d’officiers. Grâce à sa femme, Suzanne Braun, il obtint un congé de captivité en 1941 et rejoignit aussitôt la Résistance. En relation avec Pierre Brossolette*, André Philip*, Christian Pineau*, il entra au réseau « Libération-Nord » puis devint l’un des agents du colonel Rémy (Confrérie Notre-Dame) sous le pseudonyme de Raucourt. La Résistance fut déterminante dans son évolution politique. Louis Vallon devait écrire : « Grâce à lui [C. de Gaulle], l’histoire reprend pour les Français, le visage de l’espoir... Je deviens donc "gaulliste". Depuis ma jeunesse j’étais socialiste ; je le reste aussi.. Je rejoins de Gaulle en juillet 1942, fidèle à la fois à mon pays et à moi-même » (L’histoire s’avance masquée).

A la suite d’une trahison qui provoqua de nombreuses arrestations, Louis Vallon et son épouse, furent contraints, en juillet 1942, de gagner Londres via Gibraltar (en compagnie d’André Philip). Le 4 août 1942, le colonel Passy lui confia la direction de la section non-militaire du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), les services spéciaux de la France libre. Il s’occupa plus spécialement de la réorganisation du mouvement syndical.

En avril 1943, Louis Vallon fut nommé à Beyrouth directeur des affaires économiques des États du Levant et, en juin, devint membre de l’Assemblée consultative provisoire. Il choisit ensuite de rejoindre une unité combattante. Chef d’état-major adjoint de la 1re Division française libre, il fonda et commanda le 1er groupe des commandos parachutistes de France qui fit la campagne de France (Vosges, Alsace) au cours de laquelle il fut blessé. Fin 1944, le général de Gaulle en fit le directeur adjoint de son cabinet. Toujours aussi non-conformiste, Louis Vallon commençait une seconde carrière politique. En 1946, il fut nommé directeur des Monnaies et médailles.

Il participa à la fondation du Rassemblement du peuple français (avril 1947) et prit les fonctions de délégué général pour la région parisienne le mois suivant. Surtout, Louis Vallon fut secrétaire général à l’action ouvrière et sociale et donna de nombreux articles à Rassemblement et Rassemblement ouvrier. Ardent partisan de l’Association capital-travail, il assignait au gaullisme la mission de « transformer la France de façon [à ce] que les ouvriers puissent y avoir des racines », considérant que lutter contre les communistes ne signifiait pas « nécessairement défendre les intérêts exclusifs des possédants » et « s’opposer à ce que les travailleurs aient leur légitime part des fruits du travail commun dans les entreprises ». Partisan de l’intégration du prolétariat grâce à la "réforme de l’entreprise par l’association", il fut élu député RPF de la Seine (IVe secteur, Ivry-Saint-Maur-des-Fossés) en 1951. En 1953, après l’échec du RPF, il constitua une Union des républicains d’action sociale (URAS) et publia le journal Seine-Banlieue, auquel collaboraient Claude Bourdet*, Paul Rivet*, Jean Cassou*, Gilles Martinet* et Pierre Stibbe*. Le journal devait devenir l’organe des groupes « Indépendance et Progrès ». Louis Vallon qui salua l’action de Pierre Mendès France était à l’époque député non-inscrit. Il fut l’un des opposants à la constitution de la CED.

En juillet 1955, Louis Vallon fonda l’Union démocratique du travail avec René Capitant*, Yvon Morandat* et Jean de Lipkowski. En novembre de la même année, il proposa la création d’un « Front populaire », incluant les communistes, donnant ainsi à son action une orientation encore plus marquée à gauche. Ensuite, il se rapprocha de la Nouvelle gauche. Candidat aux législatives de janvier 1956 sur une liste d’action républicaine et sociale pour l’union des gauches, il fut battu. Peu après, il fut réintégré dans l’administration des Finances.

En 1959, il réactiva l’Union démocratique du travail et devint le responsable du journal de ce mouvement, Notre République. La même année, Louis Vallon fut nommé au Conseil économique et social où il siégea jusqu’en 1962 puis en 1967-1968. Après la fusion de l’UDT avec l’UNR, il fut élu député de Seine-et-Oise (10e circonscription), en 1962. Nommé rapporteur général de la commission des finances de l’Assemblée nationale, il fit adopter l’amendement qui porte son nom (12 juillet 1965) en faveur de l’intéressement des salariés dans les entreprises. Réélu député UDR en 1968 (XVIIIe arr. de Paris), Louis Vallon devait s’opposer avec force à Georges Pompidou qu’il accusa d’avoir provoqué l’échec du référendum de 1969 et par conséquent le départ du général de Gaulle. Après la publication de son pamphlet L’Anti-de Gaulle, il fut exclu des rangs de l’UDR en novembre 1969 et fut à nouveau député non-inscrit. En 1974, il appela à voter pour François Mitterrand.

Louis Vallon, qui était officier de la Légion d’honneur et décoré de la Croix de guerre avec palmes ainsi que de la Médaille de la Résistance, fut inhumé dans son village natal. Un de ses camarades aux Étudiants socialistes, Francis Raoul, rappelant ses origines huguenotes, devait dire de lui que par tradition familiale, Louis Vallon était « républicain, patriote et socialiste ». Aussi bien dans le mouvement socialiste que dans le mouvement gaulliste, Louis Vallon adopta des positions originales qui firent parfois de lui un marginal.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133559, notice VALLON Louis (fils) par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 avril 2019.

Par Jean-Louis Panné

ŒUVRE : Collaboration aux journaux et revues cités. — Socialisme expérimental, Centre polytechnicien d’études économiques, 1936. — Salaires et niveaux de vie, Institut supérieur ouvrier, 1938. — Le Dilemme français, Denoël, 1951. — L’Histoire s’avance masquée, Julliard, 1957. — La France fait ses comptes (préf. de P. Mendès France), PUF, 1959. — Le Grand dessein national, Calmann-Lévy, 1964. — L’Anti-de Gaulle, Le Seuil, 1969. — De Gaulle et la démocratie, La Table ronde, 1972.

SOURCES : Arch. Dép. Drôme. — Louis Vallon ou la politique en liberté. De Jaurès à de Gaulle (présentation G. Brun), Économica, 1986. — Georges Lefranc, « Le courant planiste dans le mouvement ouvrier français de 1933 à 1936 », Le Mouvement social, janvier-mars 1966. — Georges Lefranc, Essais sur les problèmes socialistes et syndicaux, Paris, Payot, 1970. — P. Guiol, L’Impasse sociale du gaullisme, Presses FNSP, 1985. — La Volonté socialiste, 1930-1937. — Monde, 28 janvier 1933. — Le Monde, 7 novembre 1969, 3 mars 1981. — Espoir, n° 39, juin 1982 [articles de G. Palewski, J. Fleury, F. Raoul, Yves Rocard, colonel Rémy]. — Notes de R. Pierre.

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