VALET Henriette

Par Jean Prugnot, Christian Henrisey

Née le 8 juin 1900 à Paris (VIIIe arr.), morte le 28 décembre 1993 à Paris (XVIe arr.) ; employée des PTT, journaliste, écrivaine.

Cette biographie de l’épouse du philosophe Henri Lefebvre a été mise à la Une à l’occasion de la réédition de son roman Madame 60 bis, Paris, Éd. Grasset, 1934 (réédition en 2019, Éd. L’Arbre vengeur).

Lors de sa naissance, son père Joseph Valet, âgé de 31 ans, était tailleur d’habits, sa mère Marie Gilberte Thenance, âgée de 22 ans, déclarée sans profession. Le couple résida rue du Faubourg Saint Honoré à Paris. Les deux témoins qui accompagnent le père lors de cette déclaration de naissance, le surlendemain, sont également tailleurs d’habits.
Née dans une famille d’ouvriers et artisans tailleurs, Henriette Valet dont le père était un syndicaliste actif, vint très jeune à Moulins (Allier). Elle aurait probablement appris un métier manuel s’il n’y avait eu la guerre qui réduisit l’activité des ateliers et des magasins. Après avoir obtenu le brevet élémentaire, elle entra comme téléphoniste dans l’administration des PTT. Aimant la lecture, et influencée par sa sœur aînée qui, dès l’âge de quatorze ans, écrivait des poèmes et des romans, elle aurait essayé elle-même d’écrire « des livres à thèse » après son départ pour Paris où elle continua d’exercer son métier dans un central téléphonique.

Le hasard voulut qu’Henriette Valet rencontrât chez une amie de jeunes intellectuels révolutionnaires : Pierre Morhange, Norbert Guterman, Michel Matveev et Henri Lefebvre qu’elle devait épouser par la suite. Ceux-ci lui prodiguèrent des conseils pour ses lectures. Ainsi amenée à découvrir des œuvres qu’elle ignorait, dont Jean-Christophe de R. Rolland, elle comprit que « la littérature n’était pas un jeu ni un passe-temps, mais une action ». Ses amis, auxquels elle avait raconté sa vie, l’engagèrent vivement à en faire le récit. Et Henriette Valet, pendant ses heures de liberté, reprit la plume. « Je suis téléphoniste, c’est un dur métier, énervant, avec des heures de présence irrégulières. Et j’écris très lentement, confiait-elle, je refais dix fois la même phrase... » Henry Poulaille a raconté dans Le Peuple comment Norbert Guterman, lui apporta un jour, enfin, le manuscrit de Madame 60 Bis. Le roman parut en 1934 aux Éditions Grasset. Henriette Valet, qui ne connaissait pas Neel Doff, n’avait pu être influencée par elle, mais celle-ci fut la première à témoigner de la valeur exceptionnelle de l’œuvre. Ce roman, qui ne comporte aucune intrigue, est un récit pathétique dont l’action se situe à la maternité de l’Hôtel-Dieu, à Paris. « Je n’ai pas eu à chercher des thèmes, à inventer des situations, devait écrire plus tard H. Valet, j’ai vécu ce que j’ai écrit. » Henriette Valet fut cette « Madame 60 Bis » depuis le soir où elle poussa la porte de cet asile-refuge de la maternité jusqu’au jour où elle le quitta avec son enfant.
Henry Poulaille la fait connaître en 1933 en publiant dans le numéro 2 de la revue Prolétariat qu’il dirigeait, un texte qu’elle consacra au métier des "Téléphonistes". Dans ce court récit Henriette Valet souligne aussi la double journée accomplie par les femmes : « Nous sommes machines parmi les machines […] Dès la sortie, beaucoup retrouvent les minuscules besognes, le ménage, la lessive, la cuisine, et les enfants qui réclament, les courses, les ravaudages. »

Le Peuple alors quotidien de la CGT consacra deux articles à son roman Madame 60 bis paru en 1934. L’un est de Henry Poulaille lui-même. L’autre émane de Marcel Lapierre, chef de la rubrique littéraire, une semaine plus tard. Il est accompagné d’une photographie d’Henriette Valet à son poste de travail au téléphone.


Dans un second roman, Le Mauvais temps, publié en 1937, et dont l’action se passe en 1914, Henriette Valet fit appel à ses souvenirs d’adolescence pour faire revivre toute une galerie de personnages qu’elle avait connus et qu’elle présenta avec un certain souci de stylisation artistique.

Dans les années d’avant-guerre, sans abandonner son métier, Henriette Valet travailla comme journaliste à Ce Soir, journal pour lequel elle fit de longs reportages.

Elle s’était mariée le 29 septembre 1936 à Paris (IIIe arr.) avec Henri Lefebvre, « professeur » et philosophe, Elle se déclarait alors « écrivain ». Ses parents (son père, tailleur, sa mère, sans profession) résidaient toujours à Moulins (Allier). Ce mariage fut dissous par jugement rendu le 16 janvier 1980 (Henri Lefebvre se remaria le 18 décembre 1981 avec Catherine Régulier). Henriette Valet mourut à Paris (XVIe arr.)e à l’âge de 93 ans en 1993.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133458, notice VALET Henriette par Jean Prugnot, Christian Henrisey, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 13 avril 2019.

Par Jean Prugnot, Christian Henrisey

ŒUVRE : Madame 60 bis, Paris, Éd. Grasset, 1934 (réédition en 2019, Éd. L’Arbre vengeur). – Le Mauvais temps, Paris, Éd. Grasset, 1937. — "Les téléphonistes", contribution au numéro de Prolétariat. Les PTT par les postiers, N° 2, août-septembre 1933.

SOURCES : État civil parisien, Archives de Paris (acte de naissance n° 1060, 1900, Paris 8e, acte de mariage n° 607, 1936, Paris 3e) ; état civil d’Hagetmau (mentions marginales portées à l’acte de naissance d’Henri François Marie Lefebvre). — H. Poulaille, « Littérature prolétarienne. Un début : Henriette Valet », Le Peuple, 5 mars 1934. Marcel Lapierre, « Un livre de femme. Madame 60 bis. Roman d’Henriette Valet », Le Peuple,, 14 mars 1934. H. Lefebvre, « Madame 60 bis », NRF, 1934. — L. Massé, « Henriette Valet », Lectures du Soir, 1934.
Biographie d’Henri Lefebvre dans le Maitron.

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