ULMANN André, Maurice

Par Bernard Laguerre

Né le 29 septembre 1912 à Paris (XVIe arr.), mort le 5 septembre 1970 à Paris (XIVe arr.) ; journaliste et écrivain ; secrétaire de rédaction de la revue Esprit puis de Vendredi ; résistant ; délégué à l’Assemblée consultative provisoire, rédacteur en chef de La Tribune des nations.

Issu du mariage en secondes noces de Mathias Ulmann, alsacien ayant émigré au Brésil dans les années soixante-dix, avec Jane Sarah Bernheim, André Ulmann naquit à Paris, dix ans après le retour de son père (négociant sur l’acte de naissance). Sa famille s’étant réfugiée en Suisse à la déclaration de guerre, il vécut six ans à Porentruy avant de s’installer, en 1920, à Neuilly.

Après des études au lycée Pasteur, André Ulmann s’inscrivit, en 1929, à la Faculté de droit et à la Faculté des lettres. Il fut reçu bachelier en droit mais son père étant décédé, il dut abandonner ses études et devint journaliste à l’Information sociale de Charles Dulot. Collaborateur épisodique d’Édouard Daladier pour lequel il rédigea certains articles destinés à L’œuvre, il rencontra, en 1931, Emmanuel Mounier chez Jacques Maritain, à Meudon, par l’intermédiaire de Georges Izard. Les deux hommes sympathisèrent, et l’année suivante, André Ulmann participa au congrès fondateur d’Esprit qui se tint à Font-Romeu, du 16 au 23 août 1932.

Commença alors une collaboration qui dura quatre ans. Nommé secrétaire de rédaction de la revue, dont le premier numéro parut le 1er octobre 1932, André Ulmann fut, durant cette période, l’un des principaux animateurs d’Esprit, ce qui l’amena notamment à accompagner Emmanuel Mounier lorsque celui-ci se rendit à Rome, en mai 1935. Outre son travail de coordinateur, il fut responsable d’un groupe de réflexion sur la situation économico-sociale du pays, et donna à ce titre de nombreux articles mettant en lumière la perversité d’un système dans laquelle l’économique impose sa loi à la société au lieu de lui être soumis. Mais la situation politique l’intéressa également et ce fut dans la collection « Esprit » qu’il publia en 1935 son premier livre : Quatrième pouvoir. Police (Aubier-Montaigne).

Écrit sous le coup des événements du 6 février 1934, ce livre, qui analysait la menace que faisait peser sur les libertés publiques la toute puissance de l’institution policière, attira l’attention d’André Chamson*, qui s’apprêtait alors à fonder, avec Andrée Viollis et Jean Guéhenno, l’hebdomadaire Vendredi. André Ulmann qui travaillait déjà au Peuple, fut approché puis recruté ; il devint secrétaire de rédaction du nouveau journal (voir Louis Martin-Chauffier*), poste qu’il occupa jusqu’à la disparition de la publication en novembre 1938. Parallèlement à cette fonction, il fut chargé de la page « jeunes » de l’hebdomadaire et anima, avec André Wurmser*, les groupes « Savoir » qui réunissaient les amis de Vendredi et leur proposaient des activités culturelles. En 1938, il collabora également à Messidor (voir Louis Thomas*).

En décembre 1937, André Ulmann épousa Suzanne Tenand et ils eurent un fils, Fabrice, en 1940, et une fille, Caroline, en 1946. L’année suivante, Vendredi disparut, et André Ulmann travailla au lancement d’une nouvelle revue : la Nouvelle saison, puis, en compagnie d’Armand Petitjean, à celui d’un journal : le Courrier de Paris et de la province, dont le premier numéro sortit le 1er septembre 1939. Quelques mois auparavant, en mars, il avait participé, avec Charles Tillon* et d’autres parlementaires européens, à la mission du Lézardrieux qui, partie de Marseille, était allée recueillir à Valence pour les évacuer vers la France les combattants républicains espagnols les plus menacés par l’avance franquiste.

Mobilisé, André Ulmann fut versé au 133e régiment d’infanterie de forteresse, sur la ligne Maginot. En juin 1940, il fut fait prisonnier et fut envoyé au Stalag XI B, en Prusse orientale. Là, tout en écrivant un roman, La Conjuration des habiles, qui sera publié quelques années plus tard (J. Vigneau, 1946), il anima, sous l’égide de ce qui allait devenir le Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et déportés (MRPGD), un réseau de fabrication de faux papiers qui permit à quelques centaines de prisonniers d’être libérés pour raisons sanitaires ou familiales. Lui-même profita du système en 1943 et, le 1er mars de cette année-là, se retrouva à Lyon, sous l’identité d’Antonin Pichon, professeur de lettres. Démobilisé, il entra dans la clandestinité et effectua, pour le compte du MRPGD, plusieurs missions en Suisse et en Allemagne dont il rendit compte au général de Gaulle dans une longue note datée du 16 juin 1943. C’est alors qu’il s’apprêtait à rejoindre Alger qu’il fut arrêté, le 1er septembre 1943, par la Gestapo, emprisonné au fort de Montluc puis condamné à mort par le tribunal militaire allemand. A la suite d’une erreur de nom, il fut transféré, en février 1944, à Compiègne puis déporté, comme politique, à Mauthausen (Autriche).

Responsable au kommando de Melk, André Ulmann contribua à organiser, sous le nom d’Antonin Pichon, la résistance intérieure au camp et participa, en avril 1945, à la libération de celui-ci. Rapatrié en mai, il fut délégué par le MNPGD (né en mars 1944 de la fusion du MRPGD, du MNPG et du CNPG) à l’Assemblée consultative provisoire. Il y prononça un seul discours. Habitué de la rue Saint-Benoît, où trônait alors Marguerite Duras, collaborateur épisodique d’Europe, revue dans laquelle il publia « Souvenirs de voyage », il devint en avril 1946, rédacteur en chef de La Tribune des nations, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort.

Intervenant peu dans le combat politique français (ce qui ne l’empêcha pas de publier, en 1947, dans Les Lettres françaises, sous le pseudonyme de Sim Thomas, une violente attaque calomnieuse contre Victor Kravchenko, décrit comme un ivrogne et un menteur), André Ulmann se consacra désormais essentiellement aux questions de politique étrangère. Collaborateur de Parallèle 50, le « journal le mieux informé sur les démocraties populaires », il visita en 1947-1948 la Pologne, la Hongrie et la Roumanie, et joua peut-être un rôle dans le rapprochement entre gaullistes et communistes auquel donna lieu le débat sur la CED. En 1946, il publia L’Humanisme du XXe siècle (A l’enfant poète), et en 1968, avec Henri Azeau, Synarchie et le pouvoir (Julliard). En 1969, Christian Bourgois publia ses poèmes du camp, rédigés lors de son emprisonnement à Mauthausen.

Tombé gravement malade en 1969, André Ulmann mourut, le 5 septembre 1970, à l’hôpital Cochin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133316, notice ULMANN André, Maurice par Bernard Laguerre, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Bernard Laguerre

SOURCES : M. Goldschimdt et Suzanne Tenand-Ulmann, André Ulmann ou le juste combat, Société des éditions internationales, 1982. — D. Grisoni, G. Hertzog, Les Brigades de la mer, Grasset, 1979. — Annie Kriegel, Ce que j’ai cru comprendre, R. Laffont, 1991. — J.-L. Loubet del Bayle, Les Non-conformistes des années trente, Seuil, 1969. — Cl. Morgan, Les Don Quichotte et les autres, G. Roblot, 1979. — Cl. Roy, Nous, Gallimard, 1972. — P. Daix, J’ai cru au matin, R. Laffont, 1979. — M. Winock, Histoire politique de la revue « Esprit », Seuil, 1975. — C. Tillon, On chantait rouge, R. Laffont, 1977. — Le Monde, 8 septembre 1970.

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