UHRY Jules

Par Justinien Raymond

Né à Constantine (Algérie) le 12 novembre 1877 ; mort à Neuilly-sur-Seine le 13 février 1936 ; avocat ; militant socialiste ; maire de Creil ; député de l’Oise.

Jules Uhry
Jules Uhry
L’Encyclopédie socialiste

J. Uhry était le fils d’un instituteur israélite d’origine alsacienne, envoyé en disgrâce à Constantine sous l’Empire, qui se fit commerçant et devint premier adjoint et conseiller général. Après des études secondaires en Algérie, Jules Uhry étudia le droit à la Faculté de Paris et s’inscrivit au barreau comme avocat. En 1895, à dix-huit ans, il avait adhéré au Groupe des étudiants collectivistes et, désormais, ne quitta plus le mouvement socialiste. En 1899, il représenta le syndicat des menuisiers-ébénistes de Carmaux (Tarn) au premier congrès général des organisations socialistes tenu à Paris, salle Japy et l’Union des travailleurs socialistes du 4e arr. de Lyon (Rhône) au second congrès tenu salle Wagram (1900). Au cours des regroupements qui suivirent, J. Uhry entra, dès sa naissance en 1902, au PSF de Jaurès dont il fut le collaborateur à l’Humanité comme rédacteur judiciaire.

Tout en exerçant sa profession d’avocat, en mettant souvent son talent au service des organisations syndicales et des militants poursuivis, J. Uhry fut un propagandiste actif et il le demeura dans le Parti socialiste SFIO. Propagande parlée, action par la presse, vie intérieure du Parti, campagnes électorales furent son lot de militant pendant des années. Il représenta la fédération d’Algérie au congrès d’unité à Paris, salle du Globe (avril 1905), la Lorraine aux congrès de Chalon-sur-Saône (octobre 1905), la Lorraine et la Seine à Limoges (novembre 1906). Au congrès de Nancy (août 1907), il portait les mandats de Meurthe-et-Moselle. Il y demanda la protection de la main-d’œuvre ouvrière nationale contre l’abus que le patronat faisait de la main-d’œuvre étrangère, inorganisée, sans protection sociale, vivant toujours sous la menace de l’expulsion. L’essentiel, dit-il, est d’agir sans renier notre internationalisme : il faut assurer le contrôle de l’embauche par les Bourses du Travail, assurer à ces ouvriers la liberté syndicale, la garantie du séjour, les mêmes droits sociaux qu’aux ouvriers français. Il cita un exemple de discrimination : les Français ont droit à une rente au titre des accidents du travail, les étrangers ne peuvent prétendre qu’au remboursement du capital versé. Jules Uhry représenta la même fédération de Meurthe-et-Moselle aux congrès de Toulouse (octobre 1908) et de Saint-Étienne (avril 1909). À Saint-Étienne, il défendit l’Humanité, accusée par Chastanet, de l’Isère, d’être à la solde des puissances d’argent pour avoir fait de la réclame en faveur des produits Maggi. Uhry opposa le plus formel démenti, attestant de la liberté totale du journal au cours du procès récent de cette société. Il fut délégué du Puy-de-Dôme, de Loir-et-Cher et de la Haute-Saône au congrès de Paris (juillet 1910), du Puy-de-Dôme seul à Saint-Quentin (avril 1911) et à Lyon (février 1912). Il appartenait depuis 1910 à la section socialiste de Courbevoie. C’est à Lyon que J. Uhry défendit avec vigueur le droit pour les socialistes d’appartenir à la Franc-Maçonnerie. Lui-même y occupait un rang élevé : à sa mort, il appartenait à la loge « La Lumière ». En plus des mandats du Puy-de-Dôme, il détenait ceux de l’Oise et de la Seine au congrès de Brest (mars 1913) et ceux de l’Oise seulement à Amiens (janvier 1914). C’est la fédération de l’Oise seule, dont il était l’élu, qu’il représenta aux deux derniers congrès unitaires : de Strasbourg (février 1920) et de Tours (décembre 1920). Après ce dernier, il demeura à la SFIO.

J. Uhry mena plusieurs campagnes électorales dans les divers départements où s’attacha sa propagande. Le 8 octobre 1905, à l’élection partielle de la 2e circonscription de Nancy (Meurthe-et-Moselle), il recueillit 1 327 voix contre le candidat de droite Louis Marin. Aux élections générales de 1910, dans l’arr. d’Issoire (Puy-de-Dôme), il obtint 1 701 suffrages. Avec 1 704 suffrages, il lui manqua une voix, le 27 juin 1912, pour être élu conseiller général dans le canton de Courbevoie. Il s’attacha alors à la circonscription de Creil (Oise). En 1914, il obtint 2 932 voix contre 5 300 au candidat de droite et 4 800 au candidat radical dont il assura l’élection au second tour par son désistement. Après la guerre de 1914-1918 qu’il fit de bout en bout, Jules Uhry, tête de liste socialiste, fut seul élu le 16 novembre 1919 et réélu avec le Cartel des gauches en 1924. En 1919 aussi, il fut élu conseiller général du canton de Creil, conseiller municipal et maire de cette ville dont il présida à la reconstruction et pour laquelle il fut un administrateur avisé. En 1928, il conquit le siège de la 2e circonscription de Senlis : au premier tour, il recueillit 4 962 voix sur 13 165 votants ; le désistement du candidat radical-socialiste assura son succès au second tour par 6 785 suffrages sur 12 870 votants. En 1932, sur 15 654 inscrits, J. Uhry s’éleva de 5 751 à 6 200 voix du premier au second tour et fut battu par les 6 228 voix du candidat républicain-socialiste, l’avocat Chauvel. Mais ce dernier fut invalidé et, le 22 janvier 1933, J. Uhry retrouvait son siège, son adversaire communiste étant P. Vaillant-Couturier. De 1930 à 1931, un conflit divisa la fédération socialiste de l’Oise : une campagne acharnée fut menée contre J. Uhry par quelques militants, dont Ruillier, et attisée par ses adversaires de droite. Exclu par sa fédération, il fut réintégré par la commission nationale des conflits du Parti socialiste et, le 17 mai 1932, le congrès départemental de la fédération socialiste de l’Oise ratifia cette décision par 87 mandats contre 28 et 19 abstentions.

J. Uhry devait mourir quelques mois avant l’achèvement de son quatrième mandat parlementaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article133313, notice UHRY Jules par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 juillet 2015.

Par Justinien Raymond

Jules Uhry
Jules Uhry
L’Encyclopédie socialiste

œUVRE : J. Uhry collabora au Prolétaire de Brousse, à l’Humanité, au Mouvement socialiste de Lagardelle, au Populaire, et aux Annales de l’Économie collective d’Edg. Milhaud (1927), au Cri Populaire de l’Oise dont le premier numéro parut le 30 octobre 1921.
Avec E. Lafont, il écrivit la brochure L’Aventurier contre la loi — L’Étranglement de la grève des cheminots, Paris, 1910, 32 p. (Préface de Jean Jaurès). Cet écrit dénonce la politique de Briand.

SOURCES : Arch. Ass. Nat. dossier biographique. — Comptes rendus du congrès socialiste de la salle Japy (décembre 1899) et des congrès de la SFIO, de 1905 à 1914. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., p. 466, III, p. 212 et La France socialiste, op. cit., p. 26. — Collections de l’Humanité et du Populaire. — Jules Uhry, « La ville de Creil et ses syndicats de communes », in Les Annales de l’Économie collective (1927).

ICONOGRAPHIE : Les Fédérations III, op. cit., p. 210.

Version imprimable Signaler un complément