Né le 27 août 1906 à Ivry-sur-Seine (Seine), mort le 4 avril 1991 à Créteil (Val-de-Marne) ; ouvrier bijoutier puis correcteur ; secrétaire de la CGT-SR de 1934 à 1938 ; secrétaire de la CNT française après la Seconde Guerre mondiale.

Fils d’une concierge devenue veuve en 1910 et remariée avec un menuisier, Julien Toublet reçut une formation professionnelle de bijoutier et adhéra, au début des années vingt, au syndicat du Bijou parisien (affilié à la CGTU) où les traditions libertaires étaient demeurées vives, ainsi qu’aux Jeunesses syndicalistes, de tendance syndicaliste révolutionnaire. Au sein de la CGTU, il milita en particulier dans les comités de chômeurs. Appelé au service militaire en 1926, il réussit à être ajourné d’une année puis à se faire verser dans un service de santé, évitant ainsi le départ en Syrie.
Tout en conservant des liens avec son syndicat d’origine qui comptait plus d’un millier de membres, Julien Toublet se rapprocha de la Confédération générale du travail syndicaliste révolutionnaire (fondée en 1926) à laquelle il adhéra en 1932. Reconnaissant l’inspirateur de la CGT-SR, Pierre Besnard*, comme son maître à penser, il rejoignit aussi l’Association internationale des travailleurs dont la CNT espagnole était membre, l’AIT, entendant prolonger les combats de la Ire Internationale. En 1935, il fut délégué à son Ve congrès (Paris).
Dès 1932, il devint membre de la commission administrative fédérale de la CGT-SR et secrétaire de la région parisienne. Élu secrétaire de la confédération en octobre 1934, il se vit confier, en 1936, un second mandat en raison des événements d’Espagne et ceci malgré les dispositions statutaires. Il conserva cette fonction jusqu’en octobre 1938, date à laquelle le secrétariat fut confié à Georges Adam*, militant d’origine allemande, que Julien Toublet seconda. Pendant ses mandats, la CGT-SR connut un réel développement : de moins de mille cotisants en 1934, elle dépassa en 1939 les huit mille membres répartis notamment dans les Cuirs et Peaux, le Bâtiment (Paris et Lyon), les Cheminots (Laroche-Migennes), les Métaux (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Saint-Étienne).
Julien Toublet faisait fonction de rédacteur en chef du Combat syndicaliste, organe de la confédération auquel collaboraient Pierre Besnard, Voline*, A. Schapiro et C. Berneri. Devenu réellement hebdomadaire le 1er mai 1935, ce journal fut diffusé, à partir de la Révolution espagnole, à cinq mille exemplaires. Lors des grèves de mai-juin 1936, la CGT-SR, sous l’impulsion de son secrétaire, tenta de promouvoir la remise en marche de la production par les grévistes des usines occupées. Avec la guerre d’Espagne, les activités de soutien aux libertaires espagnols devinrent l’une de ses préoccupations majeures et Julien Toublet se rendit à plusieurs reprises en Catalogne pour assurer le transfert de fonds, responsabilité qu’il partageait avec un représentant de la CNT et Marchal du syndicat des Métaux de Paris. Avec P. Besnard, Voline et d’autres, il fut l’un des fondateurs de l’hebdomadaire L’Espagne antifasciste. Par la suite les militants de la CGT-SR rejoignirent la Solidarité internationale antifasciste (voir Louis Lecoin*). Après la défaite des Républicains espagnols, Julien Toublet et Paul Lapeyre* furent désignés pour organiser l’accueil des réfugiés en France et le soutien matériel et juridique aux internés des camps français. En septembre 1939, la CGT-SR, craignant une interdiction, décida de se dissoudre en prenant soin de détruire ses archives comme elle le pratiquait régulièrement deux fois par an.
Mobilisé comme infirmier, Julien Toublet appartint au corps d’armées qui pénétra en Belgique puis fut encerclé à Dunkerque. Évacué en Angleterre et immédiatement rapatrié en Normandie, il réussit à ne pas être fait prisonnier et regagna Paris. Pendant l’Occupation, il constitua avec des membres de sa famille et quelques camarades une coopérative ouvrière de production de bijouterie (« Art et Technique appliqués ») afin de trouver des moyens de subsistance et d’échapper aux réquisitions allemandes. Avec Gilberte Dawas, des Jeunesses libertaires, Louis Laurent*, de l’Union anarchiste, Julien Toublet fut l’un des initiateurs d’un mouvement libertaire clandestin en région parisienne qui, tentant de reconstituer un mouvement libertaire français, édita deux bulletins, l’un d’agitation intitulé Action, l’autre de réflexion nommé Problèmes. Parallèlement, une filière fut organisée pour cacher les militants menacés et leur fournir de faux papiers. Julien Toublet défendait une position minoritaire quant à la question de l’indépendance du mouvement et souhaitait qu’il demeurât à l’écart de la résistance officielle. A l’opposé, d’autres, tels René Michaud* et Henri Bouyer collaborèrent à Résistance ouvrière (voir Albert Gazier*). Toutefois il fut décidé de ne pas reconstituer la CGT-SR et d’intégrer la CGT réunifiée.
Après août 1944, Julien Toublet continua à animer la coopérative « Art et Technique appliqués », milita à nouveau au syndicat du Bijou parisien et fut désigné pour siéger à la commission d’épuration de la Fédération du Bijou. Cependant, les syndicalistes libertaires décidèrent en 1945 de quitter la CGT pour fonder la Confédération nationale du Travail dont Julien Toublet fut à plusieurs reprises secrétaire. En 1949, afin de promouvoir l’indépendance complète du syndicalisme, il créa, avec ses plus proches camarades, un éphémère mouvement astatosyndicaliste qui édita un mensuel, Mains et Cerveau.
Au début des années cinquante, il prit ses distances avec la CNT dont les orientations ne lui convenaient plus et rompit avec elle en 1954. Il se rapprocha alors du « noyau » de la Révolution prolétarienne, animé par Pierre Monatte*, et adhéra à l’Union des syndicalistes avec nombre de ses amis. Devenu correcteur de presse, il fut admis au syndicat des correcteurs le 1er mai 1952. Après avoir travaillé chez Georges-Lang et à l’imprimerie centrale du Croissant, il termina sa carrière au Parisien libéré, en 1971.
De 1969 à 1980, Julien Toublet participa activement à l’Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste, née à la suite de conférences organisées à l’initiative de Gérard Escoubet et l’Union anarcho-syndicaliste, dans le sillage des événements de 1968. Militant espérantiste, il abandonna en 1950 l’Esperanto pour l’Interlingua.
En septembre 1939, il avait épousé sa compagne, Denise Boutiller ; de leur union étaient nés deux enfants Monique (1927), Christiane (1928) puis naquit Jacques (1940) qui devait devenir secrétaire du syndicat des correcteurs.

SOURCES : Arch. PPo. 50. — Y. Blondeau, Le Syndicat des correcteurs de Paris et de la région parisienne, 1818-1973, supplément au Bulletin des Correcteurs, n° 99 1973, — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, vol. 2, Gallimard, 1992. — Les Buts et l’organisation du syndicalisme révolutionnaire, Éd. de la CGT-S.R., s.d. — Solidarité ouvrière, septembre-octobre 1978. — Le Monde, 10 avril 1981. — Bulletin des Correcteurs, n° 161, juin 1991. — Rens. de Jacques Toublet.

Jean-Louis Panné

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