TÉRY Simone

Par Nicole Racine, Anne Mathieu

Née le 28 janvier 1897 à Carcassonne (Aude), morte le 12 décembre 1967 à Paris (VIe arr.) ; romancière, journaliste, grande reportrice ; membre du Parti communiste (1935-1967).

Réédition du livre La Porte du Soleil

Fille de deux grands journalistes, Gustave Téry, directeur de L’Œuvre, journal libéral de gauche, et d’Andrée Viollis, Simone Téry « née, pour ainsi dire dans l’encre d’imprimerie », se mit à écrire dès son âge le plus tendre. Le second mari de sa mère, Jean d’Ardenne de Tizac, conservateur du musée Cernuschi et romancier sous le pseudonyme de Jean Viollis, socialiste, eut sur elle une grande influence ; il l’emmena dans des meetings ouvriers à Paris. Reçue à l’École normale supérieure de Sèvres, elle prépara l’agrégation de lettres à la Sorbonne ; elle s’inscrivit au groupe des étudiants socialistes révolutionnaires, mais, d’après Marcel Ollivier, elle le quitta rapidement. Elle y rencontra André Chamson qu’elle trouva férocement révolutionnaire, et dit avoir étudié avec ardeur Le Capital. avec ses camarades.

Après avoir passé une licence de philosophie, Simone Téry fut reçue première à l’agrégation de lettres (1919). Elle fut nommée professeur de littérature au lycée français de jeunes filles de Rabat (Maroc) où elle enseigna deux ans. À l’été 1920, son père Gustave Téry l’envoya faire un reportage en Irlande, alors en lutte pour son indépendance ; elle se passionna pour la cause irlandaise. Son père ne voulant pas la renvoyer en Irlande, elle obtint une bourse de voyage. Elle publia son reportage sur la guerre d’indépendance, En Irlande... (1923), puis une étude sur les écrivains irlandais L’Ile des bardes (1925).

Désireuse de faire du journalisme, mais alors brouillée avec son père, Simone Téry entra au Quotidien, journal de gauche. En 1927, Gustave Téry cherchant à la récupérer, l’envoya en reportage en Indochine, afin de défendre la politique du gouverneur général Alexandre Varenne, attaqué par la presse conservatrice ; mais la jeune journaliste, ayant découvert les réalités coloniales, ne voulut pas remplir cette tâche. Son père lui ayant coupé les vivres, elle accueillit avec d’autant plus de joie la nouvelle que la bourse Albert Kahn venait de lui être attribuée. Elle fit donc son tour du monde, visitant la Chine, le Japon, les États-Unis. Elle rapporta dans Fièvre jaune (1928) les impressions de son voyage de six mois en Chine (au cours duquel elle assista à l’entrée des troupes nationalistes à Pékin).

Après la mort de son père en 1928, à l’abri du besoin, Simone Téry se remit à voyager. Elle visita l’Allemagne en 1931 mais ne réussit pas à faire publier son reportage par le Journal. En 1932, elle écrivit quasi-quotidiennement dans L’Ère nouvelle, « Organe de l’entente des gauches », sur l’Irlande, l’Allemagne, l’Assemblée nationale etc. Elle s’intéressa également au sort des objecteurs de conscience comme en témoigne une démarche qu’elle effectua en novembre 1933 auprès de Jean-Richard Bloch au nom de la Ligue des objecteurs de conscience. Elle devint une habituée des Entretiens de Pontigny.

À l’automne 1934, Simone Téry se rendit à Barcelone ; l’article qu’elle envoya à L’Œuvre - où son premier reportage sur l’Espagne révolutionnaire était paru le 14 octobre - , lui valut d’être arrêtée à Madrid le 5 novembre et emprisonnée durant trois jours ; elle fut relâchée à la suite d’une campagne en sa faveur orchestrée par le PC pour attirer l’attention sur des communistes français emprisonnés depuis fin octobre, Thaddée Oppman et Octave Rabaté. Toutefois son arrestation souleva des indignations bien au-delà des seuls rangs communistes. Simone Téry n’était pas alors communiste, mais elle allait se rapprocher des communistes au moment du Front populaire. Elle assista en juin 1935 au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à Paris. Elle l’intégra avec un réalisme passionnant dans son roman Le Cœur volé (1937), dans lequel elle mit en fiction sa relation amoureuse (platonique ?) avec Paul Nizan, laquelle ébranla le couple d’après l’autobiographie de l’épouse de ce dernier, Henriette (Libres mémoires, 1990). Téry rééditera ce roman en 1951, sous le titre Beaux enfants qui n’hésitez pas, en modifiant quelques éléments, mais onze ans après la mort de Nizan et au moment où les calomnies envers ce dernier ne se sont pas tues, force est de constater que certaines références ajoutées alors attestent d’un ressentiment bien vivace encore.
Outre ses romans, Téry s’essaya au théâtre : en 1932, avec une pièce intitulée Comme les autres ; en 1937 avec Dernière édition spéciale, qui fut alors interprétée par le groupe Art et Travail sur Radio-Paris.


À l’été 1935, Simone Téry décida de partir pour l’Union Soviétique où jusque-là elle avait hésité à se rendre. « Mais le temps de prendre parti était venu », écrivait-elle dans son autobiographie. Ce fut de Moscou — d’après sa biographie officielle — qu’elle envoya à l’Humanité son premier article, sur Henri Barbusse qui venait de mourir (mais sa signature n’apparaît pas alors dans l’Humanité). Elle adhéra alors au Parti communiste et lui restera fidèle jusqu’à sa mort ; dans ses pages autobiographiques, elle disait y avoir trouvé « la pureté, le mépris des choses vaines, l’abnégation, le courage, la chaleur de cœur, le courage ».

Simone Téry collabora assidûment à l’Humanité à partir de la fin 1935. On peut par exemple y lire une série de reportages « Le malheur d’avoir des enfants » (décembre 1935-mars 1936), un reportage dans le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais, « Les mineurs en ont assez ! », les 19-23 avril 1936), ou encore une série « Dans Paris la grande ville » en janvier 1937. Elle collabore de façon ponctuelle à Russie d’aujourd’hui (1937), à Vendredi (1935-1938) et à Messidor (1938) et à quelques autres périodiques.

À ces deux derniers journaux, elle livre des reportages sur l’Espagne en guerre, où elle va passer de nombreux mois entre début février 1937 et la fin 1938, envoyée spéciale de l’Humanité et de Regards. De mars à décembre 1937, elle effectue une émission à Madrid sur la radio de l’Union Générale des Travailleurs (l’UGT, le syndicat socialiste révolutionnaire), dont la périodicité (annoncée comme quotidienne) demeure à vérifier. De retour en France pour quelque temps en avril 1937, elle dispense des conférences sur l’Espagne à travers le pays. Fin 1938, elle publie un ouvrage, Front de la liberté (1937-1938), dédié à la mémoire des Français des Brigades internationales tombés au combat. Il s’agit d’un recueil de ses reportages parus dans l’Humanité, Regards et Vendredi mais auxquels elle fait subir des remaniements.

Mariée le 24 juin 1939 à Ivry-sur-Seine avec l’écrivain et poète espagnol Juan, Antoine Chabas, ancien officier de l’armée républicaine espagnole, (ils divorceront en 1954), Simone Téry quitta la France le 15 juin 1940, par le dernier bateau et trouva refuge à Mexico. Elle se rendit chez son mari, installé à Cuba et collabora à la presse progressiste cubaine. Dans l’exil elle écrivit son troisième roman, Où l’Aube se lève, qui fut publié chez Brentano’s à New York en 1945 et qui selon son éditeur, R. Tenger, constituait « un témoignage historique riche d’informations précises sur la tragédie qui s’est déroulée en Espagne où a commencé la guerre des démocraties contre le fascisme ». Il reparaîtra en France en 1947 sous le titre La Porte du soleil, réédition qui comporte des variantes fort intéressantes avec la version initiale de 1945.

Après la guerre, Simone Téry reprit son activité de journaliste et de reporter à l’Humanité. Elle publia en 1947 le reportage effectué en Grèce lors de la guerre civile : Ils se battent aux Thermopyles et, la même année, dans l’Humanité, célébra le maréchal Tito (« On ne peut pas ne pas être ébloui par une si resplendissante apparition ») peu de temps avant que ce dernier ne soit dénoncé par le Kominform comme le chef de la « bande nationaliste bourgeoise » usant de « méthodes sataniques ». Simone Téry prit part en 1949 au travail du Congrès mondial de la paix. Après un séjour en Tchécoslovaquie, elle écrivit pour l’Humanité une série d’articles sur les événements de février 1948 et le développement de ce pays sur la voie du socialisme. En 1950, elle effectua un reportage en Union Soviétique, Une Française en Union Soviétique. Outre des romans, elle écrivit une biographie de Danielle Casanova, Du soleil plein le cœur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article132213, notice TÉRY Simone par Nicole Racine, Anne Mathieu, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 7 janvier 2019.

Par Nicole Racine, Anne Mathieu

Réédition du livre La Porte du Soleil

ŒUVRE CHOISIE : En Irlande. De la guerre d’indépendance à la guerre civile (1914-1923), Flammarion, 1923. — L’Ile des Bardes, notes sur la littérature irlandaise contemporaine, id., 1925. — Fièvre jaune (La Chine convulsée), id., 1928. — Passagère, Libr. Valois, 1930 (Romans de la vie nouvelle). — Le Cœur volé, Denoël, 1937. — Front de la liberté. Espagne, 1937-1938, ESI, 1938. — Où l’aube se lève, New York, Brentano’s, 1945 (précédé d’une notice biographique par l’éditeur, R. Tenger), réedité sous le titre La Porte du soleil. . — Ils se battent aux Thermopyles, Hier et Aujourd’hui, 1948. — Du soleil plein le cœur : la merveilleuse histoire de Danielle Casanova, Éd. Franç. Réunis, 1949. — Une Française en Union Soviétique, Éd. sociales, 1950.

SOURCES : Arch. Moscou, RGASPI 495.270.65 16. — Anne Mathieu, « Une vie changée par la guerre d’Espagne (S. Téry) », La Faute à Rousseau, Revue de l’Association pour l’Autobiographie et le Patrimoine autobiographique, n° 60, « Politique et autobiographie », juin 2012, pp. 26-27 – Anne Mathieu, « Du reportage au roman : Simone Téry et la construction mythique de la guerre d’Espagne », Université de Lille 3, Colloque « Relire les romanciers méconnus du XXe siècle », 13-14 octobre 2011 – Simone Téry, Ce qui a été différent... (autobiographie, 1964, extrait de la brochure Pourquoi je suis communiste). — Marcel Ollivier, Un bolchevik dangereux (souvenirs inédits). — Henriette Nizan, Libres mémoires, R. Laffont, 1990. — Bibliothèque nationale, fonds J.-R Bloch, fonds R. Martin du Gard, Arts du spectacle. — L’Humanité, 5 octobre 1947, 15 et 18 décembre 1967.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément