TASCA Angelo. Pseudonymes : RIENZI, BAULE, VALLE, VERRI, SERRA, ROSSI Amilcare, LEROUX André, LYNX, SERVANT Jean

Par Denis Peschanski

Né le 19 novembre 1892 à Moretta (Italie), mort le 3 mars 1960 à Paris (XVe arr.) ; l’un des fondateurs et dirigeants du Parti communiste d’Italie ; membre du secrétariat de l’Internationale communiste (1928), collaborateur à Monde (1930-1933) après sa rupture avec l’IC ; journaliste et responsable socialiste ; dirigeant du Parti socialiste italien (fin 1939) ; membre des services de l’information et de la propagande sous Vichy et d’un service de renseignement belge ; historien du communisme.

Né dans la province de Cuneo (Piémont), Angelo Tasca tient, par ses responsabilités et ses écrits, une place importante dans le mouvement ouvrier. Place importante mais itinéraire complexe qui a suscité plusieurs polémiques et plus encore a été occultée. Obnubilé par la volonté de témoigner par écrit, de rassembler des archives, il s’est fait historien du communisme.

Issu d’une famille très modeste, Angelo Tasca vint s’installer très tôt à Turin avec son père, ouvrier, tandis que sa mère partait travailler comme domestique à Monte-Carlo. Poussé par son père, il continua ses études et, en janvier 1912, s’inscrivit à la faculté de lettres et de philosophie. Son père, qui était socialiste, et un professeur de lycée furent à l’origine de son engagement précoce dont on trouve trace dès mai 1909. Il joua un rôle important dans les grèves turinoises de 1912-1913. C’est à l’université de Turin qu’il rencontra Antonio Gramsci, Umberto Terracini et Palmiro Togliatti. Sous l’influence de Rodolfo Mondolfo qui enseignait l’histoire de la philosophie, il fit une lecture humaniste du marxisme donnant une place centrale à l’initiative humaine dans le processus historique.

Le groupe turinois fut dispersé par la guerre, puisque seul Antonio Gramsci put y échapper, en raison de sa constitution fragile. Enrôlé en 1915, Angelo Tasca fut affecté loin du front, près de chez lui, mais fut peu actif politiquement. Il se maria en 1916 avec Lina Martorelli (née en 1897), et en 1917 naquit Carlo puis, en 1919, Elena. En décembre 1917 il soutint une thèse sur Giacomo Leopardi et la philosophie française du XVIIIe siècle. Démobilisé à l’été 1919 après une guerre qu’il avait condamnée dès l’origine, il s’engagea résolument dans le combat politique. Sur le modèle de Clarté d’Henri Barbusse* et de Romain Rolland*, il fonda avec Antonio Gramsci L’Ordine Nuovo (n° 1, mai 1919), toujours fidèle à sa conception « culturaliste » de la politique. Cependant, s’ils furent tous deux partisans d’un rattachement à la IIIe Internationale, les outils qu’ils privilégièrent dans le combat politique les séparent singulièrement. Gramsci s’appuya sur le parti et les conseils ouvriers, instruments, à ses yeux, du futur gouvernement ouvrier, tandis que Tasca mettait l’accent dans les organisations ouvrières traditionnelles.

De mai 1920 à août 1922 Angelo Tasca fut secrétaire de la Bourse du Travail et membre de l’Alleanza cooperativa — l’une des plus importantes coopératives de production d’Europe — tout en étant conseiller municipal de Turin à partir de la fin 1920. Même s’il s’opposa en bien des occasions à la direction en place du mouvement syndical, il était convaincu de la nécessité d’agir par les structures existantes, en y intégrant les nouvelles. Après l’échec de la grève générale lancée par les conseils ouvriers, il eut des différends avec Antonio Gramsci qui devaient s’approfondir. L’échec des grèves rendit inévitable la scission politique, matérialisée au congrès de Livourne, en janvier 1921, par la constitution du Parti communiste d’Italie, que rejoignit finalement Angelo Tasca, très critique envers la stratégie socialiste au sortir de la guerre. Au moment où ce socialiste « maximaliste » participait à la fondation du mouvement communiste, il possédait déjà une expérience ouvrière importante et une formation intellectuelle poussée.

Tout au long des années vingt, au PC d’Italie comme à l’Internationale communiste, ce fut à l’aile droite qu’il se situa. A l’issue du IVe congrès de l’IC, Angelo Tasca devint fin 1922 membre de son Comité exécutif puis en mars 1923 il entra au comité central du PC italien. Après trois mois durant lesquels il représenta son parti auprès du PCF, il accéda, en juillet au secrétariat du PC italien. De retour en Italie, il fut arrêté le 21 septembre 1923 mais relâché le 29 octobre suivant à l’issue d’un procès qui concluait à l’absence de charges contre lui, comme pour la plupart des dirigeants emprisonnés avec lui. Durant toute cette période, il se fit, en vain, l’ardent défenseur d’une fusion avec le Parti socialiste italien, dans sa totalité puis avec certaines de ses composantes, une fois celui-ci résolument réticent. Après la naissance de son troisième enfant, Valeria, les lois d’exception mussoliniennes de 1926 et les consignes de l’IC le contraignirent à s’exiler à Moscou.

Dans le contexte de relative ouverture qui caractérisait la tactique communiste au milieu des années vingt (tentative d’action commune avec les Trade Unions ; création de la Ligue contre l’impérialisme) et compte tenu des arrestations opérées en Italie, Tasca occupa une place croissante dans l’appareil. En janvier 1927 Angelo Tasca forma avec Palmiro Togliatti et Ruggero Grieco la direction du nouveau centre extérieur du PC italien. En février, il entra au Bureau politique et, en mars, fut créé sous sa responsabilité Lo Stato Operaio où il publia en particulier, cette année-là, trois articles enthousiastes sur la NEP russe.

Soutenu par Jules Humbert-Droz, il ne faisait pas mystère de ses liens avec Nicolas Boukharine, ce qui ne posa pas problème tant que dura l’alliance de Staline avec ce dernier. Il fréquentait Pierre Pascal* et servit de courrier entre lui et Boris Souvarine*. Quand la rupture entre Staline et Boukharine eut lieu au VIe congrès de l’IC, à l’été 1928, Palmiro Togliatti demanda à Angelo Tasca de rester, et le fit même nommer au secrétariat de l’IC où il fut essentiellement chargé du secrétariat latin. Mais il était bien éloigné de la nouvelle stratégie « classe contre classe », et la rupture se produisit rapidement sur trois thèmes : la question allemande (dénonciation du « social-fascisme » et mise au pas de l’aile droite du PC allemand), les tendances autocratiques du plan soviétique et la politique paysanne de Staline. Il précisa son analyse dans le rapport qu’il présenta devant le comité central du 28 février, rapport rejeté à l’unanimité moins sa propre voix. Il démissionna du Bureau politique, et fut remplacé à l’IC par Ruggero Grieco. Mais Staline exigea son exclusion, sanction prononcée en septembre. Au sortir de ces années vingt, il avait fait une double et décisive expérience : celle de la montée et de la victoire du fascisme et celle du communisme.

Ayant rejoint Paris, Angelo Tasca resta isolé. Cet isolement fut accru par la crise personnelle qu’il traversait. Il parvint à convaincre sa femme Lina, avec laquelle les liens étaient depuis longtemps distendus, de venir le rejoindre en France avec ses trois enfants. Finalement, fin 1932-début 1933, elle décida de repartir en Italie et Tasca ne garda auprès de lui que Valeria qui fut élevée dans la famille de Charles-André Julien*. Cet épisode douloureux fut certainement un facteur important dans sa décision de demander une naturalisation qu’il obtint, par décret, le 7 août 1936. Entre temps, son évolution politique fut sensible.

A son arrivée à Paris, il ne fréquenta que les Julien et quelques oppositionnels communistes dont plusieurs collaboraient à Monde (voir Lucien Laurat*), l’hebdomadaire de Barbusse. Il rejoignit la rédaction au printemps 1930 et sa participation dura jusqu’à l’automne 1933 : on retrouve là encore la place qu’il donnait au culturel dans le politique. À lire ses articles, on relève deux thèmes dominants, l’analyse du fascisme et la révision du marxisme. Certes Angelo Tasca évolua en ces trois ans et ses convictions léninistes de 1930 s’effritèrent. Pour autant, les aléas de sa collaboration à Monde furent avant tout liés à la situation de la revue. Les pressions communistes (voir Paul Nizan*, Louis Dolivet*) se multiplièrent pour prendre le contrôle de l’hebdomadaire, et une première crise déboucha sur la démission, vite reprise, de Tasca en février 1931. En janvier 1932, il prit la direction des sections économique et politique. Mais profitant des difficultés du journal, le PCF tenta de nouveau d’écarter Tasca alors qu’il publiait des articles non conformistes sur le marxisme et qu’il apportait son soutien à Victor Serge*. Cette seconde crise déboucha, en novembre 1933, sur la démission officielle et définitive de Tasca.

Dans la série d’articles qu’il publia en 1933 dans Monde sous le titre « Marxisme 1933 », Angelo Tasca proposait une nouvelle lecture de Marx, où l’initiative du sujet était spécialement mise en avant, tandis qu’il soulignait la filiation avec les socialistes utopiques. Sa révision du marxisme, qui connut d’autres étapes, participe du mouvement de renouveau des idées, « cet esprit des années 1930 » où primaient les idéologies du rassemblement national. S’il s’opposa au néo-socialisme de Marcel Déat*, il fut très intéressé par les planistes, et par les thèses présentées par Henri de Man aux Décades de Pontigny de 1934. Il assista régulièrement à ces rencontres et allait y faire la connaissance de Liliane Chaumette (alors mariée à Ramon Fernandez), qu’il épousera en secondes noces en 1946 — son divorce d’avec sa première femme ne devait être prononcé qu’en mai 1939.

Sa stratégie politique fut fondée sur une analyse inchangée du fascisme depuis ses articles parus dans Monde, qu’il systématisa dans un livre qui fait toujours référence, La Naissance du fascisme (1938). Pour lui, la dictature mussolinienne s’appuyait sur une partie significative des petite et moyenne bourgeoisies, avec pour objectif premier d’isoler le prolétariat. Il était donc primordial de gagner les classes moyennes, comme ne l’avaient pas compris les « maximalistes » italiens. La vraie lutte aurait consisté à créer les bases d’une démocratie moderne, mais ces derniers, se trompant d’ennemis, engagèrent le combat contre l’État libéral et parlementaire. Angelo Tasca fut donc particulièrement sensible aux dangers extérieurs. A partir de 1934 et jusqu’à la guerre, il fut un éditorialiste reconnu de politique extérieure tenant une rubrique régulière dans Le Populaire (pseudonyme : André Leroux) et dans Il Nuovo Avanti, le journal du Parti socialiste italien. Il cessa sa collaboration au Populaire peu après Munich. Entre 1937 et 1939, il écrivit aussi dans La Lumière, et en 1938 et 1939 dans Oran républicain et Alger républicain. Il avait décidé d’adhérer au PSI en août 1934 mais ne le rejoignit officiellement qu’en mars 1935. Il aida son ami, le très anticommuniste et antinenniste Arturo Faravelli à la direction du Centro socialista interno, structure mise en place en août 1934 pour assurer le contact avec les militants vivant en Italie. En 1937, il entra à la direction du PSI. Convaincu qu’une stratégie d’alliance était nécessaire pour faire face au nazisme et au fascisme, il fut partisan, dans un premier temps, d’une alliance avec les communistes et l’URSS, avant de prôner en 1938 des alliances nationales et internationales où les PC et l’URSS seraient marginalisés.

La fin des années trente constituèrent une étape décisive dans son itinéraire politique. Avec des blumistes antimunichois tels Georges Monnet*, Daniel Mayer*, Georges Izard*, Pierre Brossolette* et Pierre Vienot , Angelo Tasca fonda la revue Agir pour la paix, pour le socialisme. La signature du Pacte germano-soviétique lui donna l’occasion, d’une part, de reprendre, à la demande de Blum, sa collaboration au Populaire, avec des articles très sévères contre la politique soviétique, d’autre part, de prendre le contrôle du PSI, accédant au secrétariat avec Saragat et Morgari le 2 septembre, après la mise à l’écart de Pietro Nenni. Quand le dernier numéro d’Agir parut en août 1939, Tasca élabora un projet de revue internationale, sous le titre Europe libre. Le projet avorta, tout comme le programme des Entretiens socialistes de Pontigny prévus pour septembre 1939. À cette époque, le « travaillisme anglais » était devenu son modèle de référence. Tasca souhaitait que s’affirmât un socialisme humaniste et anti-étatique : « Les notions fondamentales de notre doctrine doivent être repensées, reconquises, et nous devons préciser l’échelle des valeurs individuelles et collectives au nom desquelles doit être menée la lutte dans une société qui est elle-même — en dehors de nous et parfois contre nous — en pleine transformation. »

On mesure combien la position de Angelo Tasca est atypique dans le mouvement socialiste des années trente. Antimunichois, très sensible au danger nazi, il était proche de Léon Blum*, tandis que son anticommunisme le rapprochait de Paul Faure*. Et, au PSI, il devait s’allier à des pacifistes convaincus (et qui le restèrent) tel G. Modigliani. Ce double rejet du communisme et du fascisme l’amenèrent en fin de compte à refuser de hiérarchiser les dangers. On dispose sans doute là d’une clé pour comprendre sa position à Vichy.

Chargé depuis 1937 des émissions en italien de la radio nationale, Angelo Tasca suivit le gouvernement dans la débâcle. C’est de Tours qu’il dénonça à la radio, le 10 juin, l’entrée en guerre de Mussolini. Quand il arriva à Bordeaux, il refusa la place que lui proposait son ami Pierre Viénot sur le Massilia, et, arrivé à Vichy, il participa au lancement de L’Effort, journal dirigé par Paul Rives* auquel participèrent les socialistes ralliés au régime. Un texte écrit en septembre 1940 permet de comprendre son état d’esprit ; il s’ouvre par une critique féroce de la IIIe République : « La vieille France est morte de ses divisions. « Gauches » et « droites » se sont paralysées mutuellement ; sur leurs écrans la France était repoussée à l’arrière-plan. Toute œuvre de longue haleine était devenue impossible. » Dès lors « l’unité doit être conquise au cours de l’action pour la renaissance nationale, conquise en extension, comme unité de l’État nouveau et du peuple, en profondeur, comme unité du national et du social ». En conséquence Pétain semblait un bon choix, car « la France a besoin d’un gouvernement d’union nationale autour du maréchal Pétain, faisant une politique d’union nationale et de redressement français ». Mais, et la remarque est d’importance, c’était aussi à ses yeux le meilleur moyen de contrecarrer l’occupant allemand.

Vichyste dans la mesure où il privilégiait les causes françaises du désastre, Angelo Tasca voyait dans certaines composantes du régime des soutiens nécessaires au relèvement. Il fut néanmoins résistant puisque dès février 1941 il était en contact avec un réseau belge de renseignements. Ni « collabo », ni homme du « double jeu » : Tasca fut à la fois vichyste et résistant.

En 1941, il fut ainsi — position qu’il affectionnait — conseiller d’une éminence grise : Henri Moysset, penseur politique, éditeur des œuvres complètes de Pierre-Joseph Proudhon*, ministre d’État en 1941 et était surtout très écouté par Darlan. Ce fut grâce à Moysset et à Charles Vallin, que la dénaturalisation de Tasca, officielle la première quinzaine de novembre 1940, fut annulée en avril 1941. Angelo Tasca fournissait les longues synthèses que Moysset lui demanda en 1941 quand il voulut empêcher que les protocoles de Paris soient adoptés en Conseil des ministres puis pour contrer le projet de jeunesse unique porté par P. Pucheu, alors ministre de l’Intérieur. Mais Tasca exerça son activité essentielle dans les services de l’Information, qu’il n’avait pas quittés depuis 1937. Or, en février 1941, ces services furent pris en main par Paul Marion*, que Tasca avait connu à Moscou à la fin des années vingt puis dans les clubs de réflexion du début des années trente. Il ne partageait pas ses idées collaborationnistes mais il occupa une place importante dans ces services, rentrant en 1942 au Bureau d’études du secrétariat général à l’Information, service essentiel de la propagande de Vichy, qu’il dirigea un temps.

Parallèlement, à partir de février 1941, Angelo Tasca envoya via Lisbonne des rapports hebdomadaires à Cavyn, chef d’un réseau de renseignements belge. Son journal de guerre révèle qu’il s’appuya sur d’anciens « non-conformistes » des années trente restés dans l’orbite vichyste et spécialement présents dans les services de l’Information et de la Jeunesse. Ceux-ci élaborèrent un projet politique en avril 1943, intitulé « Tactique de la Troisième force » ; sur le plan tactique il s’agissait de jouer le général Giraud contre de Gaulle et de proposer une alliance aux résistants de l’extérieur, en excluant les communistes.

Angelo Tasca resta à Vichy jusqu’à la Libération. Arrêté dans la nuit du 3 au 4 septembre 1944 par des FFI, après avoir sans doute échappé peu avant à une exécution sommaire, il connut la prison jusqu’au 12 octobre. Sur intervention de Bertaux, commissaire de la République à Toulouse, et de Cavyn, il fut finalement libéré. Son retour à la vie normale n’était pas simple, d’autant moins que Liliane Chaumette était restée à Paris durant toute la guerre, et qu’à Vichy Tasca avait eu une enfant, Catherine (née fin 1941) d’une liaison avec Alice Naturel.

Politiquement, Angelo Tasca refusa tout engagement partisan. Il écrivit d’abord dans la République moderne (pseudo Jean Servant), la revue du Mouvement national révolutionnaire. Il refusa de rejoindre le RPF, même s’il y voyait l’une des rares forces crédibles pour faire barrage au communisme. Il refusa même de rejoindre le Parti social-démocrate italien que son ami Favarelli avait créé, après la scission du PSI en 1947. Au début des années cinquante, il participa aux activités du Cercle d’études sociologiques animés par Albert Vassart* et Guy Vinatrel*. Angelo Tasca apporta également sa contribution à l’action des « Amis de la liberté », émanation du Congrès pour la liberté de la culture, en collaborant à Preuves et en prenant part aux journées d’études de Paris (janvier 1957) où il présenta le rapport intitulé : « Situation et bilan du monde communiste à la lumière des événements récents. »

C’est à un journal italien, Il Mondo, le grand hebdomadaire dirigé par Mario Pannunzio, qu’il confia une série d’articles sur son action pendant la guerre, articles qu’il réunira dans un livre, In Francia nella Bufera, publié en 1953. On a souvent glosé sur ses liens avec les Américains. Il s’agit essentiellement des syndicats américains : Vanni Montana raconta ainsi dans ses souvenirs qu’Angelo Tasca servit d’intermédiaire avec Faravelli et obtint surtout une aide substantielle pour compléter ses archives déjà extrêmement riches, spécialement sur le communisme et sur l’opinion publique en France, archives qu’il avait glanées à Vichy. Ce fut sur ce terrain que Tasca, sous le pseudonyme d’Amilcare Rossi, décida d’engager le combat contre le communisme, avec des ouvrages de référence, nourris d’une très riche documentation inédite et d’une expérience exceptionnelle (cf. œuvre). À la suite d’un article paru dans France Nouvelle le 7 mai 1949 sous le titre « Un triste personnage de l’antisoviétisme », Angelo Tasca engagea contre son auteur, Roger Maria, et le journal un procès en diffamation qu’il gagna en 1951 puis en appel en 1952. Mais il commençait à être affaibli par les premiers symptômes d’une maladie du système nerveux dont il mourut. Peu avant sa mort, il vendit ses archives d’un intérêt exceptionnel à la Fondation Feltrinelli de Milan.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article132037, notice TASCA Angelo. Pseudonymes : RIENZI, BAULE, VALLE, VERRI, SERRA, ROSSI Amilcare, LEROUX André, LYNX, SERVANT Jean par Denis Peschanski, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 11 mars 2012.

Par Denis Peschanski

œUVRE CHOISIE : Angelo Tasca, Naissance du fascisme. L’Italie de 1918 à 1922, Gallimard, 1938 [rééd. Gallimard, 1967]. — Amilcare Rossi, Deux ans d’alliance germano-soviétique, août 1939-juin 1941, Fayard, 1947. — Id., Physiologie du Parti communiste français, Self, 1948. — Id., Les Communistes français pendant la drôle de guerre, Les Iles d’or, 1951. — Les Cahiers du bolchevisme pendant la campagne 1939-1940, fac similé [introduction], D. Wapler, 1951. — Angelo Tasca, In Francia nella Bufera, Modène, Ugo Guanda, 1953. — Amilcare Rossi, La Guerre des papillons, quatre ans de politique communiste (1940-1944), Les Iles d’Or, 1954. — Id., Le Pacte germano-soviétique. L’histoire et le mythe, Preuves, 1954. — Id., Autopsie du Stalinisme [suivi du rapport Khrouchtchev], P. Horay, 1957. — « Situation et bilan du monde communiste... », Les Amis de la liberté, n° 71-73, avril-juin 1957.

SOURCES : Arch. Tasca, Fondation Feltrinelli (Milan). — Arch. privées Irène Fernandez. — H. Barbé, Souvenirs d’un militant, Institut d’histoire sociale (Paris). — Stefano Merli (ed.), La reconstruzione del movimento socialista in Italia e la lotta contro il fascismo dal 1934 alla seconda guerra mondiale. Documenti del archivio Tasca, Milan, Feltrinelli, 1963. — « I primi dieci anni di vita del Partito communista italiano », Annali, Milan, Feltrinelli, 1966. — « Problemi del movimento operaio. Scritti critici e storici inediti di Angelo Tasca », Annali, Milan, Feltrinelli, 1968. — D. Peschanski (ed.), « Vichy 1940-1944. Archives de guerre d’Angelo Tasca », Annali, Paris-Milan, CNRS-Feltrinelli, 1985. — A. Gramsci, Écrits politiques I, II, III, Gallimard, 1974-1980. — L. Rapone, « L’eta dei fronti populari e la guerra (1934-1943) », Storia del socialismo italiano IV, Roma, G. Sabbatacci (ed.), Il Poligono, 1981. — P. Spriano, Storia del Partito communista italiano, Turin, Einaudi, 1973. — M. Sadoun, Les Socialistes sous l’occupation, PFNSP, 1982. — P. Amaury, Les Deux premières expériences d’un « ministère de l’Information » en France, LGDJ, 1969. — D. Peschanski, « Vichy au singulier et Vichy au pluriel. Une tentative d’encadrement de la société (1941-1942) », Annales E.S.C., n° 3, 1988. — Daniela Franchetti, Socialismo e politica internazionale negli anni’30. Le reflessioni di Angelo Tasca, M., Université de Milan, 1982. — A. Riosa, Angelo Tasca socialista, Venise, Marsilio Editori, 1979. — A. J. De Grand, Angelo Tasca. Un politico scomodo, Milan, Franco Angeli, 1985 (trad. angl. 1990).

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