SVOB Victor, Emmanuel

Par Claude Geslin

Né le 5 juin 1874 à Nantes (Loire-Inférieure), mort le 26 mai 1946 à Lorient (Morbihan) ; directeur du moulin coopératif de Lorient ; maire socialiste de Lorient ; conseiller général.

Issu d’une famille très pauvre, Victor Svob commença son apprentissage de bijoutier à l’âge de treize ans. Svob adhérait en 1895 au groupe du 1er canton nantais du Parti socialiste. Il entra dans la vie politique en 1898, au moment de l’affaire Dreyfus, et fut candidat aux élections municipales de Nantes en 1900. Il n’échoua que de quelques voix mais, en 1908, il fut élu avec huit autres socialistes unifiés.

Victor Svob, toutefois, n’était pas seulement attiré vers la propagande socialiste et, dès 1900, il avait fondé à Nantes une compagnie « L’Assurance ouvrière » dont il fut le premier directeur et qui devait devenir « La Solidarité ». Vers la même époque il était secrétaire de la coopérative de boulangerie « L’Économie de Nantes » qui, sous sa direction, s’élargit considérablement. En 1902, il lançait un appel aux coopérateurs de Bretagne pour la constitution d’une union fédérative dont il fut le principal animateur.

Victor Svob fut l’un des promoteurs de l’idée d’un Magasin de Gros national et réalisa la création à Nantes d’une usine de conserves en 1905, d’un entrepôt fédéral, d’un atelier de fabrication de chaussures et de galoches, d’un moulin à farine à Lorient. Certaines de ces créations furent reprises ultérieurement par le Magasin de Gros national.

Après avoir passé quelques années à Paris (de 1909 à 1912) comme directeur de « l’Assurance ouvrière », Victor Svob se fixa à Lorient comme directeur du moulin fédéral dont il avait été le créateur en 1906 et il se consacra à des tâches multiples dans le mouvement, en particulier à la direction des coopératives de consommation de Nantes puis de Lorient. Délégué au congrès de la Bourse des coopératives socialistes, en 1909, à Monthermé, où il intervint sur la coopération industrielle et agricole, en 1911 à Calais, puis en novembre 1912 à Paris, il témoigna de ses hésitations et de ses réserves quant au projet d’unité coopérative, pour ensuite s’abstenir lors du vote. Il assista aussi au congrès unitaire de Tours (décembre 1912) et accepta ensuite de rentrer dans la nouvelle Fédération unique (FNCC).

Malgré sa mauvaise santé, Victor Svob demeura à la tête du mouvement lorientais pendant la guerre de 1914. En 1916, le moulin fut incendié et il fallut de longs mois pour le remettre en marche.

En 1917, il fut le rapporteur, au congrès de Paris de la Fédération nationale des coopératives de consommation, du projet qui créait un conseil unique des institutions coopératives centrales, où il fut élu en septembre 1918. La même année, il fut nommé membre du Conseil supérieur de la coopération institué au ministère du Travail, mais il en démissionna en 1925 en raison de la multiplicité et de la lourdeur des charges coopératives et municipales qu’il assumait.

En 1908, Victor Svob avait été élu conseiller municipal socialiste de Nantes. Élu maire de Lorient en 1925, il dut abandonner la direction de l’union des coopérateurs de Nantes où le remplaça Henri Lepouriel*. Battu en 1929, réélu en 1934, puis en 1935, il fut élu au conseil général du Morbihan en 1930, 1931, 1937. Révoqué de son poste de maire en 1940 et les conseils généraux étant suspendus, il se consacra entièrement à ses tâches coopératives à la tête de l’Union lorientaise devenue UDC du département, et du moulin, aidé par son jeune adjoint Jean Ardhuin*. Pendant la guerre la coopérative fut durement éprouvée par les bombardements. Ses services administratifs durent un moment être évacués à Hennebont. En 1943, à la demande du président de la SGCC, Gaston Prache*, Victor Svob organisa à Redon une importante réunion coopérative régionale où vint aussi Gaston Défossé*, directeur financier de la Centrale coopérative.

En 1914, il obtint 1 814 voix aux élections législatives dans la première circonscription de Nantes. En 1919 et 1924, il se présenta dans le Morbihan et en 1928 dans la deuxième circonscription de Lorient, obtenant respectivement 7 428 voix (153 900 inscrits), 9 269 voix (145 628 inscrits) et 1 207 voix (18 447 inscrits). Élu conseiller municipal de Lorient en 1919 avec huit autres socialistes, il fut réélu en 1925 et cette fois avec la liste du Bloc des gauches toute entière. Victor Svob devint en 1925 maire de Lorient. En 1929, il échoua avec toute sa liste, mais revint au conseil municipal avec sept autres socialistes SFIO à l’occasion d’une élection complémentaire en janvier 1934. Réélu en 1935, il retrouva son poste de maire de Lorient.

Il avait été aussi candidat aux élections sénatoriales d’août 1927 (partielles) et d’octobre 1932.

En mai 1930, Victor Svob devint, au premier tour, conseiller général dans le deuxième canton de Lorient en remplacement du radical-socialiste Boulingand, décédé ; il obtint 3 947 voix contre 2 364 à son adversaire de droite. Il complétait ainsi la victoire SFIO après l’élection de L’Hévéder au siège de député laissé vacant par la mort de Boulingand. Il fut réélu en 1931 et en 1937.

Révoqué de son poste de maire en 1940 et les conseils généraux étant suspendus, Victor Svob se consacra entièrement à ses tâches coopératives, à la tête de l’Union lorientaise devenue UDC du département, et du moulin, aidé par son jeune adjoint Jean Ardhuin. Pendant la guerre, la coopérative fut très éprouvée par les bombardements et ses services administratifs durent être évacués un temps à Hennebont.

Réélu maire en 1945, Victor Svob consacra ses dernières forces à l’administration d’une cité sinistrée à 75 ou 80 % et d’une coopérative aux trois quarts détruite. En 1946, il adhéra à l’association des Amis de la coopération que présidait le Dr Georges Fauquet*. On peut dire de Svob qu’il fut le plus important pionnier de la coopération bretonne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131820, notice SVOB Victor, Emmanuel par Claude Geslin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 20 février 2017.

Par Claude Geslin

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, série M. — Arch. Dép. Loire-Atlantique, 1 M 113. — Le Rappel du Morbihan, 1927-1939. — Le Coopérateur de France, 15 juin 1946. — Cl. Willard, La Correspondance de Charles Brunellière, socialiste nantais, 1880-1917, Paris, 1968.

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