SOUTIF Edmond, Hippolyte

Par Julien Chuzeville, François Ferrette

Né le 11 juin 1887 à Lagny (Seine-et-Marne), mort le 3 février 1967 à Paris (Ve arr.) ; employé de la Préfecture de la Seine ; militant de la SFIO, secrétaire de la 15e section de Paris, membre de la commission exécutive de la Fédération de la Seine ; militant du Parti communiste SFIC, membre du comité directeur.

Il était rédacteur à la Préfecture de la Seine ; socialiste, reconstructeur, communiste, membre de la commission exécutive de la fédération socialiste de la Seine (1916-1920), délégué aux congrès socialistes de Paris (1916), Bordeaux (1917), Paris (1918), Paris (1919), Strasbourg (1920) ; délégué aux congrès communistes de Marseille (1921) et Paris (1922). Membre de la commission administrative permanente de la SFIO (1918-1920) puis du Comité directeur du parti communiste (1922).

Entré au Parti socialiste SFIO en 1909, Edmond Soutif fut un des plus ardents soutiens à l’Union sacrée pendant la Première Guerre mondiale et consacra son temps à maintenir cette politique dans les rangs socialistes. Il était réformé depuis 1912 et fut maintenu dans cette position pendant toute la durée de la guerre. Dès l’apparition de l’organe de tendance le plus favorable à l’Union sacrée, l’Action socialiste nationale et internationale, Soutif en fut l’administrateur. Ce journal parut de septembre 1916 à janvier 1918 et était soutenu par les « Amis de l’Action socialiste », formant une tendance en tant que telle dans la SFIO à laquelle participait activement le dirigeant du parti Pierre Renaudel. Dans l’Action socialiste du 14 février 1917, Soutif publia un article contre les kienthaliens. Faute d’un financement suffisant, l’Action socialiste dépérit en janvier 1918. Il fut immédiatement suivi d’un autre journal, Le droit des peuples, fondé avec les capitaux des socialistes belges, dans lequel se réfugièrent les partisans socialistes de l’Union sacrée.

En septembre 1918, Soutif participa au lancement de La France libre, journal qui regroupait l’aile droite de la SFIO fortement animée par des députés. Il s’en éloigna car une partie de l’aile droite poussait à la scission.

Soutif était secrétaire de la XVe section socialiste de la Seine depuis 1916, poste qu’il conserva jusqu’au début de l’année 1920. Le 15 février 1919, devant le groupe St Lambert du XVe arrondissement, Soutif, empreint de mysticisme, fit une étonnante comparaison entre le socialisme et l’Église « dont tous les fidèles sont d’accords pour croire en un dieu qui reste un mystère ». Il cherchait à justifier les divergences qu’il considérait normales avant, pendant et après la guerre : « chacun de son côté croyait travailler à la réalisation de l’idéal socialiste ». Selon lui, les pacifistes voulaient arrêter la guerre par sentimentalisme en délaissant la raison alors que les majoritaires se plaçaient sur le terrain de la raison supplantant les sentiments. « Voilà comment les socialistes ont été amenés à penser de façon différente ». Selon lui, avec la fin de la guerre, la lutte des classes pouvait reprendre, sans toutefois imiter l’exemple bolchevique sur lequel il émettait des réserves. Mais ses positions jusqu’au-boutistes devenaient de plus en plus difficiles à défendre auprès des socialistes de sa fédération. C’est vers la fin de l’année 1919 qu’il opéra un revirement inattendu.

Si les pacifistes avaient pris la direction de la SFIO au congrès d’octobre 1918, la tendance Renaudel demeurait majoritaire dans la section du XVe arrondissement dont Soutif restait le secrétaire. Le résultat du vote interne pour le renouvellement de la commission exécutive de fédération de la Seine, en mars 1919, donna ainsi 79 voix pour la liste Renaudel contre 69 pour la liste Longuet. Cependant, la situation se dégradait à l’automne 1919. Soutif participa jusqu’au 26 octobre 1919 aux réunions de tendance des ex-majoritaires, que Renaudel peinait à contenir dans leurs volontés scissionnistes. Après cette date, une partie des ex-majoritaires décida de présenter des listes dissidentes aux législatives de novembre. Soutif fut mis en cause dans ce projet pour lequel il ne semblait pas avoir joué de rôle ou pour lequel il hésitait, et il s’en éloigna rapidement. Quoi qu’il en soit, la presse se fit l’écho de sa présence sur une liste dissidente qu’il contesta dans un courrier publié dans l’Humanité le 30 octobre 1919. En janvier 1920, il soutint officiellement la motion des Reconstructeurs, majoritaires dans le parti, proposée à l’occasion du congrès de Strasbourg (février 1920). Il demandait tout de même un amendement ayant pour but le retrait d’un passage sur la condamnation de la collaboration ministérielle pendant la guerre. Délégué au congrès de Strasbourg, il en revint suppléant à la CAP de la SFIO sur la liste du Comité pour la Reconstruction de l’Internationale dont il faisait désormais partie. Cependant, Longard le remplaçait au poste de secrétaire de la section du XVe. Soutif se présenta sur la liste du Comité pour la Reconstruction de l’Internationale à l’élection de la direction fédérale de la Seine en avril 1920. Mais il n’obtint pas assez de suffrages pour être élu.

En octobre 1920, il se prononçait pour l’intégralité des conditions de l’IC sauf en ce qui concernait les exclusions. Il ne fut pas membre de la direction du Parti à l’issue du congrès de Tours auquel il ne participa d’ailleurs pas, faute d’avoir pu être délégué de la Seine.

Après Tours, bien qu’écarté des instances nationales et fédérales, mis de côté, Soutif se dépensait en réunions, causeries, déplacements. Le 14 mai 1921, au congrès fédéral de la Seine du PC, il présida la dernière séance, preuve d’une confiance regagnée, et retrouvait le chemin d’un congrès national extraordinaire qui se tint le lendemain. Ces assises ayant été qualifiées « d’administrative », elles n’eurent pas vocation à élire une direction nationale. Il lui fallut attendre la fin de l’année, au congrès de Marseille (décembre 1921), pour qu’il soit délégué et élu à la direction du jeune PC, avec le plus faible nombre de voix (3 141 sur 4 423 exprimés). Il devenait, en outre, secrétaire administratif du Parti communiste dès la première séance du comité directeur (CD) dont il fit partie du bureau, le plus haut niveau des instances nationales. Il se déclarait alors opposé au front unique mais favorable à l’unité « par-dessus les chefs ». Au congrès de Paris (octobre 1922), la tendance de gauche et du Centre s’étaient entendues pour proposer une seule motion d’orientation. Mais lors des votes sur la direction nationale, l’entente fut rompue. Soutif soutenait alors la nouvelle direction uniquement centriste.

En décembre 1922, Soutif démissionna de son poste de secrétaire administratif du Parti communiste et rejetait les conclusions du IVe congrès de l’Internationale communiste. Le comité fédéral du 18 décembre se prononça pour son exclusion. Dans un courrier, Soutif reconnaissait ne pas vouloir se plier aux décisions du congrès international. Il rejetait des décisions qu’il avait pourtant acceptées lors d’un vote au congrès fédéral le mois précédent. Il ne fit plus parler de lui par la suite. Il était franc-maçon et membre de la Ligue des droits de l’Homme.

Il s’était marié le 29 septembre 1919 dans le Xe arrondissement de Paris, avec Elise Beaudeoin. Il se remaria le 9 novembre 1949 dans le Ve arrondissement avec Paulette, Joséphine Grandjean.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131586, notice SOUTIF Edmond, Hippolyte par Julien Chuzeville, François Ferrette, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 mai 2019.

Par Julien Chuzeville, François Ferrette

SOURCES : Arch. PPo Ba2029. — Renseignements fournis par la mairie de Lagny-sur-Marne — L’Action socialiste, nationale et internationale, Le Droit des Peuples, La France libre, L’Humanité, L’Internationale du 25 juin 1921. — Arch. Nat. : F7/19940474/366/34753 (fonds Moscou). — Congrès de la SFIO (Strasbourg, compte rendu sténographique, pages 491-496). — Arch. Jules Humbert-Droz, Origines et débuts des Partis communistes des pays latins, 1919-1923, Dordrecht, 1970. — Julien Chuzeville, Fernand Loriot, le fondateur oublié du Parti communiste, 2012, p. 47. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, BMP, mfm 4/doc. 43.

ICONOGRAPHIE : Dessin de H.P. Gassier* dans L’Humanité du 31 décembre 1921 ; Photographie dans L’Humanité du 1er janvier 1922.

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