SOUDEILLE Jean-Jacques. Pseudonymes : SOUZY, PERDU Jacques, JACQUES Jean

Par Jean-Louis Panné

Né en 1899, mort en septembre 1951 ; employé de commerce lyonnais et historien ; membre suppléant du Comité directeur du Parti communiste (1924), puis oppositionnel ; fondateur du mouvement de résistance « Franc-Tireur », membre du Comité français de Libération nationale et de l’Assemblée consultative d’Alger.

Descendant de canuts lyonnais, domicilié à la Croix-Rousse, Jean-Jacques Soudeille fut membre du Parti communiste dès sa création, adhéra également à la CGTU et siégea au Comité général des syndicats unitaires du Rhône. Il appartint, dès sa création en août 1923, à la commission de propagande de cet organisme. Il représenta les employés de commerce au congrès de l’Union départementale CGTU le 5 août 1923 et y défendit les positions de la majorité confédérale contre les attaques conduites par Henri Fourcade*, Pierre Pontal*, Théophile Argence*.

Élu depuis 1922 au comité directeur de la Fédération communiste du Rhône, il s’opposa au bureau fédéral. L’envoyé du Comité directeur, Aimé Carlier* critiqua les orientations de Soudeille qu’il jugeait « ouvriériste », « sectaire », inapte à comprendre ce qu’était un « parti de masse ». Fin 1923, avec Gervais Bussière* , Soudeille entra en conflit avec Louis Sellier* (de Lyon) en raison des interventions de ce dernier qui allaient à l’encontre des décisions de la direction lyonnaise.

À la veille du congrès de Lyon du Parti communiste (janvier 1924), Jean-Jacques Soudeille et Gervais Bussière déposèrent une motion contre l’électoralisme afin de « refouler l’état d’esprit qui couve sous la cendre et procède de la vieille tradition social-démocrate » (Bulletin communiste, 11 janvier 1924). Au congrès, il fut élu membre suppléant du Comité directeur. Très attentif à l’évolution des débats sur le « Cours nouveau » au sein du Parti bolchevique, il intervint dans le Bulletin communiste (n° 10, 7 mars 1924) pour défendre l’idée selon laquelle « le moment de la démocratie ouvrière [dans le Parti] n’est pas venu pour la Russie », s’opposant ainsi aux thèses de L. Trotsky. Cependant, il devint de plus en plus sensible aux arguments de Boris Souvarine et des autres opposants (Pierre Monatte, Maurice Chambelland, Alfred Rosmer*, etc...) à la politique de « bolchevisation » de la direction du parti, évolution qu’il partageait avec Élie Péju*.

En octobre 1925, Jean-Jacques Soudeille signa avec ses amis Gervais Bussière, Élie Péju, Garnier*, la lettre à l’Exécutif de l’Internationale communiste, dite Lettre des 250 et fut sanctionné. « J’ai été exclu du Parti, comme tant d’autres, parce que, communiste, j’ai lutté jusqu’au dernier moment contre l’orientation politique de l’IC à partir du Ve congrès, contre les méthodes malhonnêtes des fonctionnaires, contre les bêtises et l’incapacité politique du Centre, contre l’ignoble « bolchevisation »... », écrivit-il (la Vérité de Limoges, n° 1, 22 septembre 1928). A partir de janvier 1926, il fit partie du comité de rédaction du Bulletin communiste de Souvarine et participa, malgré l’éloignement, aux activités du Cercle communiste Marx-et-Lénine, fondé le 17 février 1926 par les exclus du Parti bolchevique.

Dans les années suivantes, Jean-Jacques Soudeille collabora étroitement avec Souvarine tout en intervenant dans les divers organes de l’Opposition (Contre le courant de Maurice Paz*, La Révolution prolétarienne de Pierre Monatte, La Vérité de Limoges de Marcel Body*). Par contre, il repoussa tout contact avec les anciens « bolchevisateurs » de l’Unité léniniste (Suzanne Girault*-Albert Treint*).

Au début des années trente, Jean-Jacques Soudeille, l’un des principaux militants de sa première génération, contribua activement à l’évolution du Cercle qui modifia son nom en Cercle communiste démocratique (CCD), affirmant ainsi sa différence avec les partisans de Trotsky. Il écrivit pour le compte du journal de la Fédération communiste indépendante de l’Est, Le Travailleur, qui publia en 1933 son étude intitulée Fascisme ou socialisme dans laquelle il liait la lutte contre la guerre à celle contre le fascisme et appelait à la formation d’un parti prolétarien. En 1931, ce descendant de canuts lyonnais avait publié une brochure sur les révoltes de 1831 et 1834 dont un extrait fut reproduit dans La Critique sociale, revue à laquelle il donna régulièrement des comptes rendus à partir du 5e numéro (mars 1932).

Entré en 1935 en relation avec l’Union communiste qui éditait l’Internationale, il donna plusieurs contributions à ce journal. Il n’adhéra pas au groupe dont il rejetait la propension à reprendre sans examen la vision trotskyste du léninisme. Discutant toutes les opinions, Jean-Jacques Soudeille apparaissait dans sa correspondance avec Jean Lastérade* comme un révolutionnaire indépendant prônant une « révision du Bolchevisme » et passant au crible de la critique les idées reçues qui formaient à l’époque le substrat des doctrines se rattachant à la « ligne bolchevique ».

Lors du Front populaire, Jean-Jacques Soudeille organisa avec l’Union départementale CGT des conférences dans le cadre de la Société des amis d’Anatole France qu’il présidait. Il y invita Jules Romains*, Thomas Mann, Victor Margueritte, André Malraux*, Jean-Richard Bloch*, André Philip*, Georges Pioch*. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, ce fut à la nouvelle série de la revue de René Lefeuvre, Masses, qu’il donna notamment un brillant essai d’interprétation de « La Psychologie du néo-bolchevisme ». « Psychologiquement, le bolchevisme est une mystique, absolument comparable à la mystique chrétienne de l’époque inquisitoriale », écrivait-il, insistant sur la « volupté de l’obéissance passive » qu’il procurait à ses adeptes. À la veille de la défaite de mai-juin 1940, Soudeille reprit ses analyses et les inséra dans l’histoire générale de la Révolution russe pour Nouvel âge de Georges Valois* avec lequel il demeura en relations lorsque celui-ci s’engagea dans la Résistance.

Dès août 1940, Jean-Jacques Soudeille et Élie Péju créèrent un premier cercle de réflexion puis, avec quelques amis animateurs de la Tribune du Rhône (sorte de Club du Faubourg lyonnais), formèrent le mouvement « France liberté » qui, dès novembre 1940, diffusa des papillons appelant à la Résistance. Ce fut Soudeille qui trouva le nom « Franc-Tireur » adopté par le mouvement en décembre 1941. Entré à son Comité directeur, il fut toujours partisan d’une autonomie totale. Aussi, il abandonna ses responsabilités en mars 1942 pour protester contre l’initiative personnelle de Jean-Pierre Lévy qui avait contacté le général La Laurencie à Vichy. Resté lié à Élie Péju et demeuré au comité du mouvement, il rédigea certains éditoriaux de Franc-Tireur. En novembre 1943, il partit à Alger représenter son mouvement auprès du Comité français de libération nationale (CFLN). Envoyé en Italie auprès de la 1re Armée française, il fut chargé de la rédaction des journaux de campagne. Il collabora à la Revue libre, organe plus théorique du mouvement Franc-Tireur et y analysa les transformations économiques (nationalisations) et sociales conséquences prévisibles de la guerre.

Avec Eugène Claudius-Petit, Jean-Jacques Soudeille fut membre de l’Assemblée constituante. A la Libération, il abandonna ses fonctions par dégoût des manœuvres politiques et prit la direction de Radio-Brazzaville puis devint directeur des émissions parlées au poste d’Alger. Il demeura membre du conseil d’administration de Franc-Tireur jusqu’à sa mort survenue à la mi-septembre 1951.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131505, notice SOUDEILLE Jean-Jacques. Pseudonymes : SOUZY, PERDU Jacques, JACQUES Jean par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 juillet 2019.

Par Jean-Louis Panné

ŒUVRE : Collaboration aux journaux et revues cités. — Sous le pseudonyme de Jacques Perdu : Les Insurrections lyonnaises (1831-1834), Librairie du Travail, 1931 [réédition Spartacus, 1974]. — Jacques Perdu, Fascisme ou socialisme, Le Travailleur (Belfort), 1933. — Jacques Perdu, « La révolution manquée. L’imposture stalinienne », Nouvel âge, n° 718-n° 725, mars-avril 1940, réédition établie et présentée par Charles Jacquier, Arles, Éditions Sulliver, 1997. — Sous le pseudonyme de Jean-Jacques : La Résistance française, Office français d’édition, 1944 ; Luttes sociales et grèves sous l’Ancien régime. Vie et mort des corporations, Cahier Spartacus, 1948 [rééd. 1970].

SOURCES : Journaux et revues citées. — BMP, mfm n° 91. — L’Internationale, 1935-1937. — La Révolution prolétarienne, n° 122, décembre 1931. — J.-P. Rioux, Révolutionnaires du Front populaire, UGE, 1973. — Bulletin de l’UD-CGT du Rhône, 1923. — Arch. J. Humbert-Droz, t. 1 (lettres du 25 décembre 1923). — Dominique Veillon, Franc-Tireur, un journal clandestin, un mouvement de résistance, Flammarion, 1977. — Le Franc-Tireur, 17 septembre 1951 (nécrologie). — Jean-Pierre Lévy, avec la collaboration de Dominique Veillon, Mémoires d’un franc-tireur. Itinéraire d’un résistant (1940-1944), Paris, Éd. Complexe-IHTP-CNRS, 1998. — Notes de M. Moissonnier et Jean-Michel Brabant. — Rens. C. Jacquier.

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