SORIA Georges. Pseudonyme : Philippe Deval

Par Claude Pennetier

Né le 24 septembre 1914 à Tunis (Tunisie), mort le 9 octobre 1991 à Paris ; écrivain et journaliste communiste.

Issu d’une famille bourgeoise (fonctionnaires, commerçants), Georges Soria souffrit de la faillite de son père pendant la crise de 1928-1929. Elève au lycée Carnot puis étudiant en droit et en philosophie à Paris, il revint à Tunis mais rompit avec les idées de sa famille. Brillant, cultivé, il parlait cinq langues étrangères. De 1932 à 1934, il fut journaliste à Tunis socialiste et animateur des Amis de l’Union soviétique.

Arrivé à Paris en 1934, il travailla pour la presse périodique et quotidienne (Regards, La Commune, Vendredi, Les Nouvelles littéraires) et milita dans les organisations antifascistes Membre du Parti communiste depuis 1936, devenu grand reporter, Georges Soria était en Espagne avant le coup de force franquiste. Son frère s’engagea dans les Brigades internationales. Georges Soria couvrit la guerre d’Espagne comme envoyé spécial de l’Humanité, de Ce Soir, d’Inprécor et d’hebdomadaires comme Regards et Vendredi. Il travaillait en étroite coopération avec les services sécurité soviétiques comme l’indique un rapport de synthèse issu des fonds du PCUS : « Pendant son séjour en Espagne, il vécut tout le temps à Madrid en même temps que les correspondants soviétiques. Il entretenait des liens avec le comité central du Parti communiste espagnol et également avec les représentants soviétiques en Espagne des services de renseignement et du NKVD. Il remplit des missions confiées par ces représentants. Au début de 1938, il écrivit avec les correspondants soviétiques Beliaev et Orlov une brochure sur le POUM et son activité en Espagne, mais celle-ci ne fut pas éditée. » (TsChSD, Fonds 5, dossier personnel, 11-12-20) En fait, elle parut la même année, dans une forme peut-être différente du projet original, sous le titre L’Espionnage trotskyste en Espagne. Ses articles dénoncèrent avec violence le POUM, « organisation de terrorisme et d’espionnage au service de Franco », le « trotskysme au service de Hitler » et leurs complices français. Le dossier soviétique utilisé plus haut signale d’ailleurs la qualité de ses articles parus dans Inprecor. Toujours selon la même source, Soria fut rappelé à Paris à la fin 1938, mais en janvier-février 1939, il était à nouveau « sur la frontière franco-espagnole » ; cependant « les représentants soviétiques le considéraient comme un journaliste parmi d’autres avec des ’positions politiques justes’ » ce qui relativise ses liens avec les services. En la personne d’Aleksandr Orlov, Georges Soria avait coopéré avec le plus talentueux des responsables du NKVD en France et en Espagne. Celui qui, aux dires de Soudoplatov, était « chargé d’organiser des enlèvements et des actions terroristes contre les trotskistes et les gens que les services spéciaux voulaient neutraliser » (Missions spéciales, p. 76) ; il était également un spécialiste de la contre-information comme en témoigne le pamphlet antitrotskyste signé Andreu Nin, rédigé par ses services après qu’il a fait assassiner ce dirigeant du POUM. Le rôle de Soria était orienté vers la propagande. Orlov ayant fait défection en juillet 1938 avant d’être arrêté par les soviétiques, ses anciens collaborateurs étaient observés avec suspicion, ce qui explique peut-être la formule « un journaliste parmi d’autres ». Les papiers qu’Orlov livrés aux Américains désignent Soria comme un de ses agents, mais ne disent rien sur le véritable fonctionnement de services.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Georges Soria resta un temps en France puis partit pour le Mexique et les Etats-Unis. Il réussit à se rendre en Union soviétique. Le rapport de synthèse déjà cité précise : « D’après les données du Comité exécutif du Komintern, il quitta les Etats-Unis pour l’Union soviétique et vécut un certain temps dans les environs de Moscou, mais il ne vint jamais au Comité exécutif de l’Internationale communiste et n’eut pas de relations avec les communistes français, y compris après le début de la Grande guerre patriotique. » En fait, il fut bien en contact avec des communistes français dont Jean-Richard Bloch et chez celui-ci il dinèrent (18h, 19h 15) avec avec Jeannette et Maurice Thorez le mercredi 23 février 1944 (carnets de Jean-Richard Bloch, notes de Rachel Mazuy).

Ses fréquentations soviétiques lui permirent d’être un des tout premiers journalistes français à entrer dans Berlin en 1945 par le front oriental. De 1946 à 1953, il assuma les fonctions d’éditorialiste et de chef du service étranger du quotidien Ce Soir, tout en publiant une série de volumes d’essais, de récits de voyages et de poèmes.

Son épouse, Julia Danilevkaia Rodriguez était la fille d’un officier espagnol et d’une aristocrate russe. Etudiante à Grenade, elle travailla très jeune pour Aleksandr Orlov ainsi que sa sœur, Elena, qui fut la collaboratrice de Naoum, Iakovlevitch Eitingon, dirigeant du GRU en Espagne et organisateur de l’opération Canard qui aboutit à l’élimination de Trosky*. Julia Danilevkaia Rodriguez vécut à Moscou avec Soria, effectua, selon Pierre Broué, une mission à Téhéran au moment de la conférence interalliée et s’établit en 1948 à Paris avec Soria.

En 1954, Georges Soria mit sa plume au service de la défense des Rosenberg, notamment par le récit intitulé La peur (le docteur Perkins à témoigné contre Ethel et Julius Rosenberg sous la pression de la peur...). Le Vie ouvrière publia ce texte le 11 mai 1954.

A partir de 1954, Georges Soria se consacra à une triple action culturelle : auteur dramatique, historien et activités dans le domaine des échanges culturels avec les pays socialistes. En 1978, il obtint le grade de docteur d’État pour une thèse sur travaux soutenue à la Sorbonne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131448, notice SORIA Georges. Pseudonyme : Philippe Deval par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 27 avril 2016.

Par Claude Pennetier

OEUVRE : Yougoslavie, Prague, 1945. — L’Allemagne a-t-elle perdu la guerre ?, Bibliothèque française, 1947. — La France deviendra-t-elle une colonie américaine ?, Le Pavillon, 1948. — Cuba à l’heure de Castro, Del Duca, 1961. — Le Grand défi : URSS-USA (2 vol.), La Grande histoire de la Commune (5 vol.), Guerre et Révolution en Espagne 1936-1939 (5 vol.), La Grande histoire de la Révolution française (3 vol.).

SOURCES : TsChSD (Tsentralnoe chranilise sekretnych del), Fonds 5, dossier personnel, 11-12-20 (document traduit par Françoise Maitron). — Notice par Jean Maitron, DBMOF. — Soudoplatov, Missions spéciales, Seuil, 1994. — Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste, Fayard, 1997. — L’Humanité. — La Vie ouvrière.

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