Née à Paris, rue du Helder, IXe arr., le 27 avril 1855 ; morte à Pierrefonds (Oise) le 24 avril 1929 ; écrivaine, journaliste.

Caroline Rémy, fille d’un petit fonctionnaire, chef du bureau des nourrices à la préfecture de police, par la suite inspecteur des maisons d’aliénés, eut une enfance triste et solitaire.
Pour conquérir son indépendance, elle épousa, le 26 octobre 1872, un sieur Montrobert, employé du gaz, et, le 28 juillet 1873, accouchait d’un fils. Mais l’union n’était pas heureuse et la jeune femme, qui était retournée chez ses parents, obtenait, cinq mois plus tard, la séparation de corps et de biens. Elle se mit à travailler, fit de la broderie, un peu de théâtre... Ayant fait la connaissance du docteur Adrien Guebhard, elle vécut avec lui, eut un second fils mais ne put régulariser son union que le 2 décembre 1885 après le vote de la loi sur le divorce. Sa vie sentimentale connut encore une grande et longue crise. Séverine se sépara, en toute amitié, du docteur Guebhard qui ne reprit place à ses côtés qu’en 1920 et mourut quatre années plus tard, le 28 mai 1924.
Amie de Jules Vallès depuis 1880, Séverine collabora au Cri du Peuple ; à la mort de Vallès, en 1885, elle assuma la direction du journal qu’elle remit, fin août 1888, à Vaillant, Chauvière et Granger.
Séverine fut un temps séduite par le boulangisme ; dix ans plus tard, elle se montra une dreyfusiste ardente et fut « la bonne ouvrière de l’Affaire » (B. Lecache, op. cit., p. 183). Elle refusa de choisir entre les multiples écoles du socialisme et n’obéit guère qu’à ses élans passionnés. « Avec les pauvres, toujours, malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes », écrivait-elle dans le Cri du Peuple le 30 janvier 1887. Et ce mot qu’elle avait pour l’anarchiste Duval qui venait d’être condamné à la peine de mort, elle le répéta dans Le Journal du 10 décembre 1893 en faveur de Vaillant qui, la veille, avait jeté une bombe dans la Chambre des députés.
Durant la guerre, Séverine sympathisa avec les pacifistes et se sentit revivre avec la Révolution russe.
En 1918, elle adhéra au Parti socialiste, puis, lors de la scission, passa au Parti communiste ; elle le quitta en janvier 1923 lorsqu’elle dut choisir entre ce parti et la Ligue des droits de l’Homme, née de l’Affaire et qui, de ce fait, lui était chère.
En 1926, elle renonça à Paris pour Pierrefonds. Elle ne reparut qu’une fois en public. Ce fut au Cirque d’Hiver, en juillet 1928, pour tenter d’arracher Sacco et Vanzetti à la chaise électrique.
À sa mort, Le Libertaire du 1er mai 1929 lui rendit hommage en ces termes : « Elle était pour nous, anarchistes, une grande amie, une camarade. Séverine était libertaire, plus d’instinct sans doute que d’idées, mais elle était des nôtres. »

ŒUVRE : Voir la très complète bibliographie dressée par B. Lecache dans l’ouvrage qu’il a consacré à Séverine, op. cit.
La correspondance Vallès-Séverine a été publiée en 1972 sous la direction et avec notes de L. Scheler par les Éditeurs Français Réunis.

SOURCES : Arch. PPo. B a/1 660. — Les Hommes du Jour, n° 65, 17 avril 1909. — B. Lecache, Séverine, Paris, 1930, 250 p. Bibl. Nat. 8° Ln 27/64 045.

ICONOGRAPHIE : B. Lecache, op. cit.
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