Né le 18 août 1886 en Bessarabie, mort le 3 mars 1938 à Capetown (Afrique du Sud) ; militant anarchiste juif, meurtrier de l’hetman Simon Petlioura en mai 1926.

Samuel Schwartzbard fut très actif dans le mouvement révolutionnaire de 1905 en Russie et participa à l’organisation de milices d’autodéfense juives constituées pour résister aux pogroms. En 1906, il quitta la Russie et, après diverses pérégrinations, vint finalement s’installer à Paris.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, il s’engagea comme volontaire dans la Légion étrangère et prit part à tous les combats de sa formation, notamment à la bataille de Carency. Il fut grièvement blessé le 1er mars 1916, cité à l’ordre du jour et décoré de la Croix de guerre. Réformé n° 1 en 1917, Samuel Schwartzbard retourna en Russie en novembre de cette même année. Il participa à la guerre civile jusqu’en 1919 comme commandant d’un corps de francs-tireurs, le bataillon Rachale, qui combattait les Blancs dans la région d’Odessa. Plusieurs membres de sa famille périrent dans les pogroms qui ensanglantèrent l’Ukraine pendant l’hiver 1919-1920.
En 1920, Samuel Schwartzbard revint s’installer à Paris où il tenait une boutique d’horlogerie au 20 boulevard de Ménilmontant (XXe arr.). Très influencé par la pensée de Pierre Kropotkine*, il milita essentiellement dans les milieux anarchistes juifs émigrés. D’après N. Weinstock, il participa aux tentatives de reconstruction d’un mouvement anarchiste juif autour du groupe des Fraye sotsialistn (Les socialistes libres) fondé à Paris en 1924. Ayant appris la présence à Paris de l’hetman Petlioura, ancien chef du gouvernement autonome ukrainien en 1919-1920, qu’il tenait pour responsable des pogroms commis à cette époque, il décida de l’exécuter. Dans ses souvenirs, May Picqueray* indique que Samuel Schwartzbard était en compagnie des anarchistes Alexandre Berkman, Mollie et Senya Éléchine et d’elle-même, lorsqu’il reconnut Petlioura dans un restaurant du Quartier latin. Selon Alexandre Skirda, Samuel Schwartzbard était un « familier de Nestor Makhno* » auquel il s’ouvrit de son projet meurtrier. Opposé à l’attentat contre les personnes, Makhno tenta alors de l’en dissuader lui rappelant que Petlioura avait condamné les pogroms.
Le 25 mai 1926, rue Racine (Ve arr.), Samuel Schwartzbard fit feu à plusieurs reprises sur Petlioura qui mourut en arrivant à l’hôpital de la Charité où il avait été transporté, tandis que Samuel Schwartzbard se livrait immédiatement à la police et était emprisonné à la Santé.
Cet événement produisit une émotion considérable dans l’opinion publique universelle, en ramenant sur le devant de la scène la question des responsabilités dans les sinistres pogroms commis en Russie pendant la guerre civile.
Le procès de Samuel Schwartzbard commença le 18 octobre 1927 devant la cour d’assises de la Seine. Il était défendu par Maître Henry Torrès, assisté de ses collaborateurs Serge Weill-Goudchaux et Gérard Rosenthal* ; Boris Souvarine* apportant sa connaissance de la langue et de l’histoire révolutionnaire russes. La famille Petlioura s’était constituée partie civile et était représentée par Maîtres Campinchi, Willm et Ponansky. Un journaliste judiciaire, Géo London, décrit, comme suit, Samuel Schwartzbard au moment du procès : « Maigre et roux, les cheveux longs, ondulés et rejetés en arrière (...) avec son teint clair, ses yeux bleus d’acier plus volontaires que rêveurs. » Au cours des débats, interrogé par l’avocat de la partie civile sur ses opinions politiques, Samuel Schwartzbard se déclara fermement anarchiste. Le 26 octobre, il était acquitté sous les acclamations de l’assistance. Selon Le Libertaire, par la suite, « Schwartzbard se consacra plus particulièrement à la propagande contre l’antisémitisme » et trouva la mort au cours d’une « tournée de conférences dont les bénéfices devaient servir à l’édition d’une encyclopédie en langue juive ».
De nos jours la polémique sur la responsabilité de Simon Petlioura dans les pogroms d’Ukraine n’est pas close et il y des Ukrainiens qui disaient qui disent, sans preuve, que Schwartzbard était un espion soviétique agissant sur ordre de Moscou ; il faut rappeler qu’en tout état de cause l’affaire Samuel Schwartzbard fut à l’origine de la création en 1927 de la Ligue internationale contre les pogroms par Bernard Lecache*, transformée l’année suivante en Ligue internationale contre l’antisémitisme.

ŒUVRE : En yiddish : Rêves et Réalité, Paris, 1920 (sous le pseudonyme de Baal haklaloymes : le rêveur). — En lutte avec soi-même, Chicago, 1933. — Dans le cours du temps, Chicago, 1934.

SOURCES : H. Torrès, Le Procès des pogroms, Éditions de France, 1927. — G. London, Les grands procès de l’année (1927), Éditions de France, 1928. — Encyclopédia Judaïca, Keter publishing House, Jérusalem, 1972. — G. Rosenthal, Avocat de Trotsky, Laffont, 1975. — May Picqueray*, May la réfractaire, Atelier M. Jullian, 1979. — A. Skirda, Nestor Makhno, Le Cosaque de l’anarchie, AS, 1982, p. 320. — Pour faire la vérité ! Les relations ukraino-juives et Simon Petlioura (1917-1920), Paris, Club des amis de l’Ukraine, 1985. — N. Weinstock, Le Pain de misère, histoire du mouvement ouvrier juif en Europe, t. III, La Découverte, 1986. — J.-P. Hallali, H. Musicant, Des Hommes libres (histoires extraordinaires de l’histoire de la LICRA), Éditions Bibliophane, 1988. — Le Libertaire, 16 juin 1938 (nécrologie). — Rens. de S. Boulouque. — Une chercheuse américaine, Deborah Waroff, prépare un ouvrage biographique sur Sholem Schwartzbard.

Charles Jacquier

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