Né le 5 mars 1915 à Paris (XVIe arr.), mort le 4 juillet 2002 à Paris (XIVe arr.) ; mathématicien, universitaire à Nancy, puis à Paris, professeur à l’école polytechnique, membre de l’Institut ; trotskyste de 1936 à 1948, membre du POI, puis du PCI (SFQI) et de son comité central, du RDR, de la NG, puis de l’UGS et du PSU ; syndicaliste à la FEN, puis au SNESup.

Laurent Schwartz
Laurent Moïse Schwartz naquit le 5 mars 1915, à Paris, dans le 16e arrondissement. Son père, Anselme Schwartz (1872-1957), juif originaire d’Alsace, était chirurgien des hôpitaux de Paris, et membre de l’Académie de chirurgie. Sa mère, Claire (1888-1972, née Debré), mariée en 1907 n’exerçait, quant à elle, aucune profession. En plus de Laurent, l’aîné, le couple eut deux autres enfants, Daniel (né en 1917) et Bertrand (né en 1919). Par ailleurs, un de leurs grands-oncles était Jacques Hadamard (1865-1963), grand mathématicien ; et un de leurs cousins germains se trouva être Michel Debré, futur premier ministre. Le jeune Laurent contracta, en juillet 1926, une poliomyélite dont il guérit, mais qui lui interdit pour toujours de trop grands efforts physiques. Son enfance se déroula à Paris et dans la propriété campagnarde d’Autouillet, les Closeaux, achetée en 1926, dans laquelle la famille passait la plupart de ses dimanches et vacances. A cette époque, il manifesta une grande curiosité et lut beaucoup, particulièrement de la biologie.
Laurent Schwartz effectua toutes ses études à Paris avec succès, d’abord au lycée Janson-de-Sailly (il y obtint le premier prix de thème latin et le premier accessit de version latines au concours général, puis, en terminale, le deuxième accessit de mathématiques), à l’issue desquelles il décrocha son baccalauréat, mention très bien, en 1932. Il intégra ensuite l’école normale supérieure de la rue d’Ulm à partir de 1934, après être passé par les classes de mathématiques élémentaires, puis d’hypotaupe et taupe -ce qui veut dire mathématiques spéciales préparatoires et mathématiques spéciales-, et avoir été reçu 20ème sur 21 au concours d’entrée. C’est là que, sans formation politique et issu d’un milieu familial plutôt porté à droite, mais athée, il évolua, au contact de certains élèves, vers le socialisme. Il lut Marx, Lénine, s’interrogea sur la première guerre mondiale, le colonialisme et le capitalisme. Aux élections de 1936, il vota pour la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), puis s’en éloigna, la trouvant trop modéré, et en désaccord tout particulièrement avec sa politique de non-intervention en Espagne ; il fit alors le projet d’adhérer au Parti communiste français (PCF). Mais le déroulement des procès de Moscou le marqua profondément, et la lecture d’une interview de Fred Zeller dans Le Petit Parisien sur la IVe Internationale le décida à se rendre au local du Parti ouvrier internationaliste (POI). Il y adhéra en octobre, lisant régulièrement la presse trotskyste ainsi que les ouvrages de Trotsky. A l’école normale, son militantisme consista à vendre La Lutte Ouvrière, l’organe du POI, et à mener quelques discussions politiques. Il lui arriva même une fois de porter la contradiction à Maurice Thorez, venu faire une conférence rue d’Ulm. Fin juin 1937, il passa et obtint l’agrégation de mathématiques, à la deuxième place.
Au sortir de l’école normale, Laurent Schwartz effectua son service militaire, d’octobre 1937 à septembre 1939. Il fut d’abord, pour ses classes, incorporé à Ban-Saint-Martin (Moselle), près de Metz, formation d’officiers de réserve. Puis, devenu sous-lieutenant, il fut affecté à Laon (Aisne). Au printemps 1938, il s’y installa avec Marie-Hélène Lévy, qu’il fréquentait depuis le lycée, et avec qui il était fiancé depuis avril 1935. Ils s’étaient finalement mariés le 2 mai 1938, juste avant de s’installer à Laon, et eurent deux enfants : Marc-André (né le 17 mars 1943, mort en 1971), et Claudine (née le 30 juillet 1947). A l’automne de la même année, ils déménagèrent à Châtillon-sous-Bagneux, Laurent Schwartz étant nommé à la garnison du Mont Valérien. Son activité essentielle était alors la lecture. Sitôt son service militaire terminé, en septembre 1939, il fut mobilisé comme officier de réserve à Ballancourt, dans la poudrerie du Bouchet, chargé de l’organisation des tirs et accessoirement de la formation du contingent. Il fut ensuite muté à Biscarrosse (Landes) en tant que professeur pour les officiers de réserve mobilisés. Suite à la défaite militaire française, et avant l’arrivée des troupes allemandes sur place, il fut évacué à Aire-sur-l’Adour, puis démobilisé le 15 août 1940. Ses parents s’étaient réfugiés à Toulouse, où ils restèrent jusqu’à l’invasion de la "France libre" par les nazis. Laurent Schwartz et son épouse les y rejoignirent, mais déménagèrent peu après pour Clermont-Ferrand ; la Faculté de Strasbourg s’y étant réfugiée, il s’y inscrivit pour préparer une Thèse. Il fut recruté en novembre 1940 à la Caisse Nationale des Sciences (nom initial du futur CNRS) comme jeune chercheur ; les Juifs, en vertu du statut des Juifs, n’avaient pas le droit d’être fonctionnaires, mais les membres de la caisse nationale des sciences n’étaient pas fonctionnaires. A partir de la fin de 1942, la caisse nationale fut aussi interdite aux Juifs. L’Aide à la Recherche Scientifique, organisme privé dirigé par le Directeur des établissements Michelin, auquel le statut des Juifs ne s’appliqua jamais, lui versa une bourse égale à celle de la caisse des sciences. C’est par son aide généreuse qu’ils ont pu survivre le restant de la guerre. Ils eurent près de Clermont-Ferrand plusieurs domiciles successifs, Boisséjour, Ceyrat, le Vernet-la-Varenne à partir de novembre 1942, date de l’invasion de la zone libre par les nazis. Ils militèrent avec le groupe trotskyste local de Clermont, installé dans la clandestinité, Laurent Schwartz diffusant des tracts et La Vérité dans les boites à lettres des cités ouvrières. Il participa même à des réunions de responsables trotskystes de la zone-sud, à Lyon et Marseille ; l’arrestation des responsables de cette zone, en juin 1942, faillit d’ailleurs le perdre. Le même mois, il fut présent au comité central élargi du POI, tenu à Paris. C’est quand sa situation devint plus précaire qu’ils partirent au Vernet-la-Varenne, où il rédigea sa thèse de mathématiques, mais il revint la soutenir à la Faculté des sciences de Strasbourg, toujours réfugiée à Clermont. Il y obtint le titre de docteur ès sciences mathématiques, le 30 janvier 1943. Ils durent finalement quitter précipitamment la région fin mars, ayant la police à leurs trousses. C’est à partir de ce moment là que le couple plongea dans la clandestinité. Devant rester temporairement à Clermont pendant quelques jours pour l’accouchement de leur fils, ils furent hébergés, dans ces moments difficiles, d’abord chez Suzanne Augonet et Charles Schechter, puis chez le couple Desanti, et enfin par les Pluvinage.
Par la suite, munis de fausses cartes d’identité, Laurent Schwartz et son épouse, après être passés par Roanne, puis Les Adrets (près de Grenoble) dans l’espoir de gagner la zone d’occupation italienne, se cachèrent finalement dans l’Isère, dans une maison à Saint-Pierre de Paladru. Ils gardèrent par ailleurs le contact avec les groupes trotskystes de Grenoble et de Lyon, et assistèrent à leurs réunions. Laurent Schwartz se rendit également à Paris pour assister au 5ème congrès du POI, clandestin, tenu en juin 1943, ainsi qu’à un comité central élargi, début 1944, pour préparer l’unification des différents groupes trotskystes. Ses activités politiques faillirent à plusieurs reprises le rendre victime de rafles de juifs. Pendant cette période, il prit comme couverture professionnelle un poste fictif de professeur de Faculté en sciences à Grenoble ; parallèlement, pour donner des cours de niveau lycée dans le village de Monestier-de-Clermont, il se fit passer pour un chercheur de la caisse nationale des sciences.
En septembre 1944, Laurent Schwartz et son épouse revinrent sur Paris, dans un appartement au 2 rue de Monticelli. Rapidement nommé à la Faculté des sciences de Grenoble (Isère), il y enseigna pendant un an, lui et sa famille logeant dans la banlieue, à Meylan. Il fut ensuite nommé à la Faculté de Nancy (Meurthe-et-Moselle), où il demeura de l’automne 1945 à janvier 1953, habitant d’abord boulevard Lobeau, puis au 26 rue Saint Michel, et enfin au 30 cours Léopold. Toujours membre du mouvement trotskyste (il avait repris ses activités militantes au grand jour dès l’été 1944, donnant des conférences), il conduisit, en octobre 1945, la campagne des législatives dans l’Isère, sur une liste du Parti communiste internationaliste (section française de la quatrième internationale), avec comme tête de liste le vétéran communiste rallié au trotskysme Raffin-Dugens, et qui recueillit, à la suite d’une campagne active, 2710 voix sur l’ensemble du département. Il fut élu, par le 3ème congrès du PCI (SFQI) de septembre 1946, au comité central, dans les rangs de la tendance dite "droitière", animée principalement par Yvan Craipeau, Paul Parisot, Marcel Beaufrère, les époux Filiatre et Albert Demazière (voir ces noms). Aux élections législatives suivantes, en juin 1946, il fut lui-même tête de liste de son organisation.
Sur Nancy, il participa également à la vie du petit groupe de son parti, vendant La Vérité à la criée près de Neuvemaison, et organisant tous les 15 jours des réunions à son domicile. Sur le plan professionnel, il adhéra au Syndicat de l’Enseignement Supérieur, et en fut rapidement élu secrétaire, avant de devenir secrétaire départemental de la Fédération de l’éducation nationale (FEN). Dans ce cadre, il organisa une journée de grève afin de revaloriser les salaires, qui fut un succès. A la fin de l’année 1947, après les élections, Laurent Schwartz quitta le mouvement trotskyste et adhéra pour quelques temps au Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). suite à cette attitude, il fut exclu en mars 1948, avec les principaux dirigeants "droitiers", pour double appartenance au PCI (SFQI) et au RDR.
Laurent Schwartz participa, au printemps 1948, au congrès de la FEN qui décida de son autonomie ; hostile à cette orientation, il y présenta une motion intitulée "Pour une Fédération de l’Éducation Nationale adhérant à une CGT démocratisée", qui n’eut pratiquement aucun succès. Il adhéra alors à la FEN-CGT, bénéficiant de la double adhésion. Il se vit décoré, en 1950, de la médaille Fields du congrès international des mathématiciens, tenu à Cambridge, aux états-Unis. En 1951, il partit trois semaines en Yougoslavie, pour y donner des conférences de mathématiques. A son retour, il organisa une réunion à Nancy, qui fut interrompue par des militants du PCF. A partir de la rentrée 1952, il quitta Nancy et enseigna à la faculté des sciences de Paris. Les Schwartz habitèrent alors, à partir de janvier 1953, au 225 avenue Daumesnil (12ème). Toujours en 1953, Laurent Schwartz devint professeur à la Faculté des sciences de Paris, titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral.
Suite au déclenchement du conflit algérien, en novembre 1954, Laurent Schwartz renoua avec son engagement anticolonialiste, en étant d’abord favorable au Mouvement national algérien, puis au Front de libération national, tout en conservant son indépendance à l’égard de ce dernier. C’est ainsi qu’il participa au "comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord", fondé en novembre 1955 par Robert Antelme et Edgar Morin, mais qui disparut suite aux événements de Hongrie, en novembre 1956. Il participa également, plus tard, au "comité du colloque pour l’étude des solutions du problème algérien", présidé par Albert Châtelet. Mais une de ses activités les plus marquantes fut sans doute son investissement, comme président, après la mort du Doyen Albert Châtelet, dans le "comité Maurice Audin" (ayant comme organes successifs Témoignages et documents, puis Vérité-Liberté), de l’automne 1957 à 1962, contre la torture, dont fut en particulier victime ce jeune étudiant en mathématiques. C’est également lui qui rapporta à la soutenance de sa thèse, réalisée in absentia le 2 décembre 1957. Le Comité Audin fut très actif. Un des membres les plus actifs fut le jeune assistant Pierre Vidal-Naquet. Dans la même optique, il participa, avec Simone de Beauvoir, au "comité Djamila Boupacha", une Algérienne torturée par des parachutistes, et prit part à plusieurs manifestations et sit-ins avec d’autres intellectuels, comme celui du fort de Vincennes, le 30 avril 1960 (qui se termina par une arrestation policière). Il écrivit de même plusieurs articles, comme celui intitulé "La révolte de l’Université", à propos de l’affaire Audin, publié dans L’Express en janvier 1958. Il signa également le manifeste des 121 de septembre 1960, dans la deuxième série des signataires, et prit position contre le massacre des manifestants algériens du 17 octobre 1961, en lisant une déclaration à ce sujet en amphithéâtre. Il fit partie, en novembre 1960, d’une délégation du Comité universitaire de défense républicaine avec André Hauriou et Jean-Pierre Vigier auprès de la FEN pour tenter une conciliation entre la FEN, l’UNEF et la CGT. La FEN repondit positivement "à condition que la CGT retire ses accusations calomnieuses de collusion avec le gouvernement".
A la même période, Laurent Schwartz adhéra de nouveau à une organisation politique. Poussé par Yvan Craipeau, il rejoignit en effet la Nouvelle gauche (NG), et la suivit lors de la création de l’Union de la gauche socialiste (UGS). A partir du 7 juillet 1958, il fut même membre du bureau provisoire de l’Union des forces démocratiques (UFD), une des étapes sur la voie de la naissance du Parti socialiste unifié (PSU). C’est d’ailleurs lui qui présida la séance de fondation de ce dernier, le 3 avril 1960, au congrès d’Issy-les-Moulineaux ; mais il n’eut qu’un engagement militant modéré dans cette nouvelle organisation. Il participa également à la création, fin 1960, du centre d’études socialistes, actif jusqu’en 1968, et dont il prononça la première conférence sur "marxisme et pensée scientifique". Bénéficiant d’une réputation de relative neutralité, il essaya, avec Daniel Mayer, suite au putsch des généraux du 22 avril 1961, d’organiser une réunion unitaire entre la Confédération générale du travail, Force ouvrière, la SFIO et le PCF pour mener une action commune : ce fut un échec. enfin, il fut partie prenante de la fondation de la "ligue d’action pour le rassemblement antifasciste", fin 1961. Il fut par la suite victime d’un plasticage de l’OAS, mais la charge explosa dans le jardin de son immeuble, causant seulement des dégâts matériels. Au mois de février 1962, son fils Marc-André fut enlevé, puis abandonné par ses ravisseurs ; l’enquête policière ne donna rien, jetant même des doutes sur la véracité des faits. Laurent Schwartz fut de surcroît menacé d’assassinat par les ultras de l’Algérie française.
A partir de 1958, Laurent Schwartz habita au 37 rue Pierre Nicole. En 1958, il devint membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme, où il resta jusqu’en 1964. En 1959-1960, puis à partir de 1963, il fut professeur d’analyse à l’école polytechnique ; sa révocation, en 1960, par le ministre de la défense Pierre Messmer, résultait de son soutien au droit à l’insoumission avec le manifeste des 121. Il fut néanmoins réintégré en 1963. Il continua à effectuer de nombreux voyages à l’étranger, surtout de 1962 à 1963, aux états-Unis, à New-York. Laurent Schwartz quitta l’université en 1969, pour être détaché à plein temps à l’école polytechnique ; il mit ce temps à profit pour essayer d’impulser des réformes au sein de cette grande école, et recruta pendant plusieurs années de jeunes chercheurs en mathématiques pour le CNRS. Il créa d’ailleurs le centre de recherches mathématiques de l’école polytechnique, en 1965, dont il fut également directeur. Il obtint, en 1972, le grand prix Cognacq-Jay, et devint, en 1973, membre correspondant de l’Institut (section Académie des sciences), avant d’en être membre à part entière deux ans plus tard. Il en avait été d’ailleurs lauréat en 1964.
Dans la continuité de son engagement anticolonialiste, Laurent Schwartz fut l’un des organisateurs des "six heures pour le Viêt-nam", réunissant, en opposition à l’intervention américaine, le PCF, l’intersyndicale, le mouvement de la paix et de nombreux intellectuels. En septembre de la même année, il participa à la création du Comité Viêt-nam National (CVN), dont il fut élu président par son bureau politique. Rassemblant plusieurs milliers de membres, le CVN fut actif jusque vers la fin de la guerre, et à l’origine de multiples initiatives : meetings, comme les "six heures du monde pour le Viêt-nam" en octobre, à la Mutualité, qui furent un grand succès ; des manifestations contre l’armée américaine, des souscriptions, etc... De même, Laurent Schwartz participa au tribunal Russel, qui tint ses sessions d’abord à Stockholm, du 2 au 9 septembre 1967, puis à Roskilde, au Danemark, du 20 novembre au 1er décembre de la même année ; ses conclusions, auxquelles Laurent Schwartz s’associa, considéraient qu’il y avait bien un génocide en cours au Viêt-nam, au vu de la volonté délibérée de tuer de nombreux civils. Le successeur du tribunal Russel fut le tribunal permanent des peuples, présidé par Lelio Basso, auquel Laurent Schwartz participa occasionnellement, comme contre les tortures au Brésil, en 1974, ou pour l’Afghanistan en 1981 et 1982. Enfin, d’août à octobre 1968, il effectua un voyage au Viêt-nam, au cours duquel il rencontra le premier ministre Pham Van Dong, ainsi que Ho Chi Minh. Il eut par la suite l’occasion, en 1976, 1979, 1984 et 1990, de revenir dans ce pays, et s’efforça aussi de plaider en faveurs des dissidents. De même, il participa, en 1977, au lancement d’un bulletin d’informations sur le Cambodge (BISC), et souscrivit à l’opération "un bateau pour le Viêt-nam", en faveur des boat-people.
Toujours actif politiquement, il s’investit dans l’action en faveur des immigrés, tentant ainsi, au début des années 70, de faire élaborer un véritable statut des étrangers en France. il signa également, avec son ami Pierre Vidal-Naquet, en juillet 1974, un texte publié dans Le Monde (republié dans Esprit), intitulé "Manifeste pour la vérité et la moralité en politique" ; approuvé par 400 signataires, il condamnait toute organisation affirmant détenir la vérité absolue. Mais surtout, face à l’intervention soviétique en Afghanistan, en 1979, il s’engagea activement, et intégra le collectif de lutte contre l’invasion de l’URSS, formé en France, et auquel participaient Bernard Delpuech et Jean Elleinstein. Ce collectif organisa un meeting le 6 juin 1980, "six heures pour l’Afghanistan", et lança une souscription, ainsi qu’un journal, Afghanistan en lutte. Le 24 janvier 1981, il se transforma en une association loi 1901, le mouvement de soutien à la résistance afghane (MSRA), dont Laurent Schwartz fut élu président. Des actions diverses furent menées (réunions, colloques, forums internationaux, voyages sur place), mais progressivement, le MSRA a été remplacé par le bureau international Afghanistan (BIA), fondé en novembre 1981. Cette structure, dont Laurent Schwartz fut également élu président, rassemblait non seulement des Français, mais aussi de nombreuses délégations étrangères, réunies pour la défense de l’indépendance du peuple afghan. Le BIA avait aussi une publication, Défi Afghan, et organisa voyages et réunions avec des représentants afghans jusqu’à sa disparition, en 1992. Toujours dans l’optique d’aider l’Afghanistan, Laurent Schwartz fut également pendant plusieurs années le président de la mission d’aide au développement des économies rurales (MADERA), une importante ONG créée en 1988.
En 1983, Laurent Schwartz partit à la retraite. Il ne quitta pas pour autant le monde de l’éducation, puisqu’il prit part à la commission du bilan, créée par le premier ministre Pierre Mauroy et dirigée par François Bloch-Lainé, qui devait réaliser un "bilan de la France" de juin à décembre 1981. Il en rédigea plus particulièrement, avec Renée Ribier et André Staropoli, le quatrième volume, sur "l’enseignement et le développement scientifique". Lorsqu’en 1984, en opposition à la loi Savary sur l’enseignement supérieur, se créa l’association Qualité de la science française (QSF), composée d’universitaires, c’est Laurent Schwartz qui en fut élu président. Il en est actuellement président d’honneur. Cette activité l’amena aussi à écrire plusieurs articles et un livre, Pour sauver l’université, qui sortit en janvier 1984. De 1985 à 1989, enfin, il fut président du comité national d’évaluation des universités (CNE), créé par Jean-Pierre Chevènement, et composé de 17 membres nommés par François Mitterrand. Surtout actif de mai 1985 à mai 1989, ce CNE rédigea de nombreux rapports.
Dans le cadre de ses recherches en mathématiques, Laurent Schwartz avait intégré, dès 1940, à Clermont, le groupe Bourbaki, qui existait depuis 1935 ; il participa à ses congrès, ses séminaires et ses productions jusqu’à la limite d’âge autorisée de 50 ans. Il s’engagea également en défense de collègues mathématiciens, emprisonnés en raison de leurs idées. Ce fut le cas pour le soviétique Leonid Plioutch en 1974, avec la création d’un comité international pour sa défense, dont firent partie Henri Cartan et Michel Broué. Ce même comité poursuivit par la suite des campagnes du même type, en faveur de mathématiciens du bloc socialiste ou d’Amérique latine. De même, il fut un des trois présidents, avec Alfred Kastler et André Lwoff, de l’actif "comité scientifique du conseil national français pour la protection des droits des Juifs d’URSS".
Son épouse, chef de travaux à l’IHP, née le 21 octobre 1913, milita à l’UGS et au PSU ainsi qu’au SNES-Sup.
Considéré comme un des plus grands mathématiciens contemporains, distingué par plusieurs établissements universitaires (il est docteur honoris causa des universités de Montréal, Lund, Berlin Est, Tel Aviv, Bruxelles, Liège et Athènes), invité à donner des conférences ou à assister aux congrès internationaux de mathématiques, Laurent Schwartz a parcouru plus de cinquante pays, du Danemark à l’Angleterre, du Canada à la RFA, en passant par l’Amérique latine, la Tunisie ou l’Inde. Il est connu pour ses ouvrages de référence en analyse, en physique mathématique ; mais il est surtout l’"inventeur" des distributions, dont les applications sont nombreuses et dépassent largement le seul domaine des mathématiques. Elles sont devenues aujourd’hui si nécessaires qu’elles sont enseignées dans la plupart des universités en second cycle et en écoles d’ingénieurs. Maîtrisant le français, l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le portugais, il est également passionné d’entomologie et de biologie.

OEUVRE : -Études des sommes d’exponentielles réelles (thèse de doctorat), Hermann, 1942 ?3 (2ème édition, 1959) - Théorie des distributions, Hermann, 1951 (3ème édition, 1966) - Lectures on complex analytic manifolds, Bombay, 1955 (2ème édition, 1986) - Méthodes mathématiques pour les sciences physiques, Hermann, 1961 (3ème édition, 1979) - Functional analysis, New York university, 1964 - Cours d’analyse de l’École polytechnique, Hermann, 1967 (nouvelle édition, 1993) - Semi-martingales sur des variétés et martingales conformes sur des variétés analytiques complexes, Springer, Berlin, 1978 - La France en mai 1981. L’enseignement et le développement scientifique, La documentation française, Paris, 1981 - Pour sauver l’université, Seuil, Paris, 1983 - Pour la qualité de l’Université française, PUF, Paris, 1994 (avec Pierre Merlin) - Un mathématicien aux prises avec le siècle, Odile Jacob, Paris, 1997 - articles dans La Vérité, La Commune, Tribune Socialiste, France-Observateur, Les Cahiers de la République, L’Express, Le Monde, Afghanistan en Lutte, Défi Afghan.

SOURCES : Arch. R. Prager. — Témoignages de Laurent et Marie-Hélène Schwartz recueilli par R. Prager le 21 septembre 1977, complété le 5 octobre 1999. — La Vérité, 13 octobre et 19 novembre 1945, 13 septembre 1946. — Who’s who in France - Marc Heurgon, Histoire du PSU, tome 1. La fondation et la guerre d’Algérie (1958-1962), La Découverte, Paris, 1994 - Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle, Odile Jacob, Paris, 1997. — Pierre Vidal-Naquet, Mémoires 2 - le trouble et la lumière, 1955-1998, Seuil/La Découverte, Paris, 1998. — Notes de Jacques Girault. — État civil.

Jean-Guillaume Lanuque et Rodolphe Prager (avec la collaboration de Stéphane Passerat)

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