SCHMITT Lucien, Jacques, dit SÉVERIN, dit FORGE, dit MARCHAL, dit PELÉ, dit HIVER Jacques

Par Rodolphe Prager, Gilles Morin

Né le 24 novembre 1916 à Paris (XVIIe arr.), mort le 6 juin 1962 à La Bouttière (Isère) ; journaliste ; membre des Jeunesses socialistes puis des Jeunesses socialistes révolutionnaires ; membre dirigeant des organisations trotskystes jusqu’en 1948.

Fils de Marcel, peintre en bâtiment, et de Marthe Liloc, sans profession. Il a épousé le 24 décembre 1942, à Paris Ve arr., Lisette Chanabé-Barra. Ils eurent un enfant , né le mois suivant.

Lucien Schmitt suivit des études d’agronomie qu’il ne mena pas à terme. Militant à la 18e section de Paris des Jeunesses socialistes, il fut arrêté le 3 juin 1934 à la suite d’une bagarre contre les vendeurs de l’Action française, il était porteur d’une barre de fer. Il représenta la 18e section au congrès fédéral de la Seine, le 21 juillet. Il fut rapidement influencé par la tendance trotskyste très active et participa à la formation des Jeunesses socialistes révolutionnaires animées par Fred Zeller qui se constitua début 1936. Il milita, également, au Parti ouvrier internationaliste dirigé par Pierre Navilleet Jean Rous qui fut fondé en juin 1936. Au premier congrès du POI, les 10-11 octobre 1936, Lucien Schmitt fut élu à son comité central et y siégea jusqu’au IIIe congrès, le 15 janvier 1939. Il suivit alors la tendance minoritaire de Jean Rous qui, passant outre aux décisions du congrès, choisit d’adhérer au Parti socialiste ouvrier paysan de Marceau Pivert. Il écrivait dans Révolution, l’organe des JSR, des articles sous le pseudonyme de Forge.

Responsable, en tant que membre du comité central des JSR, de l’action antimilitariste des militants effectuant leur service militaire, Lucien Schmitt fut arrêté le 6 mars 1939 et comparut devant le tribunal militaire de la VIe région, à Châlons-sur-Marne, en mars 1940, avec ses camarades Isaac Bloushtein et Louis Rigaudias. Chacun fut condamné à cinq ans de prison pour complot contre la Sûreté de l’État. Depuis 1938, Lucien Schmitt résidait à Reims et exerçait la profession d’auxiliaire des contributions indirectes de mars 1938 à mars 1939. L’évacuation des prisons pendant l’offensive allemande, en juin 1940, lui permit de s’évader. De retour à Paris il s’engagea immédiatement dans l’action clandestine et participa activement à la reconstitution de l’organisation trotskyste au côté de Marcel Hic. Il milita, en particulier, dans le milieu des Auberges de jeunesse.

En août 1940, sous l’identité de Georges Fournier, né le 28 mai 1918 à Poitiers, il s’inscrivit au stage de l’École des cadres de Sillery (Marne) puis il fut affecté chef d’un centre de la Jeunesse à la région de Laon, tout d’abord à Saint-Quentin (Aisne), puis à Langueil-Annel (Oise). Son chef de service constata au début 1943 qu’il renouait des relations avec des membres de la IVe Internationale. Invité à donner sa démission, il quitta Saint-Quentin le 13 février 1943 pour retourner chez ses parents à Paris. Il travailla, au printemps, sous l’identité de Claude Vidal au chantier intellectuel des sites, rue de Valois, dépendant du secrétariat général des Beaux-Arts. Puis, ayant obtenu du secrétariat à la guerre une suspension du jugement prononcé contre lui en mars 1940, il fut employé sous son nom, au service intellectuel et artistique de l’Office de reclassement professionnel à la Main d’Oeuvre, dépendant du secrétariat du Travail, avant d’effectuer un stage au CEGOS, afin de devenir orienteur professionnel. Son épouse était assistante sociale au Secours national.

Parmi d’autres tâches, il fut en 1944 trésorier du POI. Lucien Schmitt n’était pas favorable au nouveau cours, plus à gauche, défini par son organisation fin 1943 et à l’unification avec l’autre mouvement trotskyste, le Comité communiste internationaliste, qui se réalisa en février 1944. Il anima une tendance qualifiée de « droitière » dans le parti unifié.

Au printemps 1944, il fut chargé d’animer la cellule trotskyste de Grenoble (Isère). Il rejoignit le maquis de l’Oisans et, de retour à Grenoble à la Libération, fut secrétaire permanent du comité d’épuration. Lucien Schmitt fut élu et réélu en 1946 aux IIe et IIIe congrès du Parti communiste internationaliste et dirigea l’organisation de la région parisienne. Cependant ses désaccords avec la politique suivie par la IVe Internationale l’amenèrent à donner sa démission du Parti communiste internationaliste et à adhérer à l’éphémère Action socialiste révolutionnaire d’Yves Dechezelles, le 27 janvier 1948. Devenu entre temps journaliste à l’agence France-Presse, il fut détaché au bureau de Bonn (Allemagne) et collabora à France Observateur sous le nom de Jacques Hiver.

En 1960, Lucien Schmitt devint chef du bureau de l’AFP à Belgrade. Il mourut soudainement, en 1962, pendant des vacances en Isère où il aimait retourner.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article130744, notice SCHMITT Lucien, Jacques, dit SÉVERIN, dit FORGE, dit MARCHAL, dit PELÉ, dit HIVER Jacques par Rodolphe Prager, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Rodolphe Prager, Gilles Morin

SOURCES : Arch. PPo, 1W1069/53274. — La Lutte ouvrière, 25 novembre 1937. — La Vérité, juillet 1939. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la LCI, MM, Paris I, 1974. — Bulletin intérieur, n° 51, mars 1948, du PCI. — Rens. recueillis par J.-M. Brabant. — Témoignage de Geneviève Schmitt. — Notes de Gilles Morin.

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