SAMSON René, Jean, Albert, Hermann

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Né le 14 janvier 1908 à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), mort le 3 mars 1991 à Juvisy-sur-Orge (Essonne) ; instituteur dans l’Oise ; militant du SNI, tendance École émancipée.

Fils d’un employé des chemins de fer (Compagnie du Paris-Orléans) et d’une couturière à son domicile, René Samson, baptisé en 1914, fit seulement la première communion. Suivant ses parents dans les diverses affectations de son père, il séjourna souvent à Avajan (Hautes-Pyrénées) d’où son père, fils d’un instituteur, était originaire. Après la plus grande partie de sa scolarité primaire à Lorient (Morbihan), tout en conservant son accent du Sud-Ouest, il fut élève de l’école primaire supérieure d’Ancenis (Loire-Atlantique), du petit séminaire de Ploërmel (Morbihan), faute d’établissement public, de l’EPS de Toulouse (Haute-Garonne) puis entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Beauvais (Oise) en 1924. Il découvrit alors les idées révolutionnaires et ne suivit pas la préparation militaire supérieure. Abonné aux Libres propos d’Alain, “son maître à penser“ (P. Samson), il ne fit pas de préparation militaire. Après quelques mois comme instituteur à Nogent-sur-Oise, il effectua son service militaire (mai 1928-octobre 1929) dans l’artillerie à Remiremont (Vosges).

Il se maria civilement en octobre 1929 à Paris (XVIIe arr.) avec Thérèse Balligand, née le 22 mai 1909 à Creil (Oise), fille d’un pharmacien, institutrice qui n’avait reçu aucune éducation religieuse. Elle était aussi normalienne et ils se fréquentaient depuis la dernière année d’ENI. Ils eurent trois enfants. Enseignant dans des communes différentes (elle à Boubiers où ils habitaient, lui à Liancourt-Saint-Pierre) pendant deux années scolaires, ils obtinrent un poste double et exercèrent de 1931 à 1963 au Coudray-Saint-Germer (Oise). Il était aussi secrétaire de mairie de cette commune. Il pratiquait dans sa pédagogie l’imprimerie à l’école, la linogravure, les textes libres. Les époux Samson furent d’actifs coopérateurs.

René Samson, de même que son épouse, adhéra au syndicat de la Fédération unitaire de l’enseignement en 1932, après fait connaissance de Maurice Dommanget. Membre du conseil syndical, animateur du groupe de jeunes, il devint le secrétaire général du syndicat qui appartenait à la Majorité fédérale en 1934 et participa comme délégué aux congrès de la FUE de 1935 et 1936. Il fut gréviste le 12 février 1934, avec son épouse, candidate en novembre 1934 du syndicat de la FUE à la commission de réforme, puis en avril 1935 candidate au Comité départemental de l’enseignement primaire. Il fut un des quatre représentants des instituteurs du syndicat unitaire de l’Oise à la conférence nationale contre la guerre et l’union sacrée, les 10-11 août 1935 à Saint-Denis Après la fusion avec le Syndicat national (CGT) le 14 novembre 1935, il resta en 1936-1937 secrétaire de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, puis il continua à être membre du conseil syndical. Il militait dans le courant des « Amis de l’École émancipée » dont les membres étaient nombreux dans l’Oise. Lors du congrès national du SNI, le 4 août 1937, il s‘étonna du lancement couplé de la souscription pour La Terre libre et pour le soutien aux républicains espagnols Il participa à diverses reprises à des souscriptions de L’École émancipée. Gréviste “par discipline“ le 30 novembre 1938, il désapprouva cette grève sur le fond et la jugeait pour la forme, “absurde“.

Politiquement, « entre les réformistes de la SFIO et les staliniens, rien ne me convenait », électeur de gauche, René Samson, libre penseur, président de la coopérative locale, milita au Comité cantonal de vigilance antifasciste et au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Il animait le comité de loisir constitué dans sa commune. Critique par rapport au Front populaire, il adhéra au Parti socialiste ouvrier et paysan à la fin de 1938. Actif dans la solidarité avec l’Espagne républicaine, il hébergea à la fin de la guerre un militant du POUM en transit vers le Mexique.

Alors qu’il était mobilisé dans un régiment d’artillerie sur la ligne Maginot, en juin 1940, son domicile fut perquisitionné, le préfet de l’Oise ayant demandé, en avril 1940, un rapport à la mairie sur son épouse soupçonnée d’avoir des « opinions farouchement pacifistes ». Par la suite, le domicile des Samson, accusés d’être “communistes“ fut à nouveau perquisitionné. Fait prisonnier, captif en Allemagne, ouvrier agricole pendant une année, repris après une tentative d’évasion, il fut déplacé dans les Sudètes où il effectua divers travaux. Libéré par l’armée rouge, René Samson fut rapatrié au printemps 1945, fortement amaigri.

René Samson reprit son métier et ses activités militantes en octobre au Coudray-Saint-Germer. Il créa en 1954 dans son village un télé-club qu’une mission de l’UNESCO vint observer.

Militant du SNI et des « Amis de l’École émancipée », membre du conseil syndical de la section départementale du SNI, Samson participa activement à de nombreuses actions, notamment les luttes laïques et anticoloniales. Secrétaire de la section syndicale départementale entre 1960 et 1963, il fut assesseur dans la deuxième séance du congrès national du SNI, en juillet 1960, consacrée à la discussion du rapport moral. Le lendemain, le 7 juillet 1960, il intervint, dans la discussion du rapport de Clément Durand sur « les formes et les conditions actuelles de la pénétration cléricale. Les perspectives de l’action laïque et de l’action anticléricale ». Il développa les positions de sa tendance affirmant notamment que l’action laïque était une action révolutionnaire. A la fin de l’année 1961, il fut candidat au bureau national du SNI en neuvième position sur la liste « Pour un syndicalisme révolutionnaire. Programme des Amis de L’École émancipée ». Lors de la réunion du bureau national du SNI, le 5 avril 1962, il fut désigné pour la commission des conflits au titre de sa tendance. En 1961, il devint suppléant à la commission administrative fédérale de la Fédération de l’Éducation nationale.

Adhérent de la Société de la Libre Pensée du canton du Coudray-Saint-Germer depuis 1934, Samson présenta une motion en 1935 condamnant la présence de 8 000 davidées parmi les institutrices. Il présida le groupe de 1947 à 1966, son épouse en étant la trésorière depuis 1946. Membre du conseil d’administration de la caisse départementale de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, il fut le représentant dans l’Oise de SUDEL, maison d’éditions du SNI dans les années 1950.

Politiquement, Samson participa en août 1950 à un chantier de travail en Yougoslavie, adhéra au Parti socialiste unifié en 1960 et en demeura membre pendant quelques années. Il signa le Manifeste des 121 pendant la guerre d’Algérie. En 1968, il était le correspondant à Beauvais du Secours rouge.

Toujours proche de Maurice Dommanget, René Samson pratiquait, avec ses classes, des enquêtes sur le terrain. Membre de l’École moderne, il effectuait des recherches locales sur l’histoire de son village, Le Coudray-Saint-Germer dont le groupe scolaire porta son nom depuis 2002. Il rédigea sept numéros de Bibliothèque du Travail entre 1952 et 1964 : « Un village de l’Oise au XVIIeme siècle » (1952), « Un village de l’Oise de 1815 à 1848 » (1959), « Un village de l’Oise 1848-1875 » (1959), « Un village de l’Oise au XVIIIeme siècle » (1960), « Le voyage d’Arthur Young » (1961), « Un village de l’Oise de 1789 à 1815 » (1962), « Un village de l’Oise de 1875 à 1914 » (1964). Ces études furent prolongées par des rééditions mises à jours de la Société historique et géographique du bassin de l’Epte et du Centre départemental de documentation pédagogique. Dommanget, dans son article « L’histoire sociale de 1600 à 1730 » dans L’Ecole libératrice du 2 juin 1961, à propos de l’ouvrage de Pierre Goubert sur Beauvais et le Beauvaisis, citait les recherches de Samson.

Retraité, habitant désormais Beauvais avec son épouse, René Samson, qui avait longuement fréquenté les archives départementales de l’Oise, participa de 1964 à 1972 au classement des archives judiciaires. Il en tira deux ensembles de textes et documents pour le CDDP, « Vagabonds et mendiants à la veille de la Révolution de 1789 » (1980) et « La guerre des farines dans le Beauvaisis » (1983).

En outre, Samson, fut, à partir de 1976, un des douze initiateurs de l’enquête titrée « des instituteurs se souviennent » avec la collaboration du CDDP et la MGEN qui publièrent ces résultats dans trois brochures illustrées (41, 79, 87 p.) de 1978 à 1980.

Son épouse décéda le 5 février 1983 à l’hôpital de Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). En 1984, alors que René Samson habitait Paris, son fils enregistra ses souvenirs publiés sous le titre René Samson. Mémoires 1908-1991. Un instituteur de l’Oise dans son siècle (2012) par la Société historique et géographique de la vallée de l’Epte.

Un fonds René Samson a été donné aux archives départementales de l’Oise (13 J).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article130409, notice SAMSON René, Jean, Albert, Hermann par Jacques Girault, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 14 juillet 2015.

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Iconographie :
- Congrès d’Angers en 1935 de la Fédération unitaire de l’enseignement, de gauche à droite :
Chini, René Samson, André Lermillier, Maurice Dommanget, Thérèse Samson, Madame Dommanget.
-  Chez Maurice Dommanget à Morvilliers, de gauche à droite : Jean Carlier et son épouse, madame Dommanget et M. Dommanget, Mercier et son épouse, mademoiselle Despeaux, la mère de René Samson, André Lermillier et son épouse, sur le mur, René Samson, son fils et Thérèse Samson.
-  René Samson et son Télé-club
-  René Samson et son épouse, derrière le bureau reçoivent la mission de l’UNESCO avec Cassirer, assis et une professeur de l’Uruguay.
- Congrès d’Angers en 1935 de la Fédération unitaire de l’enseignement, de gauche à droite :
Chini, René Samson, André Lermillier, Maurice Dommanget, Thérèse Samson, Madame Dommanget.
-  Chez Maurice Dommanget à Morvilliers, de gauche à droite : Jean Carlier et son épouse, madame Dommanget et M. Dommanget, Mercier et son épouse, mademoiselle Despeaux, la mère de René Samson, André Lermillier et son épouse, sur le mur, René Samson, son fils et Thérèse Samson.
-  René Samson et son Télé-club
-  René Samson et son épouse, derrière le bureau reçoivent la mission de l’UNESCO avec Cassirer, assis et une professeur de l’Uruguay.

SOURCES : Arch. Nat. : 581AP/ 119/394.— Arch. Dép. Oise, 13J et 83J. — Clade Deheinzelin, « La libre-pensée du Coudray-Saint-Germer », Recherche et Etudes, IRELP, juin 2007. — Presse syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé en 1975. — René Samson, 1908-1991. Un instituteur de l’Oise dans son siècle, Société historique et géographique du bassin de l’Epte, 2011, avant-propos par Pierre Samson, notes par Jean-Pierre Besse. — DBMOF, notice par Cl. Pennetier. ¬— Notes de Julien Desachy et de Loïc Le Bars.

ŒUVRE : Voir le texte.

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