Né le 28 août 1894 à Paris, mort le 4 janvier 1964 à Zurich (Suisse) ; membre du groupe des Étudiants socialistes avant 1914 ; réfractaire et insoumis pendant la Première Guerre mondiale ; écrivain, poète et traducteur ; intellectuel de sensibilité libertaire, collaborateur de la revue Les Humbles, fondateur et animateur de la revue Témoins.

Jean-Paul Samson naquit rue Étienne-Marcel à Paris (IIIe arr.). Durant ses longues années d’exil, il garda toujours une vive nostalgie du quartier de son enfance. Son père avait été ouvrier d’art (ornemaniste) avant de s’installer comme commerçant en fondant une maison de mode spécialisée dans la fabrication et la vente de chapeaux de femmes.
Jean-Paul Samson fit ses études à l’école communale de la rue Étienne-Marcel puis au collège Chaptal, de 1906 à 1913. En 1911-1912, il eut pour condisciple André Breton* qui évoqua, de nombreuses années plus tard, son ancien camarade de collège dans l’analyse d’un de ses rêves retranscrite dans Les Vases communicants. Après avoir pris connaissance d’un article de Samson sur le Second manifeste du Surréalisme, Breton écrivit y retrouver « le regard droit que j’avais connu à leur auteur ».
Jean-Paul Samson fit des études de philosophie en Sorbonne et suivit les cours de la faculté de droit jusqu’à la licence. En 1913, il adhéra à la 18e section de la SFIO. Le soir même de l’assassinat de Jean Jaurès*, il partit pour Londres en compagnie de l’un de ses meilleurs amis, Robert Wolfsohn*. Leur séjour fut consacré à la lecture et à l’étude de revues socialistes de langue anglaise, en particulier The Masses de Max Eastman.
A la déclaration de guerre, ils furent appelés en conseil de révision à l’ambassade de France. R. Wolfsohn fut jugé apte tandis que Samson fut ajourné pour faiblesse de constitution. Rentré en France début octobre, Jean-Paul Samson mena campagne contre la guerre dans les réunions socialistes. Fidèle aux conceptions socialistes d’avant août 1914, il pensait que la guerre était la conséquence prévue de l’impérialisme et devait être condamnée comme telle par l’ensemble du mouvement ouvrier, des socialistes aux libertaires en passant par les syndicalistes.
Défendant avec passion des thèses désormais minoritaires, il se heurta à l’animosité générale. Sans se décourager, il ne craignit pas d’adresser à Édouard Vaillant et Anatole France* des lettres virulentes en raison de leur ralliement à l’Union sacrée. En 1915-1916, Jean-Paul Samson participa, pour le compte des Étudiants socialistes révolutionnaires, à des réunions du Comité pour la reprise des relations internationales où il rencontra Pierre Monatte*. Les deux hommes devaient se lier au début des années trente par l’intermédiaire d’un ami commun, le médecin zurichois, biographe de Bakounine*, Fritz Brupbacher.
Parallèlement à ses activités politiques, Jean-Paul Samson publia avec Ramon Fernandez et Jean de Saint-Prix*, une revue poétique, La Belle matineuse, qui n’eut que trois numéros, mais que Marcel Proust aurait appréciée, après que Fernandez soit allé la lui présenter.
Soumis à un nouveau conseil de révision, Samson fut versé dans le service auxiliaire, sur intervention de son père. Affecté à l’École militaire, Jean-Paul Samson ne pouvait accepter cette compromission et devenir ainsi un « embusqué à l’arrière ». Devant être mobilisé à partir du 4 septembre 1917, il gagna en août la Suisse allemande avec sa compagne, Germaine Lefeuvre. Il s’expliqua sur les raisons de son insoumission dans Demain, la revue d’Henri Guilbeaux*. Selon ce dernier, Samson était, déjà à cette époque, de tendance anarchiste mais adhérait aux idées de Zimmerwald. Il accueillit la révolution russe avec sympathie et espoir mais il prit rapidement ses distances avec le nouveau régime, comme en témoigne la signature qu’il donna en 1926 à une pétition d’intellectuels pour la libération de l’anarcho-syndicaliste emprisonné en URSS, Nicolas Lazarévitch*.
Dès 1918, selon Robert Proix, Samson entama une collaboration multiforme, pour toute la durée de l’entre-deux-guerres, à la revue Les Humbles de Maurice Wullens*. Outre ses propres poèmes, qu’il réunit en deux recueils publiés en 1922 et 1937, il tint également une épisodique rubrique sur la poésie et donna des articles sur les sujets littéraires (Marcel Proust, le Surréalisme, etc) ou politiques (le pacifisme, les procès de Moscou, etc).
« Vivant la vie dure et amère de l’exil » (H. Guilbeaux), Jean-Paul Samson s’embaucha d’abord comme manœuvre dans une usine de Bâle puis, installé à Zurich, vécut avec sa compagne de leçons données à la Berlitz-School. Par la suite, il obtint « des travaux plus rémunérateurs mettant à contribution ses capacités intellectuelles ». Il publia ainsi, tout au long de sa vie, de nombreuses traductions littéraires de l’allemand (Gœthe, Ernst Toller, F. Brupbacher) et de l’italien, avec l’essentiel de l’œuvre de son ami Ignazio Silone.
Le 3 septembre 1940, il nota dans son Journal  : « Or, s’il est une leçon à tirer de tant de désastres et de tant de ralliements déjà accomplis ou à venir (...), c’est bien de faire servir ralliements et défaites à mettre définitivement en lumière cette vérité, déjà si magistralement affirmée par Silone, que le socialisme, s’il réclame bien des conditions, les dépasse et qu’il est essentiellement, dut la formule prêter à sourire les faibles esprits forts, une question morale. »
Après la Seconde Guerre mondiale, Jean-Paul Samson, fidèle à sa conception éthique du socialisme et à son refus des dogmes comme des systèmes totalitaires, entama à partir du printemps 1953, la publication de la revue Témoins. L’avertissement du premier numéro posait, avec modestie mais détermination, l’objectif fixé : « Qui sait parmi la foule de tant de décervelés et d’idéologues, si une poignée de témoins n’est pas aujourd’hui, quelque précaire que puissent en être les faibles modalités à nous permises, l’un des seuls moyens de restaurer tant soit peu la réalité de l’homme. »
Témoins publia pendant plus de dix ans une trentaine de numéros dont plusieurs numéros spéciaux sur les révolutions espagnoles (« Fidélité à l’Espagne »), sur la révolte de Budapest (« Hommage au miracle hongrois ») ; des hommages à F. Brupbacher, Albert Camus*, Pierre Monatte* ; des documents sur le racisme (« Le temps de l’abjection ») et la justice militaire (« La Justice ne change pas de camp »). Elle publia des textes de Michel et Pierre Boujut*, Albert Camus*, René Char, Gaston Leval*, Louis Mercier, Pierre Monatte*, Georges Navel*, Robert Proix, André Prudhommeaux*, Victor Serge*, Silone, Gilbert Walusinski, Simone Weil*, etc...
La compagne de Jean-Paul Samson était morte en septembre 1933. Vingt ans plus tard, il épousa Gritta Baerlocher qui décéda en 1959. Peu après son ultime voyage à Paris, Samson s’éteignit à son domicile zurichois, victime d’un brusque arrêt du cœur. Jean-Paul Samson tint toute sa vie un journal qui comprend une soixantaine de carnets et dont, en dehors de celui couvrant l’année 1940 et quelques fragments parus dans Témoins et la Tour de feu (n° 71, 73 et 105) l’essentiel est inédit. C’est selon Pierre Boujut* « l’œuvre majeure » de Jean-Paul Samson.
La vie et l’œuvre de Jean-Paul Samson démontrent que, selon l’expression de K.-A. Jelenski à son sujet, « la distance entre Proust et Proudhon n’était pas, finalement, insurmontable... »

ŒUVRE : Images lyriques, Les Humbles, 1922. — Emploi du temps, Au Sans pareil, 1927. — Délire pour délire, Les Humbles, 1937. — L’Autre côté du jour, fragments, Éditions Sagesse, 1938. — L’Autre côté du jour, suivi de Vers anciens, Présence, 1939. — Mémorables, La Baconnière, 1948. — Les Jeux et les larmes, L’Artisan, 1956. — Des Saisons et des hommes, Témoins, 1960. — Anthologie poétique, La Tour de Feu n° 71, 1961. — Boomerang, récit d’une enfance, Témoins, 1963. — Journal de l’An quarante, Témoins, 1967.

SOURCES : P. Boujut, « Cher Jean-Paul Samson », Liberté, n°115, 2 mai 1965. — P. Boujut, Un mauvais français, Arléa, 1989. — H. Guilbeaux, Du Kremlin au Cherche-Midi, Gallimard, 1933. — Témoins, n° 36, 1965 [notes et témoignages sur Jean-Paul Samson, icon.] — A. Breton, Les Vases communicants, Gallimard, 1970, pp. 109-110. — La Révolution prolétarienne, octobre 1926. — Notes de Jean Maitron et J. Prugnot.

Charles Jacquier

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