SALLES Léonce

Par Roger Pierre

Né le 22 février 1891 aux Salles-du-Gardon (Gard), mort le 10 juin 1975 à Uzès (Gard) ; architecte ; militant socialiste du Gard ; député SFIO de l’Ardèche.

Issu d’une famille de paysans cévenols, fils d’un mineur de La Grand’Combe (Gard), Léonce Salles entra à l’école primaire supérieure d’Alès et y témoigna de grandes aptitudes pour le dessin qui lui valurent d’être dirigé vers les arts appliqués. Il avait à Paris un beau-frère, employé des chemins de fer, qui l’hébergea pour lui permettre de poursuivre ses études à l’École spéciale des travaux publics, puis à l’École des arts décoratifs.

Il en sortit en 1912 pour faire son service militaire au 55e régiment d’infanterie. Dès les premiers jours d’août, il fut envoyé sur le front. Blessé à trois reprises, affecté au 77e d’infanterie, il fut démobilisé en 1919 après avoir passé sept ans sous l’uniforme. Mutilé, pensionné de guerre, il s’établit comme architecte à Alès (Gard).

Léonce Salles avait adhéré en 1908, à Paris, aux Jeunesses socialistes. Dans le Gard, il en devint secrétaire fédéral et, par la suite, fut secrétaire adjoint de la Fédération SFIO. Le 19 avril 1931, il fut élu député de l’Ardèche dans la 1re circonscription de Privas dont le siège se trouvait vacant à la suite de la mort de Louis Antériou, républicain socialiste et ancien ministre, élu en 1928 grâce à l’apport de voix socialistes et communistes. Le congrès socialiste de la circonscription, réuni à Privas pour désigner son candidat, plébiscita par acclamations Ludovic Bacconnier*, conseiller général de Privas et porte-drapeau de la SFIO aux élections législatives de 1932 dans cette circonscription. Bacconnier déclina toute candidature « pour des raisons personnelles » ; sollicité à son tour, Sully Eldin*, ancien député, se récusa lui aussi. S’agissait-il d’une mise en scène, organisée par le secrétaire fédéral, Émir Lardeur*, pour faire admettre la candidature inattendue d’un étranger au département ? Toujours est-il que Salles, présenté à l’assemblée par son ami Lardeur, fut proclamé candidat à l’unanimité.

L’élection fut une autre surprise. Le docteur Roche, ancien sénateur radical-socialiste, protestant, paraissait être le successeur normal d’Antériou, mais la droite catholique ne présenta pas de candidat, et un apport massif de suffrages réactionnaires assura dès le premier tour le succès de Léonce Salles qui obtint 5 454 voix sur 10 470 suffrages exprimés, contre 4 281 voix à Roche, alors qu’en 1928, 1 336 électeurs seulement sur 13 310 s’étaient prononcés pour le socialiste Bacconnier. L’année suivante, une tactique analogue de la droite, aux élections générales du 1er mai 1932, assura dès le premier tour sa réélection, avec 6 353 voix sur 12 474 suffrages exprimés, contre 2 976 seulement au radical-socialiste protestant Franck Chante. La droite, comme le notait Élie Reynier, fut-elle « prise à son piège » (Histoire de Privas, t. III, p. 341, note 2) ? Ces élections furent-elles, comme certains le prétendirent, le résultat de tractations équivoques ? Le secrétaire de la Fédération socialiste, mis en cause, le nia énergiquement.

Léonce Salles, en tout cas, tenait à s’asseoir sur des bases solides dans sa circonscription. Il quitta Alès pour s’installer à Antraigues, dont il devint maire après la mort d’Henri Aymard*. Opportuniste et empressé à rendre service, il était toujours prêt à intervenir en faveur de ses électeurs, des anciens combattants et mutilés, des municipalités de sa région, s’employant à faire connaître par la presse et les réunions ses interventions.

La disparition de L’Ardèche socialiste, le 25 novembre 1934, ayant privé d’hebdomadaire la fédération, Léonce Salles, en janvier 1936, prit en charge la parution d’un nouveau journal, Le Réveil populaire, dont il assura lui-même le financement et, avec son collègue Froment, la direction politique. Cet organe, à la différence de son prédécesseur (voir Ludovic Bacconnier*), fut surtout pour les deux parlementaires un instrument de propagande, en vue des élections de 1936.

Celles-ci ne furent pas favorables à Salles, car cette fois les voix de droite se portèrent sur le radical Gaston Riou, qui n’avait pas pris position en faveur du Front populaire et fut élu au second tour avec plus de 500 voix de majorité.

Léonce Salles, malade depuis 1935 et astreint à un régime sévère, fut très affecté par cette défaite, et par la suite, quitta l’Ardèche. Il n’y revint qu’en 1956 pour se présenter dans la circonscription de Largentière ; il ne fut pas plus heureux et l’insuccès de cette dernière tentative l’amena à se retirer de la vie publique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article130333, notice SALLES Léonce par Roger Pierre, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Roger Pierre

SOURCES : Arch. Nat. F7/12985, 13082. — Arch. Dép. Ardèche, 2 M 364-365. — L’Ardèche socialiste. — Le Réveil populaire. — Renseignements recueillis par A. Demontès auprès d’A. Eldin. — A. Siegfried, Géographie électorale de l’Ardèche sous la IIIe République, A. Colin, 1949, p. 99.

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