SALAN Georges, Jules, Sylvain

Par Jean Sagnes

Né le 15 novembre 1901 à Roquecourbe (Tarn), mort le 5 février 1981 à Albi (Tarn) ; médecin ; membre du Parti communiste de 1925 à 1935, puis pendant l’Occupation et à la Libération, responsable des MUR (Mouvements unis de la Résistance) du Gard en 1944, déporté ; délégué du Gard en 1945 à l’Assemblée consultative provisoire, responsable d’associations espérantistes.

Georges Salan était le fils de Louis Salan, commis principal des contributions indirectes à Brioux (Deux-Sèvres) et de Emma Roucayrol, tous deux originaires de Roquecourbe, où sa mère revint pour le mettre au monde dans sa maison familiale deux ans après la naissance de son frère Raoul, le futur général Salan, dans le même village. Le père de Georges Salan, Louis Salan, qui était alors âgé de trente-deux ans, soit dix ans de plus que sa femme, devint ensuite directeur des octrois de Nîmes (Gard), où il termina sa carrière. C’est pourquoi Georges Salan dira parlant de son milieu familial : « Nous sommes d’une famille modeste. Nous n’en rougissons pas. La République a fait de nous ce que nous sommes. Nous lui devons beaucoup. C’est pourquoi nous sommes et resterons républicains ».

Georges Salan aurait voulu devenir avocat, finalement il devint médecin. Mais auparavant, en 1923, au cours de manœuvres effectuées au camp du Larzac lors de son service militaire, il fut gravement blessé à colonne vertébrale. Il resta immobilisé pendant deux ans à l’hôpital Saint-Éloi de Montpellier, jusqu’en 1925. Ce fut pour lui une période importante au cours de laquelle il lut beaucoup, réfléchit et adhéra, en 1925, tout à la fois à l’association espérantiste SAT (Sennacieca asocio tutmonda) c’est-à-dire l’Association mondiale anationaliste et au Parti communiste, tandis que son admiration pour le docteur Zamenhof, initiateur de l’espéranto, le poussa à choisir la carrière médicale. Sans cesser de résider à Nîmes, il suivit les cours de la faculté de médecine de Montpellier.

A Nîmes, Georges Salan fit partie de la Fédération espérantiste ouvrière qui devint ensuite la Fédération des espérantistes prolétariens, où se retrouvaient les espérantistes communistes. Il dirigea le Groupe espérantiste ouvrier nîmois. C’est à ce titre qu’il fit partie d’une délégation espérantiste internationale comportant trois Allemands, un Autrichien, un Letton, un Finlandais, un Britannique, un Norvégien, un Suédois, qui se rendit à Moscou pour le dixième jubilé de la Révolution d’Octobre. Son passeport portait la date du 1er octobre 1927 comme celle de son départ pour l’URSS depuis Paris. A son retour, il fit de nombreuses réunions dans la région languedocienne pour le PC, et, à partir du 12 janvier 1928, rendit compte de son voyage dans plusieurs articles de la revue espérantiste Sennacialo. En Union soviétique, il avait fait la connaissance d’une jeune fille, Alexandra Demidjuk, sœur de l’un des principaux dirigeants de l’Union des espérantistes soviétiques, qu’il fit venir en France, mais qui mourut à Montpellier le 10 août 1930 de tuberculose.

Tout en étant secrétaire de la Fédération espérantiste nîmoise, Georges Salan militait au PC et au Secours rouge international. C’est ainsi que deux rapports de police nous apprennent que, le 6 janvier 1928, il porta la contradiction au nom du Parti communiste devant 700 personnes au cours d’une réunion anarchiste, tandis que le 6 avril 1929, toujours à Montpellier, il participa à une réunion du SRI à propos des événements de Bulgarie. A cette époque-là, après avoir été durant un temps interne des hôpitaux à Hyères, il résidait 1 rue Marcel de Serres à Montpellier. Devenu médecin, il ouvrit son cabinet à Nîmes, 18bis rue Ernest Renan, près de la Maison Carrée. Il se maria avec Sophie Knauer, d’origine roumaine et le couple aura deux filles. Toujours militant communiste, il inaugura le 18 mai 1930 à Nîmes le kolkhoze « Étincelle », coopérative dont on ignore la nature. Mais entre-temps, l’Association anationaliste mondiale (SAT) avait rompu avec la ligne communiste du monde espérantiste soviétique à laquelle Georges Salan restait fidèle. Aussi fut-il exclu de la SAT avec trois autres espérantistes de Nîmes (Sennaciulo du 16 juillet 1931). En 1934, il fut gérant de Proleta Esperantisto (L’Espérantiste prolétarien), journal imprimé à Nîmes et dont le siège social se trouvait à la Bourse du Travail de cette ville. Grâce à lui, Nîmes devenait le centre de l’espérantisme communiste en France. Mais cette première période communiste de la vie de Georges Salan se termina en 1935. C’est en effet cette année-là qu’il démissionna du PC pour protester contre le pacte d’assistance mutuelle signé en URSS par Laval et l’approbation par le Parti communiste de la politique de défense nationale qui s’ensuivit.

Au cours des années suivantes, sa carrière professionnelle passa au premier plan de ses préoccupations. Jusque-là médecin généraliste, Georges Salan fut nommé médecin pénitentiaire à la Maison d’arrêt de Nîmes installée dans l’ancien fort Vauban. De cette expérience, il tirera plus tard la matière d’un ouvrage intitulé Trente-trois ans de Centrale (1938-1970) qui sera édité en 1971. Révoqué de sa fonction de médecin pénitentiaire le 18 décembre 1940 par le gouvernement de Vichy en raison de ses anciennes activités révolutionnaires, Georges Salan participa très tôt à la Résistance. Organisateur des corps francs de Combat dès 1941 dans le Gard, il fut responsable de l’armée secrète de Combat à Nîmes en 1942 puis dans le Gard. Le mouvement Combat ayant intégré les MUR (Mouvement unis de la Résistance), Georges Salan, qui depuis octobre 1943 vivait en clandestin, présida le directoire départemental de cette organisation dont il créa ou organisa les diverses branches.

Mais le 7 février 1944, il fut arrêté par la Milice, torturé, emprisonné à Lyon, Vichy, Marseille et Compiègne puis déporté à Neuengamme et Buchenwald. Il raconta son expérience en 1946 dans un livre intitulé Prisons de France et bagnes allemands. Ayant réussi à s’évader lors d’un transfert, il fut libéré par les troupes soviétiques au début de mai 1945. De retour en France, il devint président du Comité départemental de la Libération du Gard et, sur proposition d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, délégué à l’Assemblée consultative provisoire. Son ami de la Résistance, l’architecte Georges Chouleur tracera de lui ce portrait peu après sa mort : « C’était un homme difficile, à l’esprit tout de droiture, toujours égal à lui-même, calme, grave, décidé... Un organisateur... Un chef. Amicalement difficile, mais ami sûr, précieux, loyal, il était rare qu’il donnât son amitié, mais quand il la donnait, elle était véritable, absolue ».

Selon son beau-frère, Charles Savert, c’est pendant ces années de Résistance, donc avant 1944, que Georges Salan adhéra pour la seconde fois au Parti communiste dans lequel il demeura quelques années. Mais son adhésion n’était pas de même nature que celle de 1925. Sa présence aux réunions ne fut pas régulière. Dans les assemblées, il était réputé pour son franc parler. Peu à peu, il se détacha du Parti communiste qu’il quitta, semble-t-il à la suite de l’intervention soviétique en Hongrie, en 1956. Il se rapprocha ensuite du gaullisme. Conseiller municipal UNR de Nîmes à partir de 1959, il se montra en complet accord avec de Gaulle sur la décolonisation. Il fut même plastiqué par l’OAS. Tous les témoignages sont formels, Georges Salan n’approuva pas les positions de son frère Raoul sur l’Algérie en 1961-1962. Mais l’ex-général Salan une fois arrêté, il ne rompit pas avec lui, témoignant lors de son procès, lui rendant visite dans sa prison de Tulle et œuvrant pour sa grâce qui intervint en juin 1968.

Si Georges Salan cotisa en 1948 à la Fédération d’espéranto du Languedoc-Roussillon, cette appartenance fut alors assez formelle et ne sembla pas avoir été renouvelée régulièrement puisque ce n’est qu’en 1973 qu’il revint au mouvement espérantiste, adhérant à l’Association universelle d’espéranto (UEA). En 1978, il devint le président du groupe espérantiste de Nîmes. La même année, il passa les divers diplômes d’espéranto et, au moment de sa mort, il ne lui manqua que le très exceptionnel diplôme des hautes études d’espéranto. Désormais, il prit part à plusieurs congrès de l’UEA et d’organismes relevant de l’UEA en France et à l’étranger, notamment aux congrès de Hambourg (1974), de Copenhague (1975) et de Reykjavik (1977).

Lorsqu’en 1974, une partie des dirigeants de l’UEA mis en minorité fonda le Neutrala espéranto movado (NEM) ou Mouvement espérantiste neutre par réaction contre la nouvelle direction de l’UEA qualifiée de communiste, Georges Salan demeura au sein de l’UEA, mais assista en tant qu’observateur aux conférences du NEM de Jaca (Espagne) en 1978 et de Strasbourg en 1980. A Jaca, il défendit la thèse de la nécessité de l’unité espérantiste au plan mondial. Parallèlement, il traduisit en espéranto son ouvrage Prisons de France et bagnes allemands, La Terre d’Émile Zola, La Mort est mon métier de Robert Merle, Le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler. Ces trois dernières traductions restèrent à l’état de manuscrits.

Georges Salan mourut le 5 février 1981 à Albi et eut des obsèques civiles avant d’être incinéré. Lors de ses obsèques, où son frère Raoul ne parut pas, prirent la parole Georges Chouleur, résistant nîmois, ancien responsable de l’AS du mouvement Combat et, en espéranto, Jean Amouroux de Perpignan, secrétaire de la Fédération espéranto Languedoc-Roussillon. L’incinération eut lieu à Marseille et les cendres furent placées dans le caveau familial à Roquecourbe.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article130273, notice SALAN Georges, Jules, Sylvain par Jean Sagnes, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 novembre 2017.

Par Jean Sagnes

ŒUVRE : Prisons de France et bagnes allemands, Nîmes, 1946. — Les Pendus de Nîmes, Nîmes, 1954 (au nom du MLN). — Trente-trois ans de Centrale : 1938-1970 Nîmes-Lyon Saint-Paul-Clairvaux-Les Baumettes, Nîmes, Les Presses contemporaines, 1971. — La Nuda vero (La vérité nue), Nîmes, 1975 (version abrégée en espéranto de Prisons de France et bagnes allemands). — UEA Kaj la neutraleco (UEA et la neutralité), Nîmes, 1976.

SOURCES : Arch. Nat. F/7 13116. — Ouvrages de G. Salan. — A. Gandy, Salan, Perrin, 1990. — E. Grillou, « Les origines roquecourbaines du général Salan », Revue du Tarn, 15 septembre 1958. — La Dépêche du Midi, 4 mars 1981. — A. Vielzeuf, « Georges Salan, tel qu’en lui-même », Midi Libre, 10 février 1981. — Lettre d’Aimé Vielzeuf du 3 novembre 1993. — Entretien avec Jean Amouroux, 25 novembre 1993. — Lettres de Jean Amouroux des 25 novembre, 21 décembre 1993 et 8 janvier 1994. — Entretien avec Charles Savert, 5 décembre 1993.

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