SADEK Abram [SADEK Abraham dit Abram]. Pseudonymes : KAMO, Lefèvre André

Par Rodolphe Prager

Né le 15 mars 1916 à Varsovie (Pologne), mort fin 1943 dans un maquis de Haute-Loire ; militant trotskyste à Paris puis à Lyon (Rhône) ; arrêté en 1942 et condamné à douze ans de travaux forcés ; disparu dans un maquis FTPF de la Haute-Loire, après l’évasion collective des détenus politiques de la prison du Puy-en-Velay, le 2 octobre 1943.

Abram Sadek émigra en France avec sa famille en 1919. Ses parents qui avaient réussi à ouvrir une teinturerie se séparèrent et sa mère partit en Argentine. Il effectua alors une partie de ses études primaires dans un pensionnat catholique. Il lui arriva, par la suite, d’aider ses oncles dans leur atelier de confection.

Il adhéra en 1934 à la Jeunesse léniniste (trotskyste) à Paris et rejoignit avec ses camarades les Jeunesses socialistes, en septembre 1934. Il fréquenta aussi le cercle d’études des Étudiants socialistes du IXe arr. Délégué au congrès national de Lille des JS des 28-29 juillet 1935, qui prononça l’exclusion des dirigeants de l’aile gauche surtout parisienne, et entraîna la scission du mouvement, il fut mêlé à des incidents qui eurent des conséquences fâcheuses. Le premier jour, le congrès se rendit en cortège au monument aux morts et y déposa une gerbe rouge. Au moment de la dispersion survint une délégation des Croix de feu. Une bagarre s’ensuivit dans laquelle Abram Sadek se distingua par son ardeur ; repéré par la police, il fit l’objet d’un ordre d’expulsion.

Il dut quitter Paris et s’installa à Lyon. Il y vécut dans une quasi illégalité chez Félicie Férus* qu’il seconda dans son commerce d’épicerie et de marchande de quatre-saisons. Ils se marièrent le 17 mai 1938, dans l’espoir que la situation légale d’Abram Sadek s’en trouverait améliorée. Entre temps, il avait obtenu un titre de séjour renouvelable tous les six mois. Connu à Paris sous le nom de Kamo, il prit à Lyon la fausse identité d’André Lefèvre. Il milita activement, à la fois aux Jeunesses socialistes révolutionnaires et au Parti ouvrier internationaliste étant le délégué lyonnais à la plupart des congrès d’avant-guerre de ces deux organisations. Il intervint en particulier au IIIe et au IVe congrès des JSR (juillet 1937 et juillet 1938) où il fut rapporteur. La section lyonnaise refusa de participer au Ve et dernier congrès du 3 décembre 1938, en raison de son impréparation. En revanche, Abram Sadek fut présent et intervint au IIIe congrès du POI (14-15 janvier 1939) pour s’élever contre le projet d’adhésion au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert*, question qui fut au centre des débats. Il avait déjà fait connaître son point de vue dans un texte du 8 novembre 1938. Cédant sans doute à l’insistance du secrétariat international de la IVe Internationale, il finit néanmoins par rejoindre le PSOP au printemps 1939.

En décembre 1939, Abram Sadek fut incorporé dans une unité de l’armée polonaise stationnée à Coëtquidan (Morbihan). Démobilisé en 1940, il revint à Lyon et s’employa à la reconstitution du POI clandestin dans la zone sud. Il fut élu à la direction de cette région qu’il représenta avec Gérard Bloch* à la conférence nationale des Comités pour la IVe Internationale qui se tint en septembre 1941 dans la banlieue parisienne et échappa de peu à l’arrestation après le franchissement, au retour, de la ligne de démarcation. Le 2 juin 1942, de longues opérations de recherche et de filature à la demande du commissaire Sirinelli aboutirent aux arrestations à Lyon et à Marseille des principaux militants du POI de la zone sud (seize personnes à Marseille, douze à Lyon). Près de la moitié furent traduits en justice tandis que les autres subirent l’internement administratif en camp. La section spéciale du tribunal militaire de la 14e Division de Lyon condamna, le 9 septembre, Abram Sadek et Gérard Bloch* à douze ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour, pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État et pour activité communiste.

Transféré d’abord à la prison de Nontron (Dordogne), puis le 18 décembre 1942 à celle du Puy-en-Velay (Haute-Loire), Abram Sadek y retrouva ses amis trotskystes jugés à Marseille, Pietro Tresso, Albert Demazière, Jean Reboul (Jean Noël Reboul) et Maurice Segal arrivés le même jour. Il partagea la cellule de Tresso avec deux vieux ouvriers d’origine italienne et yougoslave. Les relations avec les détenus communistes furent tendues à l’intérieur de la prison et émaillées d’incidents.

Dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943, les soixante-dix neuf prisonniers politiques de la prison furent libérés par une action conjuguée de l’intérieur et l’extérieur à l’initiative des Francs-tireurs et partisans. La majorité des évadés fut acheminée vers le maquis « Wodli » contrôlé par le PCF, localisé au lieu-dit Raffy près de Queyrières (Haute-Loire) et parmi eux Abram Sadek et ses quatre amis trotskystes. Il adressa à sa femme une lettre datée du 16 octobre 1943, postée à Saint-Étienne, l’informant qu’il était libre, non loin de chez lui et promettant de donner souvent de ses nouvelles. Il ne donna plus d’autre signe de vie. Selon le témoignage d’un codétenu, Moro Salvatore, recueilli par la veuve de Pietro Tresso* fin 1944, Abram Sadek et Pietro Tresso auraient disparu du maquis vers le 15 novembre après une « débandade ». Toujours est-il que quatre trotskystes disparurent dans ce maquis sans que l’on puisse obtenir la moindre explication, un mur de silence entourant cette affaire. Ce qui confirme l’hypothèse d’une liquidation, selon le témoignage d’Albert Demazièrereproduit dans le 4e tome de L’Histoire de la Résistance d’Henri Noguères* (p. 29).

Pour le dernier point sur cette disparition voir la fin de la biographie de Pietro Tresso.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article130193, notice SADEK Abram [SADEK Abraham dit Abram]. Pseudonymes : KAMO, Lefèvre André par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Rodolphe Prager

SOURCES : Arch. Jean Maitron. — La Vérité, septembre 1934. — A. Azzaroni, Blasco-Pietro Tresso, Paris, 1965. — Jacqueline Revil-Baudard, Les communistes dans la clandestinité à Saint-Étienne, MM, Grenoble, 1975. — R. Dazy, Fusillez ces chiens enragés, Orban, 1981. — Historama, août 1971 (« La Grande évasion » par A. Demazière). — Témoignages de Félicie Férus et d’A. Demazière. — Rens. de J.-M. Brabant et L. Bonnel.

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