Né le 2 novembre 1892 à Lavaud-Coutheillas (commune de Compreignac, Haute-Vienne), mort le 27 juillet 1949 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; industriel ; militant pacifiste et anarchiste, franc-maçon.

Jean Roumilhac et sa femme Annie Morton
Fils de Jean Roumilhac et de Marie Chasseneuil, des modestes paysans limousins qui avait dû abandonner le travail de la terre pour s’embaucher dans les fabriques de porcelaine de Limoges, Jean Roumilhac compléta ses études secondaires par des études commerciales à Paris. Très vite remarqué par son employeur il fut envoyé à Stockport, au cœur du Lancashire, en Angleterre. Il s’y initia aux techniques de la filature avant que la guerre ne le ramène en France où il parvint à se faire réformer.
Le 24 septembre 1915 à Marseille, Jean Roumilhac épousa une institutrice anglaise, Annie Morton, ils eurent deux filles.

Il voyagea alors en Espagne pour explorer les possibilités commerciales et y noua des liens d’amitié avec les syndicats ouvriers, les groupes anarchistes de Bilbao et de Barcelone et la franc-maçonnerie (loge maçonnique Humanidad).
Parallèlement à ses activités professionnelles, Jean Roumilhac garda des liens étroits avec les milieux libertaires qu’il avait commencé à fréquenté très jeune lorsqu’il vivait à Limoges. Ainsi, pendant la guerre d’Espagne, il se rendait une fois par mois à Barcelone et ne ménageait pas son aide. Il s’employa activement à contrer et tourner la non-intervention qu’il jugea criminelle et collabora très étroitement avec les responsables de la CNT et de la FAI (Fédération anarchiste ibérique). Après la victoire de Franco et l’internement en France de tous les réfugiés Espagnols, il ne cessa d’agir pour en faire libérer le plus grand nombre, fournissant des certificats et créant des colonies d’accueil pour les enfants.
Il fut délégué à Marseille du Centre des réfugiés espagnols (organisme créé par décret ministériel du 29 décembre 1938) et du Comité pour l’étude de l’intégration des réfugiés espagnols dans l’agriculture française. Pour la SIA (Solidarité internationale antifasciste), il servit de prête nom à l’achat du domaine d’Aymare dans le Lot, qui permit, en juin 1939, d’extraire du camp du Vernet 140 militants de la CNT de de la colonne Durruti.
Après l’armistice, il créa sa propre entreprise à Marseille. Dans le but d’édifier une usine modèle, il entreprit des recherches au sein du Comité de l’Organisation française, de l’Institut International d’Organisation scientifique du travail, du BIT et avec le concours des syndicats. Il créa ainsi la Compagnie du Fil de Lin située au 85 av. de la Pointe rouge à Marseille. Bien avant le Front populaire les quelques 250 employés de la Compagnie bénéficiaient de toutes les mesures sociales : restaurant d’entreprise, les 40 heures, les congés payés...

Dès le débuts de l’Occupation allemande, il se joignit aux mouvements de résistance (Combat) et collabora avec le Centre Américain de secours aux réfugiés antifascistes de Varian Fry.
Arrêté en novembre 1941, Jean Roumilhac fut emprisonné à Fort Barrau (Isère) et y passa l’hiver, puis il fut relâché grâce à un subterfuge. Il parcourut alors la zone occupée pour y créer des réseaux de résistance, le plus souvent par l’intermédiaire de ses amis francs-maçons. Cependant, les multiples perquisitions à son domicile marseillais l’obligèrent à se réfugier dans une petite ville des Alpes, Veyne, alors sous contrôle italien. Il y géra alors une petite usine textile, Synthesia, tout en continuant à travailler au sein du mouvement Combat.
À la Libération, il revint à Marseille et reprit la direction de la filature ainsi que ses activités de soutien aux exilés politiques. Il devint ainsi le premier président départemental de la SIA (Solidarité Internationale Antifasciste) fondée avant la guerre par Louis Lecoin*.
Jean Roumilhac resta également actif sur le plan de la Franc-maçonnerie où il fut admis en mars 1920 à Limoges. Affilié à la Loge La Parfaite Union de Marseille, il y retrouva d’autres anarchistes parmi lesquels Voline*, Jean Marestan*, Joseph Gleize*. Il fut élu vénérable de cette loge en 1938 et élu l’année suivante comme conseiller national du Grand Orient de France, dont il fut Grand maître adjoint de 1946 à 1948.
Jean Roumilhac mourut dans un accident de la route à la sortie d’Aix-en-Provence.

SOURCES : Arch. Dép. Lot, 4M115 (Olivier Hiard). — Le Libertaire, 5 août 1949. — Témoignage de Serge Mouton et Henri Jullien. — Rens. fournis par Madeleine Roumilhac et Christine Roux (sa fille et sa petite-fille). — Arch. Cira-Marseille. — Lettre de l’Institut d’Études et de recherches maçonniques de Paris, 14 mai 1990. — Daniel Benedite, La Filière marseillaise, un chemin vers la liberté sous l’Occupation, Paris, Éditions Clancier-Guénaud, 1984. — État civil.

ICONOGRAPHIE : Arch. Cira-Marseille.

René Bianco

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