ROULON Jean

Par Jacques Girault

Né le 10 juin 1910 à Chantillac (Charente), mort le 1er novembre 1979 à Stains (Seine-Saint-Denis) ; instituteur dans la Seine ; militant syndicaliste ; militant communiste.

Fils d’un employé aux écritures à la compagnie de chemins de fer de l’État, Jean Roulon, après avoir eu les premiers sacrements catholiques, reçut « une éducation très anticléricale ». Elève du cours complémentaire Bompland à la Rochelle (Charente-Maritime), il entra à l’École normale d’instituteurs de La Rochelle (promotion 1926-1929). Instituteur à Saint-Xandre puis à La Pallice de 1929 à 1931, parallèlement, il suivit l’école des Beaux-Arts. Récompensé d’un premier prix de dessin, pours se rapprocher de l’École des arts décoratifs à Paris, il fut nommé instituteur dans le département de la Seine en octobre 1931. Il enseigna successivement à Pavillons-sous-Bois (1931-1932), à Arcueil (1932-1934), puis à Paris (XVIIIe et XVIe arr.) avant d’être nommé à Paris à l’école du boulevard de Belleville (XIe arr.) en octobre 1936, poste qu’il conserva après la guerre.

A l’ENI, Roulon devint membre de l’Union générale des étudiants. Dès sa première nomination en 1929, il adhéra au syndicat national (CGT), Dès son arrivée en région parisienne, il rejoignit aussi le syndicat de la Fédération unitaire de l’enseignement. Secrétaire de la sous-section syndicale dans le XVIe arrondissement de 1934 à 1936, il devint secrétaire du Groupe de jeunes de l’enseignement de la Seine-Seine-et-Oise. Il déposa, le 5 novembre 1935, à la Préfecture une déclaration pour la création d’un journal Les jeunes de l’enseignement de la Seine et de la Seine-et-Oise dont il était le gérant. Pratiquant le camping itinérant, il fréquentait les auberges de jeunesse, surtout à l’étranger.

Selon la police, Roulon était membre de l’Entente de la Seine des Jeunesses socialistes, puis des Jeunesses socialistes révolutionnaires au début de son arrivée en région parisienne. Invité en 1934 par les syndicats soviétiques de l’Enseignement, il participa à un voyage en URSS et adhéra, à son retour, en octobre au Parti communiste. Il fut le secrétaire du rayon communiste du XVIe arrondissement en 1935-1936.

Jean Roulon participa aux journées de février 1934 : arrêté place de la Concorde, il passa trente-six heures au commissariat. Il « appuya sans y participer activement » le mouvement Amsterdam-Pleyel et apporta son concours à l’Internationale des travailleurs de l’enseignement (ITE) avec Georges Cogniot puis Georges Fournial. En 1935, il fut délégué au congrès d’Oxford de l’ITE.

Jean Roulon se maria uniquement civilement en juillet 1936 à Stains avec Geneviève Trioreau (voir Geneviève Roulon), institutrice, sortant de l’école normale, qui devint communiste peu après. Ils eurent deux enfants.

Secrétaire de la sous-section du Syndicat national des instituteurs dans le XIe arrondissement, hostile au pacifisme de la direction du SNI, après une conférence de Félicien Challaye sur la guerre et la paix dont le bulletin de la section syndicale L’École du Grand Paris rendit compte, Jean Roulon publia en tribune libre une réfutation soulignant que le fascisme était responsable des guerres et que seule l’alliance avec l’URSS assurerait la paix. Contre la non-intervention pendant le guerre d’Espagne, lors d’une assemblée générale du SNI en décembre 1937, il affirma sa solidarité avec les Républicains espagnols et accusa le Parti ouvrier d’unification marxiste de mettre en difficulté les défenseurs de la République. Anti-munichois, gréviste le 30 novembre 1938, il fut sanctionné de huit jours de retenue de salaire. Candidat au conseil syndical de la section départementale du SNI, en février 1939, sur la « liste d’unité confédérale », il obtint 450 voix sur 2 858 votants.

Jean Roulon fut nommé, au début de la guerre, responsable d’un centre d’évacuation à Ids-Saint-Roch (Cher) où il était replié avec son épouse. Mobilisé en avril 1940, démobilisé en juillet dans le Lot-et-Garonne, il reprit son poste d’instituteur dans son école du boulevard de Belleville et le quitta au début de 1941. En contact avec le Parti communiste, en novembre 1940, il participa à la rédaction d’un manifeste des instituteurs de France diffusé à 15 000 exemplaires. Il collabora, à sa formation, à L’Université libre et à L’École laïque, journal clandestin destiné aux instituteurs. Simultanément, il fut chargé d’organiser les instituteurs au sein du Front national. L’une de ses premières actions clandestines consista à prendre la parole à la sortie du gymnase Huyghens où les instituteurs de Paris avaient dû participer à des journées d’étude décidées par le gouvernement de Vichy.

Bientôt avec Paul Delanoue et d’autres, le travail syndical prit une ampleur nouvelle. Les équipes du Front national des enseignants et du syndicat, distinctes, travaillaient en collaboration et s’ouvrirent progressivement aux anciens militants de la majorité de la section du SNI. Jean Roulon, responsable des instituteurs communistes et du Front national des instituteurs, rédacteur en chef de L’École laïque, devint membre du triangle syndical de direction. Successivement un appel à la reconstitution du syndicat pour la rentrée 1943, École et liberté, L’École libératrice furent publiés.

Le 13 mai 1944, Jean Roulon représenta les enseignants de l’ex-zone nord à une réunion de ceux de l’ex-zone sud, dans la banlieue lyonnaise, pour discuter de la coordination des deux mouvements et du travail syndical. Lors de l’insurrection de Paris, il fit partie, avec sa femme, du groupe de neuf qui occupa, le 19 août 1944, le ministère de l’Éducation nationale puis la direction de l’enseignement de la Seine. En septembre 1944, L’École libératrice publia un appel à constituer un syndicat national des instituteurs ; parmi les signataires, il figurait avec son pseudonyme « Pierre », comme membre du Comité directeur du syndicat clandestin.

A la Libération, Jean Roulon, détaché par l’administration comme secrétaire général de L’École laïque, fut l’un des organisateurs de l’Union française universitaire qui succéda au Front national universitaire. Il veilla à ce qu’elle n’empêchât pas la progression de l’influence du PCF parmi les enseignants. L’École laïque, organe bimensuel du Front national enseignant, dont il était le président de la société éditrice fondée le 22 mai 1945, tirait selon lui à 80 000 exemplaires. Le secrétariat du PCF, le 1er octobre 1945, présenta des propositions d’amélioration du journal et donna son accord pour une aide financière remboursable. Le journal put ainsi paraître jusqu’en septembre 1947. Par la suite, il fut un des instituteurs que la direction du PCF consultait jusqu’au milieu des années 1950 sur les questions des interventions à prévoir en direction des instituteurs.

Lors de la constitution provisoire de la section du SNI à la fin de 1944, il fit partie du bureau provisoire, secrétaire de la commission des fêtes et des relations internationales. Dans la section syndicale, il fut élu au conseil syndical de 1945 à 1965 et à la commission des conflits de 1949 à 1962. Il fut l’un des organisateurs de la grève des instituteurs de la Seine (21 novembre-10 décembre 1947) et à plusieurs reprises prit position pour son durcissement. Membre du conseil syndical du Syndicat des enseignants de la région parisienne (SERP), il présenta en février 1948 la motion du courant « cégétiste » qui, considérée comme scissionniste, provoqua l’intervention des instances nationales de la Fédération de l’Éducation nationale et de Paul Delanoue pour éviter la rupture. Par la suite, il resta membre du conseil syndical du SERP. Il milita à la FEN-CGT jusqu’en 1954. Il fut candidat en 1949 à la commission administrative fédérale de la FEN.

De 1948 (élu dans la première conscription correspondant aux quatre premiers arrondissements) puis à partir de 1952 (élu de la troisième circonscription - IXe à XIIe arrondissements -) jusqu’à 1965, il fut membre du Conseil départemental de l’enseignement primaire de la Seine. À la fin de 1953, il démissionna à la demande du SNI, et fut réélu le 25 janvier 1954.

Jean Roulon prit part à l’activité nationale du SNI. Dès la réunion du conseil national, les 18-19 juillet 1945, il donna son avis sur les relations à prévoir avec les directions nationales des autres organisations syndicales. Délégué aux congrès nationaux, il intervint régulièrement. Le 23 mars 1948, sur la question de l’affiliation, il rappela qu’il ne fallait pas omettre l’action des « unitaires », aujourd’hui partisans du maintien du SNI dans la CGT, pour reconstituer le syndicat pendant la Résistance. Le 19 juillet 1950, il critiqua la visite de la direction du SNI à Tito, y voyant un "moyen de division de la classe ouvrière". Le 17 juillet 1952, sa contribution porta sur la défense de la paix et le 18 juillet 1953, il estima qu’il y avait un lien fort entre la lutte pour la laïcité et la défense du bilinguisme qu’il approuvait. Lors de l’élection du bureau national du SNI en décembre 1949, il figurait en onzième position sur la liste B "Par l’unité et l’action, nous œuvrerons à la sauvegarde de l’école, de la liberté et de la paix". Il fut placé en seizième position lors de la réunion du conseil national, le 27 décembre.

Jean Roulon prit sa retraite le 1er octobre 1965 à La Courneuve puis résida à Stains.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129833, notice ROULON Jean par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 décembre 2016.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F 17 17778. — APPo, 1 W 0751, 29730, 77 W 947. — Archives du comité national du PCF. — Renseignements fournis par l’intéressé en 1977. — Presse syndicale. — Kunde (Kurt), Le SNI d’octobre 1935 à juin 1940 dans le département de la Seine, Mémoire de maîtrise, Université de Paris I, 1986. — Hirsch (Robert), La section de la Seine du Syndicat national des instituteurs et institutrices de 1944 à 1967, thèse, Université de Paris 13, 2003. — DBMOF, notice non signée. — En mémoire de Jean Roulon, plaquette coordonnée par Paul Delanoue, 30 p.— Georges Cogniot, Parti pris, Paris, 1976 et 1978, 2 vol., op. cit. — Notes d’A. Dalançon, de P. Delanoue et de R. Hirsch.

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