ROUJA Madeleine, Rose épouse LAISSAC

Par Olivier Dedieu, Gilles Morin

Née le 28 juillet 1900 à Béziers (Hérault), morte le 18 mars 1971 à Saint-Nazaire-de-Ladarez (Hérault) ; institutrice ; militante socialiste et syndicaliste ; résistante ; secrétaire adjointe de la fédération socialiste SFIO (1945) ; membre de la commission féminine nationale (1946 à 1948) ; maire de Saint-Nazaire-de-Ladarez (1945-1971) ; députée de l’Hérault (1951-1956).

Fille d’un employé d’une compagnie de chemins de fer originaire de l’Ariège et d’une femme de chambre, Madeleine Rouja, en 1920, sortie de l’École normale d’institutrices de Montpellier, obtint comme premier poste un remplacement à Saint-Nazaire-de-Ladarez, petit village de 450 habitants du canton de Murviel-les-Béziers, dans lequel elle fit toute sa carrière et où elle devint directrice d’école. Le 22 janvier 1922 à Béziers, elle épousa Paul Laissac, petit propriétaire viticole et mutilé de guerre. Dès l’entre-deux-guerres, Madeleine Laissac milita activement au sein du Syndicat national (CGT) et de la SFIO dont elle était membre depuis 1925 et où elle entraîna son mari. Dès les années 1930, elle faisait figure de propagandiste du parti dans le Biterrois, acquérant même le surnom de “vierge rouge”, en raison de la couleur de la robe dont elle était vêtue dans les congrès. Elle créa, dans son village, une section de Jeunesses socialistes. Le 9 février 1939, candidate au conseil syndical de la section départementale du SNI sur la liste de Clémentine Barthez* (« liste d’indépendance et d’action syndicaliste »), regroupant militants SFIO de gauche et ceux de l’École émancipée, opposée à la liste de Charles Alliès*, futur secrétaire fédéral SFIO, et à celle du parti communiste, elle ne fut pas élue avec 180 voix sur 549 votants.

_Après 1940, Madeleine Laissac fit dans un premier temps l’objet d’une enquête et d’une demande de déplacement, en raison de ses prises de position politiques antérieures. Sur l’intervention de Fernand Roucayrol*, député SFIO rallié à Vichy et ancien secrétaire fédéral, elle resta en fonction à Saint-Nazaire. Ayant maintenu ses relations avec les militants SFIO de la région et réprouvé l’attitude attentiste de Roucayrol, elle intégra la résistance, en tant qu’agent de liaison du maquis dirigé par Aimé Fontès* à Laurens, puis en entrant dans l’Armée secrète comme responsable du secteur de Murviel.

_À la Libération, Madeleine Laissac devint un cadre de premier plan du parti socialiste SFIO de l’Hérault, au regard de son triple engagement (militant, syndical, résistant), de l’appui des nouveaux dirigeants de la fédération (Aimé Fontès puis Charles Alliès) tout autant que par l’instauration du droit de vote aux femmes. En novembre 1944, elle intégra la commission exécutive fédérale et devint secrétaire fédérale adjointe, chargée de la propagande féminine.
Etant, avec Marcelle Huc*, l’une des rares cadres femmes du parti de l’Hérault, elle prit en charge dans un premier temps la propagande féminine dans le département. À ce titre, elle fut membre, de 1946 à 1948, de la commission féminine nationale. Au sein de la fédération, elle fonda une section des femmes unies à Pézenas et tenta, sans succès de créer une organisation fédérale qui rencontra l’hostilité des autres groupes de femmes socialistes.>

_Néanmoins, Madeleine Laissac était loin de tirer sa seule légitimité de cet engagement féministe. À compter de 1945, elle devint la principale propagandiste de la fédération et le resta tout au long de la Quatrième République. Pour cela, elle fut, à compter de 1944, et ce jusqu’en 1958, secrétaire fédérale adjointe auprès de Charles Alliès. Cette notoriété militante expliquait que la fédération ait fait d’elle l’un de ses candidats le plus souvent sollicité aux élections locales et nationales. En 1945, elle fut investie en quatrième position sur la liste SFIO menée par Jules Moch*, qui fut le seul élu de la liste. Parallèlement, elle mena le combat électoral dans le canton de Murviel-les-Béziers qu’elle ne put conquérir face à Forgues*, le maire communiste du chef-lieu, pour lequel elle appela à voter à l’issue du premier tour. En 1946, le parti l’investit en troisième position sur la liste socialiste, pour les assemblées constituante et législative, sans plus de succès qu’en 1945. Deux ans plus tard, elle fut troisième de liste pour les élections sénatoriales, derrière Jean Bene* (élu) et Jean Péridier*.

_De fait, Madeleine Laissac resta, jusqu’en 1951, cantonnée à des positions non éligibles. Elle dut attendre les apparentements de 1951, conclus entre les socialistes, les radicaux, le MRP et les indépendants, pour faire son entrée à l’Assemblée nationale en compagnie de Jules Moch et de Jean Léon*, les socialistes ayant trois des six sièges. Pour autant, son investiture fut très disputée, face à l’émergence de Raoul Bayou* qui devint très populaire auprès des militants biterrois. Il lui fallut le soutien massif de Charles Alliès, Jules Moch et Jean Bene pour devancer Raoul Bayou et Jean Léon et être placé en deuxième position sur la liste. Elle fut élue le 17 juin 1951, avec 38 238 suffrages et 594 signes préférentiels.

_Secrétaire de la commission de l’Agriculture, membre de la commission de la production industrielle et des boissons, elle joua un rôle actif dans la défense de la viticulture, comme bon nombre de parlementaires du Languedoc durant une période caractérisée par de nombreuses crises viticoles. Selon le Dictionnaire des parlementaires, ses nombreuses interventions n’avaient rien de remarquable. Dans les assemblées nationales de la SFIO elle était aussi présente, mais s’exprima rarement, avec semble-t-il une émotion assez grande. En 1956, elle fut de nouveau investie en deuxième position sur la liste socialiste aux élections législatives, mais ne retrouva pas son siège, la SFIO n’étant plus apparentée au centre droite et subissant dans le département la forte percée poujadiste.

_Madeleine Laissac fut, dans la fédération, tout à la fois appréciée pour ses capacités propagandistes et son souci de préserver la ligne du parti mais, parallèlement, certains militants contestaient son intransigeance et son caractère tranché. De fait, la fédération lui préféra en 1949 Jules Milhau*, notable viticole, pour les élections cantonales sur le canton de Murviel-les-Béziers, puis en 1955 la candidature de Maurice Jourdan*, maire de Thézan les Béziers qui gagna le canton. La même année, Madeleine Laissac fut investie, à la demande de la section de Béziers sur le canton de Béziers 2 face à Joseph Lazare, ancien maire communiste de Béziers et futur vainqueur de cette confrontation.

_Au sein de la fédération, Madeleine Laissac était, dans un premier temps, proche de Jules Moch, dont elle épousa les positions. Ainsi elle vota, avec lui, contre la Communauté européenne de défense, ce qui lui valut, en 1952, un blâme de la direction du parti. Progressivement, pourtant, elle prit ses distances avec lui et se rapprocha de Guy Mollet dont elle soutint les positions après 1958, alors que la direction nationale était l’objet d’une forte contestation locale. Promue déléguée nationale du parti en 1956 et 1957, elle fut assesseur à la conférence d’information des secrétaires fédéraux, parlementaires et membres de l’Union française du 18 mars 1956. Elle assuma de nombreuses réunions de propagande dans les autres fédérations, tout en assurant, avec Charles Alliès, la cohésion interne de la fédération qui connut peu de défections au moment de la scission du Parti socialiste autonome. Pour autant, elle était, sous la Cinquième République, en retrait, abandonnant sa fonction de secrétaire fédérale adjointe. En 1958, elle ne sollicita pas l’investiture aux élections législatives, de même qu’en 1962, se contentant d’être, cette année-là, la suppléante d’Alfred Crouzet*, candidat (non élu) sur la Quatrième circonscription. Déjà malade, et peut-être peu favorable à l’évolution de la fédération, elle joua un rôle plus effacé au niveau fédéral, sauf au sein de la Fédération départementale des élus socialistes et républicains, organisation dont elle assuma la vice-présidence puis la trésorerie.

_Enfin, Madeleine Laissac fut aussi une élue locale. Présidente du Comité local de libération de Saint-Nazaire-de-Ladarez, elle devint maire en 1947, quand son mari décida de lui laisser sa place à la mairie. Elle fut dès lors continuellement réélue jusqu’à sa mort, d’une hémorragie cérébrale, le 18 mars 1971. Sa gestion locale se traduisit par une rénovation importante du village, dont les rues furent désormais cimentées, l’assainissement et l’eau potable apportés à la population, tandis que la commune fut l’une des premières du département à disposer d’une station d’épuration. En 1955, elle inaugura le stade municipal, que la mairie fit partiellement tailler dans le roc. Enfin, la militante laïque (elle était d’ailleurs membre de la Libre-pensée) apporta un soin particulier à la politique scolaire et post-scolaire (colonie de vacances intercommunale). Cet engagement local était aussi professionnel. En tant que propriétaire viticole, Madeleine Laissac devint, à compter de la Libération, présidente du syndicat des exploitants agricoles de la commune, participant notamment à la direction du syndicat de cru du Saint-Chinian avec Jules Milhau* et Raoul Bayou*. Favorisant l’émergence d’une politique de reconversion qualitative du vignoble, elle participa, avec la SAFER, à la mise en œuvre du vignoble en courbe de niveau du cru Faugères (Saint-Nazaire, Cabrerolles, Caussignojouls).

_Elle fut encore candidate à l’élection cantonale partielle d’août 1963 dans le canton de Murviel-les-Béziers. Elle obtint 33 % des suffrages au premier tour ; au second elle arriva derrière le communiste Marcel Fourgues qui fut élu avec 1525 suffrages, contre 1481 à Madeleine Laissac, et 428 à un nouveau candidat CNI. On la retrouva encore au côté de Guy Mollet lors de la cérémonie pour l’inauguration du monument à la mémoire de Jaurès à Montpellier le 17 octobre 1964.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129810, notice ROUJA Madeleine, Rose épouse LAISSAC par Olivier Dedieu, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 septembre 2011.

Par Olivier Dedieu, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3353, F/1cII/112, 135, 310 ; CAC, 19780654/71. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-67. — Arch. Dép. Hérault : 12 W 732, 137 W 28, 159 W 69, 338 W 59, 356 W 11, 356 W 12, 13, 55, 359 W 25, 406 W 124, 376 W 64, 386 W 64, 406 W 124, 524 W 28. — Archives de l’OURS, A9/47 MM et dossiers Hérault (dossier indisciplines. Assemblée nationale). — Profession de foi, élections législatives 1956. — Populaire du Bas-Languedoc (1944-1947). — Combat socialiste 1947-1972. — Ecole syndicaliste 1938-1939. — DBMOF, notice par Jean Sagnes. — Marie-Pierre Boyd, Être femme en politique, Madeleine Laissac, 1951-1956, Assemblée des femmes du Languedoc-Roussillon, ronéo, novembre 2001. — Notes de Jean Battut et de Jacques Girault.

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